
La Petite Bonne, ce titre m’a fait de l’œil dès que je l’ai aperçu.
Parmi la profusion de sorties littéraires en ce mois de septembre, c’est celui-ci que j’ai choisi. J’aime les histoires qui parlent des femmes, des strates qui les composent, et que l’auteur a plaisir à effeuiller pour en faire des écrits vibrants et infinis. J’aime encore plus quand il s’agit de femmes de rien, d’aspect ordinaire. Elles ont le pouvoir de révéler tous leurs potentiels dans leurs vulnérabilités et leurs insuffisances.
Dans ce roman écrit par Bérénice Pichat, la petite bonne qui n’a pas de prénom et sera toujours présentée comme telle, va chez le couple Daniel s’occuper de l’entretien de leur demeure bourgeoise. Monsieur, autrefois pianiste émérite est un grand mutilé de la 1ère guerre mondiale. Sa femme, Alexandrine, veille sur lui depuis plus de 20 ans, vivant dans l’ombre de cet homme ravagé par la solitude et la souffrance. Et si Monsieur profitait de l’arrivée de cette jeune bonne pour l’aider à réaliser son funeste projet ?
Elle est assise
Face à lui
Ses entrailles la brûlent
Elle sent ses joues rouges
Sa peau qui tire
Elle réfléchit
Elle a très bien compris
Ce que Monsieur lui demande
Il a parlé clairement
Joué cartes sur table
La vérité apparaît
Toute simple
Dans son horreur
Face à elle
Il attend
Crispé
Tendu
Et si elle acceptait
Il veut y croire
Peut- être est-ce possible
Notre petite bonne va, contre toute attente, s’imposer dans leurs vies et bousculer leur fragile équilibre. Sa fraîcheur, son authenticité et ses blessures vont trouver un écho auprès de ce bout d’homme brisé. Ce récit puissant sous forme de huit clos, donne une voix singulière à chaque personnage. Bérénice Pichat donne à la petite bonne, une narration unique sous forme de vers libres donnant ainsi plus de corps à ces mots.
Et on parle bien de corps dans ce texte, de corps cassés, abîmés et délaissés, ainsi qu’aux possibilités restantes. Le choix de vivre, le choix de mourir, le choix de renaître ? Quelle place pour les remords et la culpabilité ?
Comment
Il a deviné son secret
Oui, elle a oscillé
Douloureusement
Entre vivre ou mourir
Entre tuer ou laisser
C’était il y a longtemps
Mais sur cet évènement
Le temps ne passe pas
Depuis
Elle tangue
Elle cherche
Elle voudrait retrouver
L’équilibre perdu
Elle a connu
Le tourment
La nécessité
De ce dilemme imposé au corps
Des femmes
Riche ou pauvre
A un moment ou à un autre
Quelle femme
N’y a jamais été confrontée
Un roman qui explore avec habileté l’intimité des corps et des secrets partagés.
En terminant ce livre, j’ai eu besoin de me plonger dans le sous-thème de ce livre. Et je me suis rappelé celui d’Aude Mermilliod, « Il fallait que je vous le dise », un roman graphique paru en 2019 chez Casterman, qui lève le tabou de l’avortement.
Pauline, octobre 2024
La Petite Bonne, Bérénice Pichat, éditions Les Avrils, 2024
Une magnifique exploration des corps à travers une écriture en vers libres somptueuse ! Un vrai coup de cœur 😍
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