Le passager, de Cormac McCarthy

Ce roman publié par Cormac McCarthy seize ans après son dernier livre, et juste avant Stella Maris, est tel la somme d’un tout qui n’est pas toujours identifiable tant de directions et de pistes sont empruntées sans qu’aucune ne soit véritablement nommée ni refermée. Bobby Western traverse littéralement cette « somme ». Il est à l’intersection de chaque morceau d’histoire qui se tisse autour de lui sans que jamais il ne parvienne à y adhérer vraiment. Quel nom déjà : « Bobby Western » ! Un nom de lonesome cowboy et c’est bien ainsi qu’il apparaît au lecteur, ombre de lui-même depuis qu’il a perdu sa sœur qu’il s’est empêché d’aimer d’un amour total, transcendant les liens fraternels. On ne voit en effet pour ainsi dire de lui durant tout le roman que l’ombre derrière laquelle Cormac McCarthy l’abrite comme pour lui épargner un surplus de réalité qui n’a plus aucune résonance pour lui.

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Retour sur la dégustation littéraire avec Pierre Lemaitre

Médiathèque Senghor – Carré des Jalles

Le 30 mars dernier, Pierre Lemaitre était à Saint-Médard-en-Jalles devant un public très nombreux. Loin d’être intimiste, nous étions 360 personnes à nous être déplacé pour l’écouter. Éloquent, théâtral même, pendant plus d’une heure il nous a parlé de sa vision du monde à travers son dernier roman « Le Silence et la Colère » publié le 10 janvier 2023 chez Calmann-Lévy. Il s’agit du deuxième volume de la suite romanesque intitulée Les Années glorieuses. Il fait suite à « Le Grand Monde » où nous suivons les rebondissements de la vie des membres de la famille Pelletier. L’intrigue se déroule dans les années cinquante. Voilà pour le contexte.

Pierre Lemaitre commence en nous parlant de la famille : c’est la grande attirance des romanciers selon lui.

Il y a un tropisme des romanciers pour l’histoire familiale. La famille c’est l’endroit où vont naître les premières grandes passions individuelles : le désir, la revanche, l’amour, la jalousie, le lien. Il y a trois structures qui rendent dingue : la première c’est la famille, la deuxième c’est l’école et la troisième c’est l’entreprise. Le thème de la famille passionne les lecteurs car les histoires familiales permettent de comprendre le fil de notre propre histoire et de lire la société.
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Un week-end dans le Michigan et Indépendance, de Richard Ford

C’est avec Un week-end dans le Michigan (1986) que Richard Ford « étrenne » le personnage de Frank Bascombe que l’on retrouve ensuite dans Indépendance (1995, Prix Pulitzer 1996) puis dans L’état des lieux et, plus récemment, En toute franchise.

Des configurations assez similaires pour ces deux romans qui nous font découvrir son personnage, le temps d’un week-end à chaque fois. Dans le Michigan d’abord avec sa petite amie après son divorce et le décès de son fils aîné ; lors d’un week-end prolongé de fête de l’Indépendance du 4 juillet ensuite, durant lequel il se partagera entre une compagne avec laquelle sa relation est en sursis et son fils cadet au comportement saturé de signaux faibles et inquiétants. Dans les deux cas, son ex-femme est là dans le paysage, proche puis plus lointain, lui signifiant une époque définitivement révolue qui reste le marqueur majeur de son existence, une époque où possible et réel n’étaient pas si distendus.

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S’adapter, de Clara Dupont-Monod.

Un blessé, une frondeuse, un inadapté et un sorcier. Joli travail.

C’est par cette énumération d’identités que Clara Dupont-Monod termine son roman S’adapter.

Voici donc quatre personnages bien campés dans leur personnalité, dans leur rôle et dans leur sensibilité qui vont nous emmener loin dans l’identification et l’exploration de notre propre psyché. Nous voici installés avec eux dans une vieille maison cévenole, construite avec les pierres millénaires d’une montagne âpre et omniprésente. D’ailleurs ce sont ces pierres qui racontent cette histoire parce qu’elles ont une mémoire, une expérience des êtres qui ont vécu ou vivent là.

Personne ne sait ce paradoxe, que les pierres rendent les hommes moins durs. Alors nous les aidons de notre mieux, nous leur servons d’abri, de banc, de projectile ou de chemin.

Elles vont donc s’attacher à raconter ce que vit cette famille et particulièrement la génération des enfants, à partir de la naissance d’un enfant, dénommé l’enfant, lourdement handicapé, qui vient bouleverser tout ce qui ressort de la normalité.

Une force dévastatrice, qu’ils ne nommèrent pas encore chagrin, les avait propulsés dans un monde coupé du monde (…) un monde d’arbres et d‘enfant couché.
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