La colère des aubergines, de Bulbul Sharma

Bulbul Sharma est indienne, elle est peintre et écrivaine et partage sa vie entre Dehli, Londres et un petit village aux contreforts de l’Himalaya. Elle a fait des études de littérature à Moscou. Elle écrit et donne des cours d’art plastique pour enfants handicapés. Trois de ses recueils de nouvelles ont été traduits et publiés à l’étranger.

La colère des aubergines est un recueil de nouvelles qui mettent les mets et les saveurs de la cuisine indienne au cœur du récit. Chacune des nouvelles débouche d’ailleurs sur une ou plusieurs recettes, évoquées dans l’histoire qui précède : c’est ainsi qu’on découvre les saveurs du pickle de mangue, du chutney à la menthe, du curry d’aubergines au yaourt et j’en passe… qu’on salive aux effluves de coriandre, de cumin et de curcuma.

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Taormine, de Yves Ravey

Les éditions de Minuit sont une maison d’auteurs de haute tenue depuis sa création qui agrège toute une fraternité d’auteurs, parmi les plus contemporains : Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Tanguy Viel, Laurent Mauvignier et bien sûr Yves Ravey. Elle nous propose en cette rentrée 2022 la lecture de Taormine, nom d’une ville touristique sur la côte est de la Sicile.

L’histoire est simple, aussi simple que l’univers mental qu’elle met en place est complexe. Melvil et Luisa sont mariés et en crise. Ils décident, pour aider à la reconstruction de leur couple de passer des vacances en Sicile. Dès la deuxième page, le récit à peine entamé prend une tangente.

Oui, ai-je ajouté, on peut appeler cela de la déception. C’était comme si nous avions manqué quelque chose, comme si, prenant cette bifurcation sur l’autoroute, nous n’avions pas, façon de parler, excuse-moi, Luisa, frappé à la bonne porte.

L’instrument de cette navigation touristique est naturellement la voiture louée à l’aéroport pour la durée du séjour. La voiture, lieu clos, lieu de l’intimité et en même temps lieu empêché de l’échange où les regards ne peuvent se croiser est aussi celui du danger et c’est en effet par elle que l’histoire va naître.

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Un voisin trop discret, de Iain Levison

Quelle chance nous avons eu de découvrir Iain Levison au festival Lire en poche de Gradignan. Après avoir tant ri en lisant Un petit boulot, c’est avec joie que je me suis rendue au grand entretien animé par Christine Ferniot où l’auteur nous parlait de « l’Amérique et ses travers ». C’est à partir des personnages de son roman Un voisin trop discret que Iain Levison a, avec toute sa modestie, abordé ce sujet. Jim vit seul dans un appartement de Philadelphie et part travailler comme chauffeur Uber de façon mécanique avant de s’enfermer chez lui. Les relations sociales, ce n’est pas du tout son truc. Pourtant, les choses vont changer lorsque Corina va s’installer dans l’appartement voisin. Souvent en galère, elle élève, la plupart du temps, son fils de 4 ans seule. Il faut dire que son mari, Grolsch, est snipper en Afghanistan.

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Vieille fille, une proposition.

N’aurait-on pas trop misé sur le désir, le couple, la famille ? Voilà le questionnement auquel nous invite Marie Kock en mêlant essai et récit car elle part bien de sa vie de « vieille fille » à elle, vie de vieille fille pourtant dépourvue de chats, de pelotes de laine et surtout d’âcreté.   

Que signifie « trop miser » ? Trop miser au sens où tout est une question de proportion ou plutôt de disproportion. Et en l’espèce, il est bon de voir qu’il y a tout de même un sacré écart entre conférer une valeur très forte au couple, aux enfants (valeur que nul ne nie) et faire de cette valeur l’équivalent d’une condition de possibilité d’une existence « heureuse ». Dit autrement, la condition « couple/famille » doit être remplie pour que l’on puisse s’octroyer le droit de qualifier sa vie de réussie. Or…

On peut avoir une vie réussie ou ratée indépendamment du fait d’être en couple et avec des enfants. On a donné une place démesurée à ces éléments dans l’accomplissement d’une vie. 

Entend-on si souvent cela ? Tout comme le mouvement me too a révélé des comportements et des présupposés tus pourtant évidents et sus de tous, Marie Kock vient elle aussi à sa manière dynamiter un sacré « petit » tabou. Elle nous raconte comment elle s’est ainsi rendu compte qu’elle avait eu beaucoup de périodes de sa vie durant lesquelles elle avait été « bien » et somme toute –osons le mot- « heureuse » sans pour autant les considérer réellement comme telles. Pourquoi ? Parce que ces périodes ne valaient tout simplement pas de points au « game ». Comment se sentir heureux quand on (soi, la société, les autres) a intériorisé que le vrai bonheur ne démarre qu’en couple d’abord, et avec des enfants ensuite ?

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