Des livres sous le sapin

Noël approche…  A cette occasion, les Liseuses de Bordeaux vous proposent leur sélection de livres à mettre sous le sapin ou à s’offrir à soi-même, tout simplement. Bonne lecture !


Babeth

Pour Noël, je vous propose du froid nordique, avec Le retour du professeur de danse de Henning Mankell. Un roman noir captivant, plein de rebondissements, à lire caché au chaud sous la couette. Ici on parle au pluriel : des meurtres, des vengeances, et peut-être plusieurs assassins. De quoi vous retourner la tête !
De plus, Henning Mankell utilise un prétexte meurtrier pour parler du rôle joué par la Suède pendant la Seconde guerre mondiale et ses implications dans la société d’aujourd’hui.


Edith

Je viens de découvrir les romans policiers de Noami Hirahara, écrivaine américaine d’origine japonaise dont les parents ont grandi à Hiroshima. Outre l’intrigue policière réussie portée par un modeste jardinier âgé nommé Mas Arai, ces romans permettent de découvrir la vie des Americano-Japonais. Je vous conseille Le shamisen en peau de serpent ou Gasa-Gasa Girl.


Florence

La peau dure de Raymond Guérin est un roman à trois voix remarquablement écrit. Ces voix sont celles de trois soeurs, Clara, Jacquotte et Louison, femmes debout, si différentes et pourtant si identiques… Même s’il a été publié en 1948 pour la première fois, il entre en résonance avec notre société contemporaine. Dur, cruel.


Marie-France

Je vous recommande le beau roman noir de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal. Interrogé par un juge d’instruction, Martial, quinquagénaire, ancien ouvrier de l’Arsenal de Brest, essaie de trouver dans sa langue sobre et hésitante une cohérence dans les éléments qui ont détruit sa vie et l’ont amené à jeter par dessus bord l’agent immobilier Lazennec. Il cherche à tracer « la ligne droite des faits« , « la somme des omissions et renoncements et choses inaccomplies« . Captivant jusqu’à la fin, inattendue et pleine d’un humanisme tranquille.

Marisa

Difficile pour moi de faire un choix… Au risque de paraître insistante, je vous conseille le superbe roman Dans la forêt de Jean Hegland… ou alors, dans un tout autre genre, Le fils Jo Nesbø, un thriller norvégien efficace et noir à souhait.

Vous l’avez compris, peu importe votre choix, mais LISEZ et continuez d’offrir des livres !!!

 

Les Liseuses, 13 décembre 2017

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Le corps de ma mère de Fawzia Zouari

Invitée cette année au festival Lettres du monde, Fawzia Zouari est une écrivaine et journaliste tunisienne. Florence a lu Le corps de ma mère, un roman paru l’an dernier aux éditions Joëlle Losfeld.


Dans Le corps de ma mère, Fawzia Zouari écrit sa mère avec sincérité et pudeur. Elle a attendu près de dix ans après sa mort pour oser ce récit intime, pour raconter la vie de cette femme bédouine tunisienne que la tradition locale a enfermée et soustraite très jeune aux regards des hommes. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de mieux la connaître de son vivant, mais les réponses aux questions de sa fille étaient sans appel :

« On peut tout raconter ma fille, la cuisine, la guerre, la politique, la fortune ; pas l’intimité d’une famille. C’est l’exposer deux fois au regard. Allah a recommandé de tendre un rideau sur tous les secrets, et le premier des secrets s’appelle la femme ».

Heureusement pour nous, Fawzia Zouari transgresse ces paroles pour nous livrer un récit éclairant les conditions de vie des femmes dans une société patriarcale. Et si le déclencheur de l’écriture de ce récit est la révolution du Jasmin de 2007 en Tunisie, ce n’est pas un hasard : il a fallu les promesses d’un changement dans la société pour que l’auteure se penche sur ce qu’était la société tunisienne « avant ».

Yamna n’a pas décidé de sa vie. Elle a été mariée jeune à un cousin, n’est presque pas allée à l’école, sortait peu de chez elle. C’est une femme autoritaire, rétive aux confidences et peu portée sur la tendresse, une femme qui élève ses nombreux enfants. Yamna n’est qu’une mère, comme la société le lui demande. Pour autant, à la fin de sa vie, elle s’éprend du gardien de son immeuble et prétend avoir la maladie d’Alzheimer pour s’autoriser à dire à tous ce qu’elle pense réellement d’eux ! Et c’est certainement ce qui fait de ce récit un récit inédit : en montrant sa mère dans toute sa vérité, Fawzia Zouari la désacralise, bien que cela soit considéré comme particulièrement impudique au Maghreb.

Et l’on sent que Fawzia Zouari n’est pas très à l’aise quand elle doit présenter son livre à ses sœurs : « Je ne leur ai pas dit tout le contenu du récit, je leur ai juste dit que j’avais pris leur revanche en racontant l’épisode où notre mère a brûlé leur cartable pour qu’elles n’aillent plus à l’école ». Elle est aussi allée se recueillir sur la tombe de sa mère pour lui demander pardon pour avoir osé écrire ce livre.

Fawzia Zouari n’écrit qu’en français. « Je n’ai jamais envisagé d’écrire ce livre en arabe. Je me suis demandée si l’arabe était ma langue maternelle. L’arabe est une langue masculine car elle pose la loi pour les femmes. C’est une langue paternelle. Une langue maternelle est une langue qui réussit à dire les mères sans les trahir

Le corps de ma mère fait le récit sincère d’une femme du siècle dernier. A lire de toute urgence.

Florence, 24 novembre 2017

Le nouveau nom d’Elena Ferrante

elena-ferrante-le-nouveau-nom-liseuses-de-bordeauxLe nouveau nom est le titre du second volume de la saga napolitaine d’Elena Ferrante, auteure italienne dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’elle désire rester dans l’anonymat…

Nous avons déjà évoqué le premier tome de ce vaste récit intitulé L’amie prodigieuse. Pour rappel, ces romans peuvent se lire comme la chronique d’un quartier populaire de Naples dans la deuxième moitié du 20e siècle. Ils déroulent le quotidien de petites gens, ouvriers et artisans, confrontés aux problèmes de pauvreté et de promiscuité, dont la vie est réglée par les valeurs traditionnelles de la famille, soumise aux lois du patriarcat. Lire la suite

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

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Sur les conseils de Catherine, j’ai lu L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante, livre que j’ai beaucoup aimé. Pourquoi avons-nous toutes les deux aimé ce livre ?
Tout d’abord, il faut préciser qu’Elena Ferrante est une auteure bien mystérieuse. Elle n’accorde que très peu d’entretiens. Tout ce que nous savons d’elle (ou de lui ?), c’est que cette personne est née dans la région de Naples et a grandi dans un quartier pauvre avant de gravir l’échelle sociale. Lire la suite