Mexico Médée, de Dahlia de la Cerda

Dahlia de la Cerda revient avec une nouvelle œuvre, Mexico Médée, après le très remarqué Chiennes de garde, publié en 2022. Ce recueil de nouvelles dénonçait déjà le narcotrafic ainsi que la condition des femmes dans un pays marqué par l’oppression et la violence.
Aujourd’hui, sa voix se fait plus brûlante encore pour le plus grand plaisir du lecteur. Elle façonne des récits où la douleur se mue en résistance. Militante et activiste engagée, elle donne corps aux existences invisibilisées de femmes, enfants et autres laissés pour compte, pris dans les mailles d’un Mexique gangrené par un pouvoir souterrain qui dicte ses lois.
Dans ce recueil de nouvelles, femmes et hommes victimes directes ou collatérales de la pègre mexicaine, avancent englués dans leurs fragilités, jusqu’à voir surgir Médée. Figure inattendue, presque irréelle, elle apparaît comme une présence consolatrice venue alléger le poids de leurs existences et en solder les dettes les plus obscures.
Médée, héroïne majeure et tragique de la mythologie grecque, incarne une puissance féminine à la fois sacrée et redoutable. Elle a connu l’ivresse de l’amour auprès de Jason, puis la brûlure de la trahison, jusqu’à commettre l’irréparable : tuer ses propres enfants. Ici, elle revient parmi les vivants, habitée par une quête de rédemption ; comme si, en se mettant au service des âmes brisées, elle cherchait enfin à apaiser ses propres démons et trouver la paix.
En convoquant la figure de Médée comme une allégorie au cœur de ces vies opprimées, Dahlia de la Cerda intensifie la noirceur et la violence d’un pays plongé dans ses ténèbres. Elle dénonce tout en sublimant et en s’ancrant dans les traditions mexicaines et la puissance des corridos, chants populaires symboles de mémoire et révolte.
A lire absolument 
Merci aux Editions du sous-sol pour cette découverte.

Pauline, avril 2026

Mexico Médée, Dahlia de la Cerda, Editions du sous-sol, 2026

Le nuage d’obsidienne d’Eric McCormack

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Dans Le nuage d’obsidienne, j’ai retrouvé avec bonheur l’univers bien particulier des romans d’Eric McCormack, auteur écossais que j’ai découvert il y a quelques années avec L’épouse hollandaise, un roman singulier et captivant.

C’est la découverte d’un vieux livre du 19e siècle dans une petite librairie d’une ville mexicaine qui constitue le point de départ de ce roman. Cet ouvrage intrigue le héros – et narrateur – du roman de McCormack, Harry Steen : il le renvoie à une époque reculée de sa vie, lorsque, très jeune homme et amoureux, il vivait dans une petite localité des Uplands en Ecosse, Duncairn, se préparant à exercer le métier d’enseignant. Harry a été marqué précocement par la mort accidentelle de ses parents, il le sera encore plus à Duncairn par le rejet inexplicable de la part de la jeune fille qu’il aime.

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America, T.C. Boyle

america-t-c-boyle-liseuses-de-bordeauxAmerica de T.C. Boyle, sorti en 1995, est un grand roman intemporel et universel. Il traite des nantis et des pauvres, de leur éternelle opposition dans une cohabitation toute relative. De ce thème « classique », T.C. Boyle tire un récit implacable, redoutable et dérangeant.

Delanay et Candido auraient pu ne jamais se rencontrer, bien que vivant à Los Angeles et plutôt près l’un de l’autre. Le premier, bourgeois bon teint, vit dans un quartier huppé, fermé et sécurisé, et se présente comme humaniste et tolérant. Le second, immigré clandestin mexicain, campe au fond d’un canyon non loin de la maison du premier ; il survit, l’espoir chevillé au corps qu’un jour il vivra son rêve américain. Malgré leur proximité, Delanay et Candido ne pouvaient se rencontrer que par accident, les frontières mentales entre ces deux mondes étant presque plus imperméables que les frontières physiques. Et T.C. Boyle de créer cet accident : Delanay renverse Candido avec sa voiture (forcément, on est à Los Angeles…)Lire la suite »