La nuit des béguines d’Aline Kiner

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres.

Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher.

Dans le grand béguinage royal, nous suivons quelques femmes au caractère bien trempé. Ysabel, la doyenne, est herboriste et guérisseuse. Ade est lettrée, belle et noble mais sa vie s’accompagne d’amertume. Quand toutes deux recueillent Maheut, une adolescente à la chevelure de feu qui fuit un mariage arrangé, elles comprennent que leur vie va s’en trouvée perturbée : Maheut semble traquée par un inquiétant moine franciscain qui a connu la béguine condamnée.

Ce livre m’a offert une lecture des plus agréables. J’ai beaucoup aimé la retranscription que l’auteur fait de l’atmosphère médiévale. Aline Kiner s’attache aux bonnes odeurs comme celles qui flottent à l’intérieur des maisons, mais aussi celles nauséabondes des rues. Ces dernières sont, elles aussi, très bien décrites. Je me suis laissée happer par le Paris de cette fin du XIVème siècle et ses bruits nombreux et familiers. Au Moyen-Âge, l’homme fait partie intégrante de son environnement naturel car le connaître est une question de survie. De ce fait, l’auteur crée une proximité entre l’un des personnages principaux et la nature dans le savoir qu’apporte chaque plante aussi bien médicale que gustative. Cet aspect rappelle le jardin médiéval, le Jardin des simples, où toutes les plantes, qu’elles soient tinctoriales ou culinaires ou encore décoratives, y sont présentes.

Enfin, pour clore cette parenthèse médiévale, j’ai eu la chance d’animer un petit déjeuner littéraire avec Aline Kiner, dans le cadre du Prix des lecteurs-Escale du livre. Ecouter l’auteur décrire le Moyen-Âge a été un moment très agréable d’autant qu’elle connait son sujet en profondeur. Elle a eu l’opportunité de rencontrer de grands historiens et de déambuler dans les couloirs de l’histoire et du Moyen-Âge, période qu’elle apprécie particulièrement. Elle a aussi tenu à répertorier ses sources à la fin du roman pour en démontrer à la fois leur rareté et, de ce fait, leur importance. Et finir l’entretien par la figure de Marguerite Porete a été comme boucler cette boucle sur cette période et dans le même temps terminer sur un personnage fort qui fait écho à ce que nous vivons aujourd’hui : elle a été la première personne à avoir été condamnée à mort pour des écrits.

Bérengère, 6 mars 2018

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