Olga et le colonel

olga-et-le-colonel-liseuses-de-bordeauxDans ce troisième roman de Marie-Françoise Raillard, Olga et le colonel, édité aux éditions La fontaine secrète, deux histoires s’imbriquent l’une dans l’autre, deux voix s’entremêlent : celle d’Olga, jeune Polonaise victime de la barbarie nazie, échouée pendant la guerre, on ne sait trop comment, dans la bourgeoise ville de Pau, celle de la narratrice, Marie-Claire Labastide, elle-même originaire de Pau, qui découvre après la mort d’Olga, en lisant les cahiers écrits par celle-ci dès le début de l’Occupation, un aspect  peu reluisant de l’histoire de la famille Labastide.

Deux époques se chevauchent donc, la période de la guerre et de l’après-guerre et la période actuelle. Par contre, il y a dans la majeure partie du roman une quasi unité de lieu puisque l’essentiel de la vie d’Olga, de son arrivée à Pau jusqu’à sa mort, se déroule dans  l’immeuble dont la famille paternelle de la narratrice est propriétaire, où celle-ci est née, a grandi et retourne de temps à autre pour rendre visite à ses parents.

Lors de la cérémonie de crémation d’Olga à laquelle la narratrice a été conviée, celle-ci apprend que cette vieille voisine qu’elle a fréquentée pendant longtemps uniquement pour contrarier ses parents et pour laquelle elle n’éprouve pas grand intérêt lui a transmis les nombreux cahiers écrits dans sa jeunesse.

La lecture des cahiers se poursuit tout au long du roman. L’histoire qu’ils racontent est à la fois  mystérieuse et terrifiante. Qui est ce K. qui non content d’exterminer la famille de la jeune polonaise, en a fait sa chose et l’a asservie sexuellement ? Le passé d’Olga et les exactions de l’officier nazi K. sont évoqués par petites touches. La jeune fille rend compte surtout de sa vie quotidienne au service de Marguerite qui tient une maison d’hôtes à Pau ; plus tard, quand son périmètre de vie s’élargit à la rue, elle relate au jour le jour ses rencontres avec les commerçants et les autres habitants de l’immeuble – le père et les grands parents de Marie-Claire. Elle mène une vie de morte-vivante, traversée par les apparitions brutales de K. qui semble régner en maître sur toute la maison.

Une relation bourreau-victime s’est installée, que la jeune fille subit avec une résignation teintée de désespoir.

A ce propos une petite remarque : les cahiers d’Olga sont rédigés dans un français parfait, quasi littéraire, sa langue est celle de la narratrice, ce qui en dépit des artifices liés aux conventions littéraires peut surprendre le lecteur. Un autre mode d’expression concernant Olga eût été peut-être plus adapté…

L’autre versant de l’histoire des Labastide est constitué par les réflexions et les souvenirs de Marie-Claire, la narratrice. La lecture des cahiers, amorcée dans l’indifférence, va bien vite lui tenir à cœur car elle s’y trouve confrontée au comportement de sa famille paternelle, et avant tout de son père, pendant les années de guerre et d’après-guerre. Ce sera pour elle un long, très long désenchantement qui lui fera fermer définitivement les portes du passé.

« Mon père fut mon père par hasard, ma mère ne fut ma mère que par force et à contrecœur, je fus leur fille malgré moi. Peut-être n’étions-nous qu’une famille ordinaire ? »

A dire vrai, il est évident que Marie-Claire, à présent une femme d’âge mûr, n’a jamais éprouvé beaucoup d’estime et d’amour pour ses parents. Elle n’en finit pas de porter sur eux un regard froid et critique et on a l’impression que les découvertes qu’elle fait sur son père à la lecture des cahiers n’en sont pas vraiment, tout au plus viennent-elles confirmer ce qu’elle pressentait. Aucun  humour, aucune tendresse ne viennent tempérer son jugement. A mon avis, cette sécheresse dans le regard, cette absence d’émotion, cette observation distanciée digne d’un entomologiste sont un peu pesants à la longue.

L’émotion, on la trouve davantage dans l’histoire d’Olga quand celle-ci commence timidement à relever la tête et à découvrir que la vie peut recéler quelque douceur. Oh, pas pour longtemps …

Il s’agit donc d’un roman très noir, en ce qu’il ne cesse de renvoyer à la cruauté, à la petitesse et la mesquinerie de certains de ses protagonistes, médiocres jusqu’au seuil de la mort.

Cette restriction mise à part, le roman se lit avec plaisir car la construction romanesque sait attiser la curiosité du lecteur, l’évocation du contexte historique est bien documentée, la langue, fluide et élégante, cerne avec justesse le ressenti des personnages et la critique acérée fait mouche… Par ailleurs, la sensibilité de l’auteure s’épanouit dans les descriptions des paysages de la côte basque qui constituent un heureux contrepoint à la médiocrité des personnages de l’immeuble de la rue du château à Pau.

Marie-France, 4 avril 2017

Marie-Françoise Raillard  a eu la gentillesse de nous faire un retour à ce post. Elle nous écrit :

« (Je voudrais faire une remarque) à propos du français parlé ou écrit de Olga. Cela m’a posé aussi un problème. J’ai essayé, mal sans doute, de le contourner en faisant d’Olga la fille d’un intellectuel, professeur de français probablement. Ayant grandi dans un milieu qui semble culturellement développé et ayant 16 ans à son arrivée en France, j’en ai conclu qu’elle avait dû être exposée à cette langue. J’ai eu l’occasion de rencontrer des Polonais et il semble que les classes aisées avant Jaruselski parlaient fréquemment notre langue.

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