Le dernier gardien d’Ellis Island

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C’est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entreponts immondes d’où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs.

Il y a d’abord cette écriture, si juste, si pure. Pas un mot de trop, pas d’emphase ni de digression inutile. Le roman de Gaëlle Josse est si poétique qu’on souhaite le lire à haute voix, pour donner vie et corps à ce récit. Si ce livre est si remarquablement écrit, c’est sans doute parce qu’il est né d’une émotion, celle qu’a ressentie l’auteure lorsqu’elle a visité, en 2012, le centre d’immigration d’Ellis Island, à New York. Désormais Musée de l’Immigration, cette île a abrité de 1892 à 1954 le centre d’accueil des immigrés souhaitant s’établir aux États-Unis.Lire la suite »

Minh Tran Huy ou la mémoire en héritage

voyageur-malgre-lui-minh-tran-huy-liseuses-de-bordeauxPrix de l’Escale du livre cette année pour son troisième roman, Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy est venue rencontrer ses lecteurs lors de cette manifestation. Elle nous a parlé de son enfance durant laquelle, élevée par sa grand-mère, elle voyait le monde en vietnamien et nous a expliqué comment, au fur et à mesure, la langue et la culture se sont effacées. C’est ainsi que pour elle, nostalgie de l’enfance et nostalgie du vietnamien sont intimement liées.
Voyageur malgré lui est l’histoire du père de Minh Tran Huy, réfugié vietnamien arrivé en France comme étudiant. Line, narratrice au métier très poétique d’enregistreuse de sons, nous raconte plusieurs destins de voyageurs malgré eux, avant d’arriver à l’histoire de son père : Albert Dadas, fugueur maladif; Samia Yusuf Omar, athlète somalienne, héroïne des jeux de Pékin et noyée en mer en tentant de rejoindre l’Europe juste avant les JO de Londres; Thinh, l’oncle bizarre; Hoai, la cousine disparue.Lire la suite »

Les appartements d’Indochine

les-appartements-d-indochine-stephane-boudy-liseuses-de-bordeauxAvec Les appartements d’Indochine de Stéphane Boudy (Editions Gunten) le lecteur suit un professeur de philosophie dans sa quête d’appartements censés lui procurer des revenus devant lui permettre de vivre de sa plume. Plume qu’il laisse régulièrement traîner du côté de l’Indochine.
Le roman est construit autour des personnages croisés par le narrateur, soit lors de ses recherches d’appartements, soit au cours de son travail de mémoire sur la guerre d’Indochine.
Même si les portraits des banquiers et autres notaires sont jubilatoires, ceux des anciens combattants sont subtils et sobres. Ils donnent à voir beaucoup plus qu’ils ne disent et font la force du roman.
L’écrivain Stéphane Boudy travaille sur la mémoire. Il ne s’intéresse pas tant aux stratégies militaires qu’aux survivants. Dien Bien Phû et les anciens combattants sont racontés sous l’angle de la mémoire et non traités comme un sujet d’histoire. Le regard distancié que porte l’auteur sur les événements renforce d’autant plus le respect qu’il a de ces hommes qui ont subi une défaite.
Le lecteur évolue sans heurts mais avec constance entre matérialisme ordinaire et mémoire de guerre, entre futilité et horreur.
Les appartements d’Indochine proposent une approche subtile de cette période de l’histoire peu enseignée et finalement peu connue.

Florence