Les vieux ne pleurent jamais

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Judith Hogen, soixante-dix ans, est une actrice à la retraite, et surtout veuve depuis une année. Elle semble avoir quitté le monde, celui Brooklyn où elle vit, celui de son passé artistique à New York, celui d’une famille qu’elle a peu à peu abandonnée en quittant la France, bien des années auparavant. Elle apparaît comme recluse dans les objets du passé conjugal, en proie à une solitude qu’elle supporte aussi mal que les présences un peu débordantes de vie ou simplement insistantes, comme celle de sa voisine Janet Shebabi. Lire la suite

Pas assez pour faire une femme, de Jeanne Benameur

pas-assez-pour-faire-une-femme-jeanne-benameur-liseuses-de-bordeauxVoilà un roman de Jeanne Benameur, réédité chez Babel, qui s’est laissé sans doute oublier cette dernière rentrée littéraire derrière Otages intimes.

A mon sens, c’est regrettable… A vrai dire, j’ai le sentiment que Jeanne Benameur serait plus au cœur de son écriture dans la forme du roman court, dense, incisif et/ou poétique. Lire la suite

Corps désirable…ou pas !

corps-desirable-hubert-haddad-liseuses-de-bordeauxHubert Haddad nous donne matière à réflexion sur la transplantation du corps humain. Cédric Allyn-Weberson a été victime d’un accident. Tout son corps ne répond plus. Il subit alors une opération médicale sans précédent : une greffe d’un autre corps. Toute sa vie bascule et en est transformée, surtout pour sa compagne Lorna qui ne sait plus comment aimer cet homme et ce corps qu’elle ne reconnait plus. Et puis, l’auteur fait intervenir un autre paramètre : la mémoire du corps transplanté. Elle est vivante, modifie le comportement et interfère dans l’esprit de Cédric. Comment vivre dans ces conditions ? Notre personnage devra y répondre pour continuer à vivre…

Berengère, 27 août 2015

Crash-test de Claro

crash-test-claro-liseuses-de-bordeauxDans les années 1970, les mannequins de silicone n’existaient pas encore. Alors, pour effectuer des tests d’accidents de voitures, les entreprises utilisaient des corps de personnes mortes et non réclamées. L’un des personnages de Claro est un manutentionnaire d’une de ces entreprises. Toute la journée, il manipule des corps désarticulés et sans vie. Il déshumanise ces êtres et s’oublie lui-même, il n’est plus qu’un pantin qui tente d’articuler sa propre vie.
Comment continuer à avancer si c’est en faisant toujours face à la mort ?
Et puis, il y a cette strip-teaseuse, elle aussi est confrontée à d’autres corps dont le mouvement cherche à exercer une pression sur elle. Elle articule ses membres et se crée une échappatoire.
Le troisième et dernier personnage est un adolescent qui découvre les mystères de son corps à travers les bandes dessinées pour adultes, cachées dans la penderie de sa mère.
D’une écriture ciselée et tranchante, Claro décrit trois vies, leur quotidien banal voire pathétique. Mais il laisse transparaître une vraie tendresse pour ses personnages car ce qu’ils vivent est dur et douloureux : ils cherchent une dignité d’être humain en vie.

Berengère, 22/08/2015

Attention : Amours de Léonor de Récondo est un roman sensible

leonore-de-recondo-amours-les-liseuses-de-bordeauxDans la France provinciale du début du XXème siècle, deux femmes s’aiment. L’une, Victoire, est une bourgeoise corsetée et désœuvrée, mariée par petite annonce à un notaire avec qui elle ne partage rien. L’autre, Céleste, bonne à tout faire, fille d’une famille de paysans pauvres et rudes, n’attend rien de la vie et subit le droit de cuissage du maître de maison. Rien ne se fait par amour dans cette maison. Tout n’y est que convenances, secrets et silences. Drame ordinaire dans une maison bourgeoise dont « les métrages de tissu […] absorbent les soupirs pour n’en restituer qu’un écho ouaté ».

Sauf que les deux femmes s’aiment. Et le titre de ce roman prend tout son sens : amour de deux femmes, amour d’une mère pour un enfant, amour d’une femme pour son mari mutilé par la guerre. Lire la suite