! Rentrée littéraire ! Autoportrait à l’encre noire de Lydie Salvayre

Soucieuse de ne pas se « déculotter », de ne pas tomber dans l’exhibitionnisme, Lydie Salvayre, choisit de partager ses « notes égotiques » sur ses traits de caractère sans chercher à les classer, les justifier, les expliquer.

Les souvenirs, les scènes parfois traumatisantes sont révélatrices de cette introspection qui se fait pas à pas.

Il y a la honte toujours présente, liée à la pauvreté, sans vacances, sans voiture, sans restaurant, sans superflu, sans les premières lectures faute de moyen. C’est grâce à M. Filhol, son professeur, que Lydie Salvayre pourra accéder à la littérature.

Ces livres vont devenir mon refuge,

Ma gourmandise préférée après le chocolat,

Ma volupté, mon vice, mon ivresse,

Ils vont me venger de ma honte et de ma timidité…Je ne lis pas calmement posément, rêveusement. Je lis en sauvage, en affamée, en ogresse. Je lis fougueusement et cette fouge avec le temps ne cesse de croitre. 

Comme dans un autoportrait, il faut aussi un méchant, ce sera le père de Lydie Salvayre, réfugié du franquisme, violent, colérique, « aussi tyrannique en famille qu’impuissant au dehors » terrorisant ses deux filles. De cette peur, naitra l’envie de patricide, les mécanismes de cette violence ont été décrits et détaillés dans un des premiers romans de Lydie Salvayre, La puissance des mouches.

Que se passe-t-il pour qu’à quarante passées, je m’autorise à tenter l’impossible ?

Suis poussée par la nécessité vitale de compenser ma difficulté à ouvrir ma gueule ?

…Y suis-je conduite par le désir de faire un sort à mes hontes d’enfance ? Et faut-il m’en défaire, que je les hurle sur le papier ?

Est-ce l’urgence de m’affranchir du lien à ce père de désastre ? …. Est-ce le désir de retrouver ma voix d’enfance ?

Le récit alterne entre questionnements, introspection et conversations avec Albane, voisine et amie, passionnée de littérature feel good. Albane se fait la porte-parole des attentes du grand public et peut être, en filagramme, des souhaits de l’éditeur.  Quels seraient les ingrédients d’une biographie réussie ? Ces conversations, quand elles ne finissent pas en engueulades, sont autant d’occasions de connaitre le point de vue de l’autrice sur les sujets qui la révoltent et sur les concessions qu’elle ne fera pas.

L’encre est noire, puisque l’on ne peut pas tout « reblanchir »  pour cet autoportrait sans complaisance, ni « pleurnicheries ». Le lecteur se laisse emporter, et découvre ces instants de vie, ces souvenirs qui révèlent les liens entre la personnalité de Lydie Salvayre terriblement intègre, lucide et son écriture puissante, révoltée, sans compromission.

 Les « voyeuristes » resteront sur leur faim, les lecteurs seront transportés.

Catherine, septembre 2025

Autoportrait à l’encre noire, Lydie Salvayre, Robert Laffont, parution le 4 septembre 2025

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