Les vieux ne pleurent jamais

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Judith Hogen, soixante-dix ans, est une actrice à la retraite, et surtout veuve depuis une année. Elle semble avoir quitté le monde, celui Brooklyn où elle vit, celui de son passé artistique à New York, celui d’une famille qu’elle a peu à peu abandonnée en quittant la France, bien des années auparavant. Elle apparaît comme recluse dans les objets du passé conjugal, en proie à une solitude qu’elle supporte aussi mal que les présences un peu débordantes de vie ou simplement insistantes, comme celle de sa voisine Janet Shebabi.

Le roman commence par les agacements de Judith vis-à-vis de Janet qui s’incruste trop souvent pour le café, par ceux d’un triste regard de Judith sur elle-même, son corps vieillissant dans le miroir. Une obsession. Ce corps dit bien que le temps passe pour tous, c’est un corps qui peut souffrir, qui mourra, et c’est déjà un corps déserté de regards aimants et vidé de son désir. Se dessine un personnage assez peu sympathique, sans doute parce que cette femme ne livre que peu d’émotions et déploie une haine ordinaire pour ces « autres » qui cherchent liens et sens à la vie.

Mais l’existence ne laisse pas de répit, même dans une vie devenue presque minérale…

Sa voisine insiste tant que Judith accepte de la suivre dans un petit voyage organisé qui incarnera, telle une caricature, toute la terreur qu’elle éprouve face à l’ordre qui la contraint à se tenir bien sagement dans le rang des retraitées actives de son âge.  Et puis il y a cette photo glissée par son mari, dans un livre de Céline… Une photo laissée à dessein, selon elle, celle de son frère qu’elle n’a pas revu depuis sa jeunesse. Ce seront là deux déclencheurs d’un voyage de retour en France, pour réinterroger ses liens et ses racines.

L’existence ne laisse bien sûr pas indemne qui tente ce genre d’explorations… et nous partageons peu à peu la reviviscence de cette femme qui, je vous rassure, nous devient sympathique, comme sa voisine Janet, espiègle, curieuse et d’une insistance géniale, malgré …. ses baskets roses !

Laissez-vous guider dans ce roman qui explore avec empathie et délicatesse cette condition inéluctable, imprévisible et menaçante qui est celle de vieillir, mais fort heureusement qui réserve à la vie bien des émoussements et au corps bien des rebondissements salutaires !

Laetitia, 25/04/2016

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