Quand le requin dort, de Milena Agus

C’est un de ces courts romans dans lesquels tient tout un monde : dans la Sardaigne d’aujourd’hui, une jeune fille et sa famille un peu fêlée : tante et ses fiancés, frère, père et ses maîtresses, mère, grand-parents… Tous y sont à la recherche de l’amour ou de l’ailleurs, dans un mouvement qui nous prend, nous lecteurs, et nous entraîne, à la fois amusés et déconcertés, attendris et bouleversés.
Elle, notre héroïne, croit qu’aimer c’est accepter tout de Lui, l’homme marié aux désirs sadomasochistes. Ce qu’il lui offre, n’est-ce pas un peu de l’amour ? N’est-elle pas un vilain petit canard qui ne mérite guère plus ? Il est vrai qu’elle manque de modèle féminin à suivre, entre sa mère si fragile et sa tante, si belle, qui ne parvient pas « à garder un homme ».

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Le roman de Jim de Pierric Bailly

La paternité est un thème cher à Pierric Bailly. Après avoir rendu hommage à son père dans L’homme des bois, puis évoqué le désir et les craintes liés à la paternité dans Les enfants des autres, il nous offre Le roman de Jim, l’histoire d’un fils racontée par son père.

L’histoire. Aymeric tombe amoureux de Florence, une femme célibataire de quinze ans son aînée, enceinte de six mois. Le père biologique ne veut pas entendre parler de cette grossesse. Il a une femme et deux enfants et ne veut rien changer à sa vie.
Aux côtés de Florence et de l’enfant à venir, la place de père est vacante : à la naissance de Jim, Aymeric élève tout naturellement cet enfant comme son fils. Durant plusieurs années, Florence, Aymeric et Jim forment une famille heureuse et unie. Progressivement, Jim devient la raison de vivre d’Aymeric, même lorsque les liens avec Florence s’étiolent. Arrive alors le jour où la place qu’il occupe auprès de Jim est remise en question…

Pourquoi on aime ce livre. On est ébranlé par la déclaration d’amour que cet homme fait à son fils, cet homme qui est arrivé dans la vie de ce petit garçon un peu par hasard, mais qui a choisi d’y rester. Pierric Bailly réussit à nous faire vivre cette histoire intensément et à nous faire éprouver les émotions de ses personnages : dès lors qu’Aymeric accueille cette paternité, Jim représente pour lui ce qu’il y a de plus précieux au monde, et pour nous aussi. Au fil du récit, nous retenons notre respiration, nous tremblons pour qu’il ne leur arrive rien, pour que la vie paisible dans les montagnes du Jura s’écoule sans obstacle. Hélas…

Pierric Bailly nous prouve une fois encore qu’il a du talent. Tension dramatique, psychologie des personnages, style, intrigue, ce roman est une réussite.

Marisa, 29 mars 2021.

Jouissance Club

jouissance club par june pla

Il paraît que pendant le confinement, les ventes de tests de grossesse ont fortement augmenté. Les Français savent faire des bébés, mais qu’en est-il du plaisir ? Connaissent-ils leur corps et celui de leur partenaire ?

« Le coït pourrait être une option non un but. »

Dans Jouissance club, Jüne Pla nous parle. Enfin… Elle te parle à toi. Et elle a bien raison de te tutoyer, c’est direct et efficace : avec elle pas de tabou.
D’abord elle te propose de dire bonjour à ton sexe. Avec ses magnifiques dessins (oui j’ai oublié de te dire que Jüne est character designer dans les jeux vidéo), elle détaille chaque élément de la vulve et du pénis. Son langage est décomplexé et drôle. Tous les sujets liés au sexe sont expliqués : la dyspareunie, l’orgasme, le dickclit, les IST, l’endométriose, l’anorgasmie, l’érection,… Tu ne connais pas tous ces mots ? Tu vas apprendre plein de choses en lisant Jouissance club.

Dans une seconde partie, Jüne donne des conseils illustrés et fait une cartographie des zones du plaisir. Pour cela, elle utilise des personnages : Truc Muche a un pénis, Bidule a une vulve, et Machin-chose peut être les deux. Ils sont volontairement agenrés car « même si le monde s’est construit de manière très binaire et que nos croyances veulent qu’un homme ait un pénis et une femme une vulve, il existe aussi des personnes non binaires, gendrefluids, agenres, des personnes qui se retrouvent dans plusieurs de ces catégories. »

Bienvenue dans la grande aventure du plaisir : tu vas découvrir les joies de la pougnette sacrée, du tétonlungus, des nombreuses possibilités de massage de glands (les deux mon capitaine).

Voilà quelques exemples pour le contenu, mais tu as en plus la chance de lire une préface de Martin Page (l’auteur de Au-delà de la pénétration, paru aux éditions Monstrograph en 2019) que je rêvais de rencontrer à l’Escale du livre cette année. Je partage son avis concernant la bienveillante Jüne Pla :

« Nous avons besoin de voix qui ne viennent plus des institutions et des professionnels, mais de tout un chacun. De celles et de ceux qui explorent et proposent des idées et des solutions, de celles et de ceux qui inventent et imaginent une sexualité égalitaire, féministe et renversante. »

Babeth, 14 mai 2020

Ásta

Ásta est le dernier roman traduit en français du romancier Asta, de Jón Kalman Stefánsson, figure majeure de la littérature islandaise. Profond et envoûtant, il est soutenu par l’excellente traduction d’Eric Boury.

Sigvaldi tombe de l’échelle depuis laquelle il peint une façade. Alors qu’il est étendu sur le sol, une femme se porte à son secours. N’arrivant pas à lui parler, il ferme les yeux et est projeté des années en arrière quand il vivait une liaison passionnelle avec la belle Helga. Il ouvre les yeux et se retrouve allongé sur le sol froid, une femme, peut-être norvégienne, penchée sur lui. Fatigué, il referme les yeux et voit Ásta, sa fille.Lire la suite »