C’est après avoir lu La petite bonne de Bérénice Pichat, chaudement recommandé par Pauline il y a quelques semaines de cela, que je me suis intéressée à la toute récente maison d’édition Les Avrils (2020) et qu’en flânant sur leur site Internet, je suis tombée sur Camille va aux anniversaires d’Isabelle Boissard. Ce qui m’a immensément plu déjà en parcourant ce site est que chaque roman publié par cette maison y est présenté avec « l’intention de l’auteur » décrite en quelques lignes. Et l’intention d’Isabelle Boissard m’a donné envie de découvrir ce roman dont je ne résiste pas à vous livrer tout de suite un extrait qui en donne le ton :
« Comme il y a des scènes de la vie conjugale, il y a des scènes de la vie amicale. On ne fait pas de thérapie entre amis et pourtant. En amitié aussi, il y a ceux qui aiment plus, qui donnent plus, ceux qui sont bourreaux, ceux qui sont victimes, il y a ceux qui gagnent, ceux qui perdent, ceux qui admirent, ceux qui sont admirés. Le problème avec l’amitié, c’est le polyamour. »
Dit autrement, Isabelle Boissard prend résolument dans ce roman le point de vue du satiriste qui va nous chercher jusque dans nos derniers retranchements et quel meilleur dernier retranchement que l’amitié ? Si ce rempart cède aussi, autant dire que la nappe est embarquée avec les couverts et qu’il n’y a plus de saint auquel se vouer… Précisément, ce à quoi nous confronte I. Boissard au travers du personnage de Camille, c’est que même en amitié, la compétition, la performance, le narcissisme sont là, tapis dans une ombre plus claire qu’obscure, prêts à nous donner dans ce domaine aussi une bien piètre image de nous-mêmes. Piètre mais tellement juste et drôle. En somme, que ce soit en amour ou en amitié, I. Boissard nous montre que l’autre reste désespérément celui dont
« …. on attend une validation, une réponse à la question « qu’est-ce que je vaux ? »
Non, l’amitié n’est pas que rassurante, oui elle n’est pas exempte de relations asymétriques, non nous ne nous y adonnons pas de manière désintéressée, oui on a toujours quelque chose à y perdre et donc à y gagner, quelque chose qui se compte aussi en estime de soi, et oui si l’estime de l’autre prend trop de place dans la relation alors l’ami finit par s’intercaler entre le soleil et nous. Et autant dire que si ce constat vaut avec les amis, lorsqu’il s’agit de vagues connaissances, de celles auxquelles on est confrontés par exemple aux anniversaires, autant dire qu’il emporte alors la mise et que l’autre n’est plus dans ces situations que l’outil de mesure (superficielle) de mon estime de moi.
C’est en effet à la vacuité de nos vies nombrilistes que le personnage de Camille nous confronte en s’y retrouvant elle-même confrontée, assaillie par la réussite (personnelle, professionnelle, spirituelle…) étalée de ses plus ou moins proches congénères. La superficialité de nos réflexes peu amènes de comparaison à autrui est croquée dans ce roman avec beaucoup d’humour et la caricaturiste touche juste en singeant le ridicule de nos comportements, sur les réseaux sociaux notamment. Mais plus encore, ce qu’elle y décrit fort bien est cette voix intérieure qui nous malmène à tout bout de champ, qui nous harangue en nous demandant si on est assez bien, si on a assez réussi, si notre place est suffisamment enviable et si l’on est assez heureux… Et de quête du bonheur, in fine, il est question dans ce roman où les personnages tellement occupés par leur quête perpétuelle de quelque chose de plus, de quelque chose d’autre, finissent par oublier d’essayer d’être heureux de ce qu’ils ont et de qui ils sont. Satanée sortilège dont nous sommes tous prisonniers et dont l’ère de l’individualisme et du consumérisme a littéralement démultiplié les effets… car en effet comme ne manque pas de le rappeler Camille en citant Jules Renard :
« Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente. »
Si votre vie n’est pas « dingue » en ce moment, et même si elle l’est, lisez Camille va aux anniversaires et ô bonheur, vous relativiserez !
France, décembre 2024
Camille va aux anniversaires, Isabelle Boissard, Les avrils, avril 2024
Voilà une belle rencontre qui donne envie ! Merci 😉
J’aimeJ’aime