Lait et miel de Rupi Kaur

Déjà le titre est prometteur : Lait et miel, les deux éléments nécessaires et réconfortants d’un dimanche froid d’hiver.

A travers eux, la jeune poétesse se fraye un chemin dans sa féminité, en quête de sens et de reconnaissance, dans un monde machiste. Son écriture est une démarche féministe assumée et la sobriété de son écriture en fait sa beauté. Lire la suite

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Les Hautes Herbes

 

Les Hautes Herbes d’Hubert Voignier est une partition de poésie, composée de quatre mouvements : impulsif, récitatif, dérivatif et méditatif. La porte de cet univers est la jaquette, dont l’éditeur a pris soin d’agrémenter le livre. Elle est tissée, fibreuse et recouverte d’ombelles, et de nuances vertes différentes, promesses du texte à venir. A l’intérieur, les illustrations d’Estelle Aguelon sont aussi discrètes que les fleurs sauvages qu’elles représentent, pour disparaitre dans la couleur de la police utilisée, celle des champs.

En pénétrant Les Hautes Herbes, j’ai fait corps avec la Nature, dans un dialogue sensoriel et charnel. J’attendais, patiemment, son réveil. Je le redécouvrais au plus près d’elle-même, dans tous ses bruissements, des bourdonnements d’insectes au vent dans les feuilles palmées de la trolle. Je humais les odeurs multiples des fleurs, des moments de la journée, des évènements jusqu’à éternuer, submergée par le pollen. Enfin, j’ai aimé l’écriture du poète lyonnais qui est précise, savante aussi dans l’innombrable dénomination des fleurs, qui appelle à la rêverie. Le printemps revenu diffuse ses beautés, on ne peut plus naturelles, et distille un furieux désir de stopper les habitudes quotidiennes et, surtout, leur rythme cyclique et effréné. Dans ce récit, tous les verts sont tendres, à l’émotion de la sève qui monte, à croire qu’elle serait aussi notre carburant pour les mois à venir.

Bérengère, 9 août 2018

Vous pouvez aussi écouter des extraits en postcast sur France culture, lus par des membres de la Comédie française qui mettent en valeur ce texte.

Evangelia de David Toscana

Alléluia, Alléluia, Hosanna au plus haut des cieux, une Fille est née. Avouez que nous n’avons pas entendu souvent cette invocation. Pourtant, Dieu qu’elle sonne bien ! C’est tout le propos de David Toscana dans son livre intitulé Evangelia.
L’ange Gabriel s’est trompé, l’enfant de Marie et Joseph n’est pas un garçon mais une fille prénommée, bien sûr, Emmanuelle. Et force est de constater que même pour la fille de Dieu, la vie n’est pas facile sur Terre, quand on est une femme !
Oh, comme j’avais envie de fantaisie et même de loufoquerie en ces dimanches pluvieux ! Et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes. L’auteur reprend, à son compte, les textes bibliques avec beaucoup d’humour. Il les transforme en situations inattendues, cocasses et surtout très drôles.

Et j’ai cru en Emmanuelle et les personnages qui la côtoient : un Dieu dont l’amour n’est pas le seul enjeu, un Jésus, petit frère de la Messie, qui la jalouse. J’ai beaucoup aimé car, finalement, David Toscana nous interroge sur des textes qui fondent une inégalité des sexes dont nous nous sortons tout juste.

Berengère, 2 avril 2018

La nuit des béguines d’Aline Kiner

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres.

Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher. Lire la suite

Lumikko

Lire un livre d’un auteur scandinave, c’est toujours, pour moi, entrer dans une réalité très loin de la mienne, et j’adore ça : la Scandinavie me fascine ! Aujourd’hui, c’est la Finlande qui est à l’honneur avec Pasi Ilmari Jääskeläinen, auteur de Lumikko.

Ce roman a des allures de conte saupoudré de fantastique.

Il était une fois, dans un petit village finlandais, une société littéraire présidée par Laura Lumikko, reine de la littérature pour enfants. Elle sélectionne de futurs talents dès l’enfance et leur transmet l’art de l’écriture. Neuf membres sont déjà sociétaires. Une dixième vient d’être choisie : Ella Milana, professeure de finlandais remplaçante.

En pénétrant le fonctionnement de la société, nous découvrons que les relations de ces écrivains sont basées sur les règles d’un jeu complexe leur permettant de s’arracher la vérité à tour de rôle. Toutefois, la disparition de Laura Lumikko plane sur cette nouvelle intronisation et un mal étrange s’empare des livres du village, faisant dévier l’histoire originale.

Ce roman mêle à la douceur de la neige les ombres de la mythologie nordique, ce qui m’a intriguée et happée, je dois bien l’avouer. De plus, l’auteur s’interroge sur l’origine de l’inspiration. Seraient-ce des muses qui apportent idées et pensées neuves pour abreuver la prose des poètes et écrivains ? Ou ne serait-elle qu’une supercherie ?

Aux côtés du personnage principal, Ella Milana, nous menons l’enquête avec pour cobayes les différents auteurs que composent la société littéraire du roman. C’est aussi, pour moi, l’occasion de sonder l’âme finlandaise en abordant des personnages avec des caractères différents qui représentent ses multiples facettes.

Enfin, l’auteur nous livre une réflexion sur l’écriture, son rôle dans notre vie et sa construction à travers l’observation du monde, de l’humanité et de la vie.

Bérengère, 26 février 2018