La vie impossible d’Eduardo Berti

Actes Sud, 2003images

La vie impossible d’Eduardo Berti est un recueil de micro-fictions, ces récits courts allant d’une phrase à 3 pages maximum. Le superflu n’y a pas cité, l’écriture allant à l’essentiel. Genre plutôt récent, Eduardo Berti s’explique sur son goût pour les histoires courtes : « J’ai grandi en lisant des nouvelles. J’aime la forme courte depuis toujours. Et je n’aime pas qu’on considère que les nouvelles sont au roman ce que les court-métrages sont parfois aux long-métrages : un moyen d’apprentissage. Je sens que j’ai une tendance naturelle aux textes assez courts : en fait, mes romans ne sont pas très longs et, parfois, ils sont même composés de fragments ou de petits chapitres. »

Tantôt absurdes, tantôt fantastiques, toujours pleines d’imagination, les histoires racontées dans La vie impossible laissent au lecteur la possibilité d’en imaginer la genèse, ou la fin, c’est selon. Elles peuvent déconcerter ou faire sourire. A lire pour se faire surprendre.

Florence

No country for old men

cormacLe titre de ce post aurait pu être Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme., comme le traduisent les Editions de l’Olivier, mais je trouve ce titre tellement mauvais que je préfère revenir à l’original.

Nous avions déjà discuté du célébrissime roman de McCarthy La route, couronné par le prix Pulizer en 2007, l’année même où sort l’adaptation de ce roman, No country for old men. Là encore, le regard porté sur la condition humaine est assez désespéré.

Alors qu’il chasse l’antilope à la frontière du Mexique, Llewelyn Moss voit aux jumelles des cadavres et des voitures abandonnés en plein désert. Les corps sont criblés de balles, un homme gît à l’agonie, une cargaison d’héroïne remplit un des coffres.  Plus loin, il découvre une serviette en cuir pleine de billets de cent dollars qu’il emporte.
S’ensuit alors une véritable chasse à l’homme. Des trafiquants de drogue, un tueur à gages, un shérif, un ancien officier des Forces spéciales, tous se mettent à la recherche de Moss, pour le protéger ou lui faire la peau.
C’est là que se révèle le talent de McCarthy.  Une écriture brute, sans fioritures. La justesse des dialogues. Ce brin de nostalgie, aussi, lorsque le vieux shérif, le viel homme du titre, se remémore l’Amérique de ses ancêtres. Et le personnage de Chigurh, le tueur à gages, sans conteste notre personnage préféré.

Marisa

Retour à Killybegs

Sorj Chalandon, Grasset, 2011

Agé de 81 ans, Tyrone Meehan revient à Killyberg, dans la maison de son père, pour y mourir. Tyrone Meehan est un traître. Il a trahi son parti, l’IRA, ses compagnons de lutte pour l’ennemi, les services secrets britanniques. Il a trahi sa cause, il s’est trahi lui-même, il a trahi sa famille, ses amis.
Tyrone Meehan nous raconte ses soixante ans de lutte, son amour pour l’Irlande, la vie dans les ghettos catholiques durant la seconde moitié du vingtième siècle, les humiliations, la prison, la mort. C’est un héros de la cause irlandaise aux yeux de toute sa communauté et de son «ami français». Et puis, il y a la trahison, longue, difficile, solitaire.
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Jean Echenoz, Editions de Minuit, 2012

En triant des documents suite au décès d’un proche, Jean Echenoz découvre des carnets rédigés par un appelé durant la Grande Guerre. Poussé par la curiosité, il retranscrit ces carnets, suit le mouvement des troupes sur des cartes géographiques et, de fil en aiguille, se documente sur la guerre durant de longs mois.

Tout naturellement, il décide d’en faire un roman. Après la trilogie RavelCourirDes éclairs, romans sur la vie de personnages réels, Jean Echenoz imagine l’histoire de cinq hommes partis à la guerre et d’une femme qui en attend deux d’entre eux, Anthime et son frère Charles.

Là où l’écrivain excelle, c’est dans son choix de ne pas dresser une fresque interminable sur la Grande Guerre. A l’image de son titre, le roman sera bref, concis, resserré, percutant, car « tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n’est-il pas la peine de s’attarder encore sur cet opéra sordide et puant ». C’est un pari réussi puisqu’en 124 pages, tout est dit.

Marisa