Derek Munn : « Il faut de la surprise dans l’écriture »

L’Ire des Marges est une jeune maison d’édition prometteuse qui publie notamment les ouvrages de Derek Munn, écrivain d’origine anglaise établi en France depuis plusieurs années. Dans le catalogue de l’éditeur, Bérengère a choisi Le cavalier, dernier roman de Derek Munn, un livre qu’elle a beaucoup aimé, au point d’interviewer son auteur…

S’aventurer dans un livre de la maison d’édition talençaise L’Ire des Marges, c’est renouer avec la tradition de l’objet-livre. En effet, dans la collection « Majuscule », il a un dos à nu, sans couverture. Les coutures de fil rouge mettent le livre à l’état brut et créent une intimité avec son lecteur. Au toucher, vous avez déjà le plaisir de la lecture.

C’est avec Le cavalier, ouvrage de Derek Munn, que je me suis hasardée dans son catalogue. L’auteur raconte l’histoire de Jean qui décide de se faire confectionner une paire de bottes et de partir en voyage avec sa jument. Nous sommes au XIXème siècle et Jean voudrait rejoindre Paris pour rendre visite à ses enfants, maintenant adultes. C’est un récit fragmenté en soixante-quatre chapitres, comme les épisodes marquants d’une vie. Ces tableaux représentent les soixante-quatre cases d’un échiquier, jeu dont est friand le personnage principal. Lire la suite

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Lait et miel de Rupi Kaur

Déjà le titre est prometteur : Lait et miel, les deux éléments nécessaires et réconfortants d’un dimanche froid d’hiver.

A travers eux, la jeune poétesse se fraye un chemin dans sa féminité, en quête de sens et de reconnaissance, dans un monde machiste. Son écriture est une démarche féministe assumée et la sobriété de son écriture en fait sa beauté. Lire la suite

Les Hautes Herbes

 

Les Hautes Herbes d’Hubert Voignier est une partition de poésie, composée de quatre mouvements : impulsif, récitatif, dérivatif et méditatif. La porte de cet univers est la jaquette, dont l’éditeur a pris soin d’agrémenter le livre. Elle est tissée, fibreuse et recouverte d’ombelles, et de nuances vertes différentes, promesses du texte à venir. A l’intérieur, les illustrations d’Estelle Aguelon sont aussi discrètes que les fleurs sauvages qu’elles représentent, pour disparaitre dans la couleur de la police utilisée, celle des champs.

En pénétrant Les Hautes Herbes, j’ai fait corps avec la Nature, dans un dialogue sensoriel et charnel. J’attendais, patiemment, son réveil. Je le redécouvrais au plus près d’elle-même, dans tous ses bruissements, des bourdonnements d’insectes au vent dans les feuilles palmées de la trolle. Je humais les odeurs multiples des fleurs, des moments de la journée, des évènements jusqu’à éternuer, submergée par le pollen. Enfin, j’ai aimé l’écriture du poète lyonnais qui est précise, savante aussi dans l’innombrable dénomination des fleurs, qui appelle à la rêverie. Le printemps revenu diffuse ses beautés, on ne peut plus naturelles, et distille un furieux désir de stopper les habitudes quotidiennes et, surtout, leur rythme cyclique et effréné. Dans ce récit, tous les verts sont tendres, à l’émotion de la sève qui monte, à croire qu’elle serait aussi notre carburant pour les mois à venir.

Bérengère, 9 août 2018

Vous pouvez aussi écouter des extraits en postcast sur France culture, lus par des membres de la Comédie française qui mettent en valeur ce texte.

Evangelia de David Toscana

Alléluia, Alléluia, Hosanna au plus haut des cieux, une Fille est née. Avouez que nous n’avons pas entendu souvent cette invocation. Pourtant, Dieu qu’elle sonne bien ! C’est tout le propos de David Toscana dans son livre intitulé Evangelia.
L’ange Gabriel s’est trompé, l’enfant de Marie et Joseph n’est pas un garçon mais une fille prénommée, bien sûr, Emmanuelle. Et force est de constater que même pour la fille de Dieu, la vie n’est pas facile sur Terre, quand on est une femme !
Oh, comme j’avais envie de fantaisie et même de loufoquerie en ces dimanches pluvieux ! Et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes. L’auteur reprend, à son compte, les textes bibliques avec beaucoup d’humour. Il les transforme en situations inattendues, cocasses et surtout très drôles.

Et j’ai cru en Emmanuelle et les personnages qui la côtoient : un Dieu dont l’amour n’est pas le seul enjeu, un Jésus, petit frère de la Messie, qui la jalouse. J’ai beaucoup aimé car, finalement, David Toscana nous interroge sur des textes qui fondent une inégalité des sexes dont nous nous sortons tout juste.

Berengère, 2 avril 2018

La nuit des béguines d’Aline Kiner

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres.

Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher. Lire la suite