La plus précieuse des marchandises, de Jean-Claude Grumberg

Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’amour, l’amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres. L’amour qui fait que malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue.

Voilà un récit aussi noir que lumineux. Un tout petit livre que vous lirez d’un seul élan, avec une émotion intense. Il méritera sans doute une deuxième lecture. Jean-Claude Grumberg nous offre une histoire dans une écriture entre conte et mythe.
« Il était une fois dans un grand bois une pauvre bucheronne et un pauvre bucheron »… La faim était constante, en ces temps de guerre mondiale. Sous son manteau de neige, la nature glacée était elle-même prise de désolation. Quelques trains traversaient les champs vers des lieux dont on ne revenait pas… Vous avez compris… C’est l’histoire de l’horreur, d’un tabou et de toutes les hontes : celles de perdre le sentiment d’apparentement humain. Mais aussi celle d’un enfant, des mains pour penser et sauver la vie, et de la richesse au-delà de toutes les misères.
Ce récit est simplement magnifique…   

Laetitia, le 14 février 2022

La plus précieuse des marchandises, Jean Claude Grumberg, éditions du Seuil, 2019 

En votre intime conviction, de Clémentine Thiebauld

Voici un livre ne relevant ni du roman ni de l’essai mais du témoignage ou plus précisément du récit en immersion, comme l’indique l’éditeur. A ce titre, il pourrait exercer un moins grand pouvoir d’attraction sur un lectorat avide d’histoires imaginaires ou intéressé par la spéculation intellectuelle. Si à cela on ajoute que ce témoignage est l’expérience jour après jour d’une jurée d’Assises, on pourrait être tenté de passer son chemin ou alors, bien au contraire, de se laisser piquer par la curiosité en saisissant cette occasion d’entrer comme par effraction dans un lieu qui en impose terriblement.

Clémentine Thiébaut, journaliste en critique littéraire, est un beau jour désignée par tirage au sort pour devenir le temps d’une semaine une auxiliaire de la justice.

D’abord abasourdie, elle ne sait s’il faut se réjouir ou se désoler de cette nouvelle dont elle pressent qu’elle va terriblement bouleverser l’organisation de son quotidien et provoquer un certain remue-ménage dans le monde de ses pensées et de ses émotions. Elle nous fait vivre presque heure par heure les prolégomènes du procès puis la journée d’une jurée d’Assises qui découvre toutes ses arcanes, ses protocoles, ses coulisses (la salle des délibérés), ses acteurs côté Cour et si j’ose dire côté jardin (les accusés), ses moments d’ennui ou d’agacement mais surtout l’extraordinaire opportunité d’approcher au plus près des semblables à mille lieues de son univers. Mais au-delà de la partie visible de la machine judiciaire, l’auteur nous fait découvrir tout ce qui l’actionne : ses mécanismes, ses règles, ses prescriptions, ses lois et nous permet de soulever les lourds drapés qui voilent l’exercice de la justice.

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Coup de cœur de la rentrée littéraire : Paris-Briançon, de Philippe Besson

Nous voici dans un train de nuit qui se dirige vers Briançon. A priori, les personnes à bord n’ont rien en commun. Serge, le VRP baratineur. Julia qui prépare des talk-shows pour la télévision. La bande d’étudiants qui part en vacances. Alexis, le médecin sensible qui vient de perdre sa mère. Victor, le joueur de hockey. Le couple de retraités qui espère pouvoir dormir. Et Giovanni.

Comment une conversation évolue quand on ne connait pas la personne en face de soi ? Elle peut être fluide et simple voire profonde si le feeling passe bien, mais les mots peuvent aussi accrocher, créer des tensions ou des silences. Car ces individus vont se croiser, parfois créer des liens très forts. A première vue, Serge a tout du dragueur à fuir. Pourtant il y a de la sincérité et de l’innocence dans son intérêt pour Julia. C’est peut être pour ça qu’elle va se confier, quitte à le mettre dans l’embarras.

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Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, de Lionel Shriver

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes est le titre français du dernier roman de l’écrivaine américaine Lionel Shriver dont la traduction est sortie en septembre 2021 chez Belfond. Et c’est le premier roman de cette auteure que je lis. Après un court moment de flottement en début de lecture dû sans doute à l’accumulation très dense d’informations sous forme de dialogues et de considérations diverses, je me suis vite habituée à la plume alerte de l’auteure : j’ai été séduite par l’acuité et l’humour corrosif avec lesquels elle scrute aussi bien les relations individuelles que certains mécanismes de la société américaine (et par là-même de nos civilisations occidentales). Et ce ne sont pas les auteur.e.s de génie qui manquent dans ce registre aux Etats-Unis !
Alors de quoi s’agit-il plus précisément ?

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