Charlotte, de David Foenkinos. Le coup de cœur de Pauline.

C’est l’histoire d’une fascination. Celle qu’a éprouvée David Foenkinos quand il a découvert l’œuvre de Charlotte Salomon, artiste peintre d’origine allemande et de confession juive, décédée à l’âge de 26 ans. Il s’est senti happé par ses peintures, comme quand on sait, au fond de soi, être en proie à une douce intrusion. Comme une sensation de familiarité, une sorte de vibration interne que l’âme reconnait. Il commence alors un travail de recherche qui durera 8 ans, allant même jusqu’en Allemagne pour découvrir qui était Charlotte, sa vie, son histoire et son destin tragique.  

L’histoire de Charlotte est bouleversante et marquée de drames et de traumatismes qui influencent son art, dans une période trouble de l’Histoire. Elle grandira sous la brutalité du régime nazi, survivant en invisible parmi ses pairs. Se sachant en danger, elle confiera avant de mourir toute son œuvre à un ami de confiance, qui avait vu en Charlotte une grande artiste. Il nous reste d’elle environ 1300 gouaches, qui compilent les rencontres et les moments forts de sa vie, ainsi que ce merveilleux livre.

Ce qui m’a le plus marqué dans son histoire, c’est le poids transgénérationnel que porte cette jeune femme dès sa naissance. Un poids qui fera d’elle une artiste si singulière.

Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe.
Elle n’est donc pas la première Charlotte.
Il y eut d’abord sa tante, la sœur de sa mère.

Charlotte est issue d’une funeste lignée, marquée par les répétitions tragiques de schémas familiaux auxquels sa famille peine à survivre. Son art survient et se développe sur ce versant abandonnique et solitaire qui évoluera au fil de ses rencontres. Son premier amour, Alfred, sera un élément moteur dans son panache artistique. Elle n’aura de cesse de penser à lui, même séparée et ce, jusqu’à la fin. Une source à laquelle son esprit n’aura de cesse d’aller puiser pour tenir debout.

Alfred cache difficilement son trouble.
Habituellement si bavard, il se tait.
Ce qu’il ressent est trop inédit pour être défini.
La fumée qui émane du train embrume la scène.
Plus que jamais le quai de gare ressemble à un rivage.
Le décor ultime à l’idéal.
Alfred approche sa bouche de l’oreille de Charlotte.
Elle pense qu’il va dire : je t’aime
Mais non.
Il murmure une phrase plus importante.
Une phrase à laquelle elle pensera sans cesse.
Qui sera l’essence de son obsession.
Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi.

Mais Charlotte se construit sous le poids des secrets et notamment sur l’origine du décès de sa mère, que sa famille lui cachera pendant de longues années. Sa découverte sera une déflagration.

Elle comprend l’étrangeté qui l’habite depuis toujours.
Cette peur démesurée de l’abandon.
La certitude d’être rejetée par tous.
Que doit-elle faire ?
Pleurer, ou mourir, ou rien ?
Elle se lève puis se laisse tomber à nouveau.
Un pantin désarticulé sur la plage déserte.
La nuit tombe, mais cette fois, c’est différent.
La nuit ne tombe que sur elle.

Une révélation qui amènera à la naissance de son œuvre ultime, Vie ? ou Théâtre ? Elle aura eu besoin d’aller au bout du supportable pour enfin considérer l’art comme seule possibilité de vie. Elle ne vivra désormais que pour ça, puisant dans tout ce qu’elle est pour peindre frénétiquement et avec acharnement son histoire.

Elle voulait mourir, elle se met à sourire.
Plus rien ne va compter.
Plus rien.
Rares sont les œuvres ainsi créées.
Dans un tel degré d’arrachement au monde.
Tout est limpide.
Elle sait exactement ce qu’elle doit faire.
Il n’y a plus d’hésitation dans ses mains.
Elle va peindre ses souvenirs de manière romanesque.
Les dessins seront accompagnés de longs textes.
C’est une histoire qui se lit autant qu’elle se regarde.
Peindre et écrire.
Cette rencontre est une façon de s’exprimer entièrement.
Ou disons totalement.
C’est un monde.

Un récit brillamment écrit qui insuffle un peu de Charlotte en chacun de nous.

Bonne lecture,

Pauline, février 2024

Charlotte, David Foenkinos, Collection Folio, éditions Gallimard 2014

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