Le duel des grands-mères, de Diadé Dembélé

Hamet va à l’école laïque de langue française de Bamako. Autour de lui, tout le monde parle soninké, bambara, peul et bien d’autres langues locales. Il y est inscrit pour faire honneur à son père, qui travaille en France, et qui n’a pas pu étudier cette langue. C’est un garçon intelligent qui rentre de l’école frustré de ne pas être à la hauteur. Il aime le français, mais il n’aime pas la façon dont on le lui enseigne. Alors il va faire l’école buissonnière.

La vendeuse de froufrou pense que je vais en classe, le boutiquier pense que je vais en classe, M’ma pense que je vais en classe, donc on est d’accord que je vais en classe.

Lorsque la fourberie est découverte, ses parents décident de l’envoyer au village de sa famille pour lui apprendre la vie. En arrivant chez sa grand mère, il parle en bambara, la langue de son cœur, ce qui est offensant pour les villageois qui comprennent le soninké. Ici c’est la savane, il y a des « méchants » et des « bêtes sauvages ».

Ces jours m’effraient. Ce vent m’agresse. Les cris des animaux m’agacent. Ce village me répugne.

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La fille parfaite, de Nathalie Azoulai

Qui est cette fille parfaite dont il est question dans le titre du dernier roman de Nathalie Azoulai, La fille parfaite publié chez POL ?
Si on doit choisir entre les deux héroïnes du roman, on pense tout de suite à Adèle, jeune fille curieuse de tout, surdouée et brillante que son père a formée et dirigée de manière inexorable vers des études de mathématiques. Adèle connaît une carrière remarquable, de rang international, couronnée de nombreuses récompenses. Elle s’est mariée jeune, a un fils de dix ans qu’elle aime avec passion.
Alors pourquoi, dès les premières pages du livre, se suicide-t-elle par pendaison à quarante six ans, au faîte de sa gloire ?
C’est ce que va chercher à comprendre l’autre héroïne du récit, Rachel, l’amie d’Adèle depuis le collège, toute aussi brillante et volontaire, mais dans un autre domaine : la littérature. Elle est aujourd’hui, agrégée de lettres et écrivaine reconnue. Cependant, à la mort d’Adèle, Rachel, assommée par ce drame, se sent en même temps bizarrement délestée. J’étais triste, mais j’étais débarrassée pense-t-elle , se remémorant l’enterrement de l’amie de toute une vie. Le livre est conçu comme une enquête, menée par Rachel, dans un va-et-vient constant entre présent et passé. Elle va revivre les différents épisodes de leur amitié, fouiller ses zones d’ombre.

Les amitiés, c’est comme les crashs aériens, on n’en retrouve pas toujours les boîtes noires, sauf peut-être quand elles s’ouvrent d’elles-mêmes au chevet de l’un des deux amis quand il meurt, mais dans notre cas, de chevet, il n’y en a pas eu. Sa recherche de la vérité sera à la fois une quête de souvenirs mâtinée d’introspection.

Le roman est l’histoire de cette longue et tumultueuse amitié faite d’admiration, de complicité, de petites bouderies, sous-tendue par l’émulation et la compétition.

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La plus précieuse des marchandises, de Jean-Claude Grumberg

Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’amour, l’amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres. L’amour qui fait que malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue.

Voilà un récit aussi noir que lumineux. Un tout petit livre que vous lirez d’un seul élan, avec une émotion intense. Il méritera sans doute une deuxième lecture. Jean-Claude Grumberg nous offre une histoire dans une écriture entre conte et mythe.
« Il était une fois dans un grand bois une pauvre bucheronne et un pauvre bucheron »… La faim était constante, en ces temps de guerre mondiale. Sous son manteau de neige, la nature glacée était elle-même prise de désolation. Quelques trains traversaient les champs vers des lieux dont on ne revenait pas… Vous avez compris… C’est l’histoire de l’horreur, d’un tabou et de toutes les hontes : celles de perdre le sentiment d’apparentement humain. Mais aussi celle d’un enfant, des mains pour penser et sauver la vie, et de la richesse au-delà de toutes les misères.
Ce récit est simplement magnifique…   

Laetitia, le 14 février 2022

La plus précieuse des marchandises, Jean Claude Grumberg, éditions du Seuil, 2019 

Coup de cœur de la rentrée littéraire : Paris-Briançon, de Philippe Besson

Nous voici dans un train de nuit qui se dirige vers Briançon. A priori, les personnes à bord n’ont rien en commun. Serge, le VRP baratineur. Julia qui prépare des talk-shows pour la télévision. La bande d’étudiants qui part en vacances. Alexis, le médecin sensible qui vient de perdre sa mère. Victor, le joueur de hockey. Le couple de retraités qui espère pouvoir dormir. Et Giovanni.

Comment une conversation évolue quand on ne connait pas la personne en face de soi ? Elle peut être fluide et simple voire profonde si le feeling passe bien, mais les mots peuvent aussi accrocher, créer des tensions ou des silences. Car ces individus vont se croiser, parfois créer des liens très forts. A première vue, Serge a tout du dragueur à fuir. Pourtant il y a de la sincérité et de l’innocence dans son intérêt pour Julia. C’est peut être pour ça qu’elle va se confier, quitte à le mettre dans l’embarras.

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