Western, de Maria Pourchet

Un salaud peut-il être aimable ? Ce point ne sera pas tranché car comme dans les westerns, il n’y a pas vraiment de morale. La question serait trop complexe à aborder : les cowboys exterminent les indiens mais en même temps les indiens savent être sans pitié et puis, que font les cowboys si ce n’est protéger les leurs et accomplir leur destin ? Alors…

Alors, on saura en revanche qu’un salaud peut être aimé. Ça on le savait déjà me direz-vous mais a-t-on encore le droit de le dire et plus encore d’écrire une histoire là-dessus aujourd’hui ? C’est en ça que Western (prix de Flore 2023) décoiffe.

J’entends par western un endroit de l’existence où l’on va jouer sa vie sur une décision, avec ou sans désinvolture, parce qu’il n’y a plus d’autre sens à l’existence que l’arbitraire. C’est un lieu assez nu, on s’y rend au sens du verbe « se rendre ». L’autre y est un décor et le temps dilaté. Le western se fout de son temps et de faire avec, il va contre.
(…) Quelque chose précède toujours le western : une logique violemment personnelle et dérisoire, vouée à finir, faite d’ordre et de ville, de liens et d’habitudes. Et de dettes. 

Dans ce cadre, Aurore est une femme très typique des westerns… sa morale à elle n’est pas en cause car elle subit largement plus qu’elle n’agit, son action principale : essayer de ne plus rien attendre. Alexis, le salaud, lui, est tel les cowboys au moment du film où ils pénètrent dans le saloon et où le volume sonore chute. On ne sait pas combien il en a tué mais avec certitude, beaucoup. En l’occurrence, une au moins. Indirectement, mais une. Vous avez bien entendu et après ça, la question de savoir si on peut l’aimer encore se pose et n’est pas considérée comme déjà résolue. Tel est le thème courageux et assez passionnant de Western.

Les opposés s’attirent, cela peut-il se vérifier lorsqu’il s’agit d’une femme déjà meurtrie qui rencontre l’archétype de ceux qui savent semer la souffrance sans se retourner ? Enfin, au départ, elle ne le sait pas bien sûr et les conditions sont réunies pour que l’identité d’Alexis ne soit pas entièrement soluble dans celle du salaud qu’il est bien. L’expérience peut commencer, les rôles sont distribués et les armes bien qu’inégales vissées aux ceinturons.

Dans tout western, le héros est rigoureusement lié à ses moyens d’action. Il fait moins ce qu’il peut ou ce qu’il veut qu’avec ce qu’il a.
(…) Dans bien des westerns, le héros s’effondre de mal jouer la seule carte qu’il possède. Sa liberté.

Quant à savoir lequel des deux protagonistes est le moins libre, autant dire qu’il ne s’agit pas là d’une petite question. Point n’est besoin d’en dire plus je crois si ce n’est que ce motif du western, s’il habille l’histoire, le fait de mon point de vue d’une façon qui est tout sauf artificielle. Certains ne disent-ils pas que l’amour c’est la guerre ? Western ne saurait démentir cette affirmation, ni non plus celle qui dit qu’il n’y a pas de guerre juste… Autant dire aussi que la morale n’est en fait jamais absente des westerns même si c’est en sous-texte. Maria Pourchet réussit véritablement dans ce roman un tour très fort. Elle ne se dégonfle pas, ne se ravise pas en cours de route sur la noirceur de son personnage masculin, n’élude ni les expériences ni les questions et fait tout cela dans un style encore plus prodigieux que dans Feu, son précédent roman. Sans se départir de son narrateur surplombant, sarcastique, brillant en proportion qu’il est distant, Maria Pourchet sait cette fois nous amener avec lui au plus près de ses personnages, beaucoup plus près que dans Feu selon moi. Et c’est en cela que la finesse de son style devient de plus en plus profonde et percutante.   

France, novembre 2023

Western, Maria Pourchet, Stock, 2023

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