Une farouche liberté : Gisèle Halimi, la cause des femmes

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » disait Paul Eluard.

C’est ainsi, en flânant chez Mollat par un samedi ensoleillé que je tombe sur la séance de dédicace du nouveau roman graphique d’Annick Cojean et Sophie Couturier : Une farouche liberté. Gisèle Halimi, la cause des femmes. En amoureuse des romans graphiques et biographiques, j’avais mis ce livre dans ma whishlist depuis un certain temps. Le hasard a décidé de précipiter les choses. Je me suis ainsi dirigée vers « le bureau d’une légende », représenté par Sophie Couturier (la co-scénariste du roman avec Annick Cojean) et Sandrine Revel (l’illustratrice). Lors de notre échange, Sophie Couturier, qui a été bénévole dans l’association Choisir durant deux années et a pu côtoyer Gisèle Halimi, m’a raconté quelques anecdotes de la vie de cette femme hors du commun. Sophie Couturier, personne très accessible et passionnée par son travail a fini de me convaincre que je tenais une pépite littéraire entre mes mains.

Je ne m’étais pas trompée : un véritable coup de cœur !

Le roman graphique est construit de manière chronologique et retrace les moments clés qui ont fait d’elle la femme que l’on connait. Le texte commence par un discours d’une Gisèle Halimi d’un âge avancé, empreinte d’expériences et de sagesse :

« L’injustice m’est physiquement intolérable ». Je l’ai lancé un jour à la tête d’un magistrat qui a été choqué par ma véhémence. Mais c’était un cri du cœur, presque un cri de douleur. La rage que je ressentais remontait à très loin. Injustice de naitre fille, injustice de naitre pauvre, injustice d’un destin assigné par ma condition.
Non, non et Non ! Ce monde était mal fait, il fallait tout changer !
C’est ainsi que j’ai choisi d’être avocate. Le droit serait mon instrument, les mots mes principaux alliés, et je transformerais le monde en plaidant ! Rien de moins !

Le personnage de Gisèle s’adresse directement au lecteur et c’est très puissant. On se sent d’emblée absorbé par son histoire, avec l’envie de découvrir la suite. Cette Gisèle-là interviendra à plusieurs reprises dans le roman graphique afin d’alléger le texte et d’ancrer le lecteur au cœur de son histoire.

On rencontre dès le début de ce livre, la petite Gisèle, une fillette qui très tôt comprend sa condition et la refuse. Elle se heurte à une mère tunisienne imprégnée par sa culture et peu maternelle, qui souhaite que Gisèle suive le chemin tout tracé d’une femme des années 30. Mais c’est sans compter sur le courage, l’assiduité et le talent de Gisèle qui va déjouer ce destin de recluse et s’imposer dans le monde du droit en réussissant chaque épreuve, en partant à Paris faire ses études dans une période d’après-guerre. Elle va ainsi se révéler là où nous la connaissons le mieux : le droit des femmes.  Elle s’entourera de femmes puissantes comme Simone de Beauvoir, Simone Veil, Delphine Seyrig, Monique Wittig, Nadine Trintignant et d’autres militantes du MLF pour signer le manifeste des 343 salopes, co-fondera « Choisir » et défendra la jeune Marie-Claire Chevalier, devenue un symbole dans la dépénalisation de l’avortement et la contraception libre. Au cours de sa vie et notamment celle de députée, elle portera de nombreuses  propositions de loi en faveur des femmes.

Ses plaidoiries sont des batailles contre une justice française fondamentalement misogyne à l’époque.

Ces femmes ont dit NON, appelé au secours, se sont défendues de toutes leurs forces avant d’être finalement violées avec sauvagerie. Alors, anéanties, humiliées, saccagées, elles ont cessé de se débattre, vaincues et inertes.
C’est ça que vous appelez le consentement ?
Mais que vous faut-il de plus pour croire à leur refus ? Fallait-il qu’elles meurent ?
La crédibilité d’une femme violée se paierait forcément de sa mort ?

Ses propos remuent, émeuvent et bouleversent son auditoire. Le monde est prêt pour le changement, elle ouvre la voie et gagne.

Quant aux illustrations de ce roman graphique, elles sont puissantes et expressives. Le trait est fin, le choix de couleurs approprié et pertinent. Chaque « bulle » est agréable à regarder, à détailler.

Ce livre féministe se termine par un discours de Gisèle, bienveillant et authentique qui transmet le flambeau du combat aux nouvelles générations. Il reste encore beaucoup de choses à faire mais il est important d’y inclure les hommes car c’est notre histoire, celle de l’Humanité.

Bonne lecture.

Pauline, invitée des Liseuses, le 16 juin 2023

Une farouche liberté : Gisèle Halimi, la cause des femmes, Annick Cojean, Sophie Couturier, Sandrine Revel et Myriam Lavialle, 2022, Editions Grasset Steinkis

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