Le réveil des sorcières

Aujourd’hui, Bérengère partage son dernier coup de coeur pour Le réveil des sorcières de Stéphanie Janicot, paru en janvier dernier chez Albin Michel.

Que transmettons-nous à nos enfants ? Existe-t-il une transmission spécifique entre femmes ? Où est la frontière entre la vie et la mort ?
Stéphanie Janicot tente de répondre à ces questions dans son roman Le réveil des sorcières.

Le réveil des sorcières, de Stéphanie Janicot

Une jeune adolescente, Soann, perd sa mère dans un accident de voiture et se retrouve seule avec sa grande sœur. Elle appelle une amie de sa mère, la narratrice, et lui confie ses doutes. La jeune fille est persuadée que sa mère a été assassinée. Les deux protagonistes vont partir sur les traces de cette femme, Diane, guérisseuse. Elle était de celles qu’on appelait sorcières, il n’y a pas si longtemps, et qu’on brûlait vives.

L’auteur interroge ainsi le rôle d’une telle femme dans les campagnes bretonnes et le regard admiratif, mêlé de crainte, posé sur elles. J’ai aimé ce livre car Stéphanie Janicot cherche à comprendre ce besoin de magie qui peut nous animer pour comprendre ce qui ne peut pas toujours l’être, comme la mort. De plus, elle laisse la place au doute tout en restant pragmatique, ce qui rend l’histoire humaine et touchante.

Bérengère, 18 mars 2020

11h14 de Glendon Swarthout

11h14 de Glendon SwarthoutQuand un auteur de livres pour enfants, on ne peut plus new-yorkais, débarque à Harding, au Nouveau-Mexique, le décalage est… déconcertant, surprenant, truculent…

Jimmy est fou de Tyler, son ex-femme, et ne peut rien lui refuser. Quand elle lui demande d’enquêter sur la mort de son amoureux du moment, survenue dans sa ville natale, il y va, sans trop hésiter. En effet, le courage est loin d’être une de ses qualités premières.

Pour tout dire, Tyler avait déjà demandé à son amoureux d’enquêter sur les différents drames qui sont survenus dans sa famille, depuis le début du siècle. Ce dernier, revenant dans un cercueil, ne rassure en rien notre narrateur.

Celui-ci va devoir résoudre plusieurs mystères : pourquoi son successeur auprès de Tyler est mort ? Que s’est-il passé dans sa famille pour qu’elle y envoie les hommes de sa vie, les uns après les autres ? Quel est le lien entres ces mystères ? Compliqué ! C’est ce qui attise à la fois la curiosité et le plaisir de la lecture.

Enfin, on se délecte de l’écriture de l’auteur. Celui-ci commence son récit en respectant les codes du polar et y insuffle une bonne dose de western, décoiffant au passage quelques chapeaux de cow-boy ! Ou encore, il réunit des clichés comme celui de la femme fatale et celui de la bibliothécaire, totalement à l’opposé l’un de l’autre.

Après avoir lu de nombreux romans de Tom Robbins, je cherchais un autre écrivain habitué des récits fantasques et plein d’humour, j’ai trouvé Glendon Swarthout!

Bérengère, 16 mars 2020

Par les routes de Sylvain Prudhomme

Par les routes, de Sylvain PrudhommeSacha, 40 ans, célibataire et sans enfant, quitte Paris pour V. (le nom est une simple lettre), une ville du Sud-Est. Il y retrouve un ami qu’il n’a plus vu depuis 20 ans. Ils cohabitaient quand ils étaient étudiants. C’est un ami avec lequel il avait beaucoup voyagé en auto-stop. D’ailleurs, il n’a pas d’autre nom que l’auto-stoppeur. Puis, ils s’étaient perdus de vue sans qu’on en sache les raisons, seulement que Sacha lui avait demandé de sortir de sa vie. L’auto-stoppeur a un peu vieilli, vit de petits boulots et est en couple avec Marie, avec lequel a un fils : Agustín. Pourtant, son envie de partir est plus forte et petit à petit, il part, de plus en plus longtemps, de plus en plus loin, à travers la France. Ces randonnées ont, pour lui, la beauté des rencontres, des personnes de tous âges et de toutes conditions sociales, avec lesquelles il fait un bout de chemin. De son côté, le narrateur, Sacha, prend de plus en plus de place dans la vie de Marie et d’Agustín.

Si l’auto-stop n’était pas un sujet qui m’intéressait plus que cela, j’ai aimé toute la poésie de Sylvain Prudhomme, la tendresse et la délicatesse qui s’en dégagent. Enfin, toute ponctuation expressive est absente et permet au lecteur de choisir lui-même les nuances de sentiments ou d’émotions qu’il veut donner aux propos de l’auteur.

Bérengère, 27 février 2020

La chambre verte ou la chute de la maison Delorme

La chambre verte ou la chute de la maison Delorme, par Martine Desjardins
La Chambre verte ou La chute de la maison Delorme
est l’histoire d’une maison de famille qui décrit la décadence d’une famille cupide, les Delorme, jusqu’à sa fin. L’originalité de ce récit réside dans le choix de l’auteur de faire de la maison la narratrice. En effet, elle est le témoin privilégié des secrets, des vices et des habitudes de ses habitants. Ces derniers composent une galerie de personnages aussi loufoques que haïssables. Le patriarche Louis-Dollard a amassé une fortune dont son fils refuse l’héritage. Ses deux sœurs sont des vieilles filles ayant chacune leur obsession. Tous les membres de la famille ont, cependant, un point commun : leur univers tourne autour de l’argent. C’est dans ce contexte que Penny Sterling arrive. La jolie jeune fille n’est pas tout à fait honnête mais a de la répartie. La chute est proche. L’auteur, Martine Desjardins, brosse le portrait de cette famille avec un humour vif et caustique, ce qui rend le récit très agréable à lire.

Bérengère, 10 février 2020

Derek Munn : « Il faut de la surprise dans l’écriture »

L’Ire des Marges est une jeune maison d’édition prometteuse qui publie notamment les ouvrages de Derek Munn, écrivain d’origine anglaise établi en France depuis plusieurs années. Dans le catalogue de l’éditeur, Bérengère a choisi Le cavalier, dernier roman de Derek Munn, un livre qu’elle a beaucoup aimé, au point d’interviewer son auteur…

S’aventurer dans un livre de la maison d’édition talençaise L’Ire des Marges, c’est renouer avec la tradition de l’objet-livre. En effet, dans la collection « Majuscule », il a un dos à nu, sans couverture. Les coutures de fil rouge mettent le livre à l’état brut et créent une intimité avec son lecteur. Au toucher, vous avez déjà le plaisir de la lecture.

C’est avec Le cavalier, ouvrage de Derek Munn, que je me suis hasardée dans son catalogue. L’auteur raconte l’histoire de Jean qui décide de se faire confectionner une paire de bottes et de partir en voyage avec sa jument. Nous sommes au XIXème siècle et Jean voudrait rejoindre Paris pour rendre visite à ses enfants, maintenant adultes. C’est un récit fragmenté en soixante-quatre chapitres, comme les épisodes marquants d’une vie. Ces tableaux représentent les soixante-quatre cases d’un échiquier, jeu dont est friand le personnage principal. Lire la suite