Le rire du grand blessé de Cécile Coulon

Nous continuons la lecture et les commentaires sur les livres nominés au Prix des lecteurs-Escale du Livre. Cette fois-ci, Florence nous donne son avis sur le dernier livre de Cécile Coulon, publié aux éditions Viviane HamyCécile Coulon.

Le rire du grand blessé de Cécile Coulon est un roman d’anticipation, sans lieu ni date, montrant comment le pouvoir peut utiliser le divertissement pour asservir les foules.La littérature n’existe plus. Elle a été remplacée par des livres-émotion : on lit des « livre-Frisson« , des « Livre-chagrin« , etc., dont la publication est soigneusement contrôlée par des Maisons de Mots. Les écrivains sont des écriveurs. Et les lectures en place publique – ou plutôt dans d’immenses stades surveillés – sont faites par des Liseurs, et attirent des foules en transe, en délire : « Les mots les tenaient sur un fil; chaque phrase obligeait le public à se risquer dans un labyrinthe de souvenirs, de frustrations inavouées et inavouables […] le subconscient levait l’ancre, les boîtes de Pandore enfouies dans les caisses craniennes éclataient. »
1075 est un agent de sécurité chargé de surveiller la foule lors de ces manifestations considérées à haut risque par le pouvoir. Pourquoi a-t-il été retenu pour ce poste ? Parce qu’il ne sait ni lire ni écrire. Et toute sa formation d’agent de sécurité a consisté à le maintenir analphabète. Jusqu’au jour où, blessé, il découvre par hasard l’apprentissage de la lecture et n’aura de cesse de lire, en ce que lire est un victoire sur lui-même. Mais il reste hermétique aux émotions des livres autorisés. Seule la littérature lui donnera le goût de lire.
Car c’est de l’exigence d’un texte dont il est question dans Le rire du grand blessé. 1075 ne ressent rien à la lecture de livres aux émotions frelatées : « Plus il avançait dans le texte, plus l’ennui prenait du poids, l’écrasait sous des avalanches d’histoires improbables […]. Les livres-Frisson ne lui inspiraient qu’un dégoût prononcé pour des scènes de meurtres et les courses poursuites au fond des bois quinze fois revisitées par le même Ecriveures. » Cécile Coulon fait se rencontrer dans une très belle scène l’agent 1075 et l’instigatrice de ce programme de lecture, Lucie Nox, et les fait organiser un réseau de littérature clandestin. Et le premier livre que va lire 1075 est le célèbre roman de science fiction de Daniel Keyes Des fleurs pour Algernon.
Cécile Coulon décrit avec un réalisme effrayant les scènes de foule en transe dans des stades bondés et avec une certaine ironie, transforme la lecture, plaisir solitaire, en un gigantesque show. L’apprentissage de la lecture, laborieux, est rendu avec justesse.
Ce roman prenant d’inspiration orwellienne offre une réflexion sur la place de la littérature et du divertissement dans notre société. Un très bon roman d’une jeune auteure en course pour le prix des lecteurs de l’Escale du Livre : à lire !

Par Florence

Photo DR 

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