Revenir à toi de Léonor de Récondo 

Que seriez-vous prête à faire pour retrouver votre mère ? Une mère que vous n’avez pas vue depuis 30 ans. Qui a disparu de votre vie alors que vous n’étiez qu’une enfant. Seriez-vous prête à traverser la France ? A dormir dans une tente devant sa porte fermée ?
Magdalena voit sa vie bouleversée lorsqu’on lui annonce que sa mère, Apollonia, a été retrouvée. Comédienne reconnue, Magdalena devait commencer les répétitions pour jouer Antigone au festival d’Avignon. Elle décide de partir sur une impulsion et son voyage en train vers le sud-ouest de la France est l’occasion de faire remonter en elle tous les souvenirs et toutes les souffrances de l’ignorance. Cette absence a forgé le caractère de Magdalena. Longtemps, elle a eu le sentiment de ne pas exister. Son métier lui a permis de se fabriquer une histoire pour faire peau neuve.

« J’avais le droit d’être mes rôles, c’est tout ; sur scène j’étais libre, pourtant ailleurs, enfermée. »

Magdalena déconcerte par ses attitudes. Partie sans rien lorsqu’elle prend le train, ses achats n’ont rien à voir avec sa vie parisienne. Bizarre aux yeux des autres, elle paraît fragile comme un oiseau tombé du nid. Et pourtant son comportement, lorsqu’elle retrouve Apollonia, nous montre une jeune femme forte et déterminée.
La pièce de Sophocle est très présente dans ce roman. Comme Antigone, Magdalena est un personnage ambivalent où la famille est au centre de sa tragédie.
Léonor de Recondo nous propose un texte raffiné d’une grande poésie qui m’a bouleversée. Elle démarre son texte de façon symbolique avec le retrait d’un grain de beauté chez la dermatologue : une partie d’elle n’existe plus. J’ai trouvé sublime ce travail d’écriture autour des 5 sens : le regard du contrôleur sur Magdalena, les odeurs répulsives dans la maison d’Apollonia, ou le passage extraordinaire lorsque Magdalena prend sa douche.

« Seins lourds, tétons dressés sous le flux, fine cascade à l’approche du galbe, avant de dévaler sur le ventre, l’eau s’empare de la peau souple, de la respiration lente, puis se pose un instant sur les hanches, course à peine freinée par le pubis, pilosité taillée, puis précipitée vers la profondeur des lèvres. »

Une belle lecture pour cette rentrée littéraire.

Babeth, le 17 septembre 2021

Revenir à toi, Léonor de Récondo, 2021, Editions Grasset

Lecture théâtralisée par Maud Andrieux

Vous ne savez pas quoi faire pour les journées du patrimoine ce week-end ? Nous vous conseillons d’aller écouter une lecture théâtralisée autour de Marguerite Duras par Maud Andrieux à la bibliothèque Flora Tristan, samedi 17 septembre à 17h.
Maud Andrieux, nous la connaissons bien. Passionnée par l’écriture de Marguerite Duras, elle adapte ses romans depuis une dizaine d’années pour les mettre en scène et les interpréter. Elle privilégie les mises en scène sobres afin de laisser toute sa place au texte. L’écouter lire Duras est toujours un grand moment de plaisir. Elle nous présente la lecture qu’elle donnera samedi à la bibliothèque Flora Tristan : Lire la suite

Station Eleven, roman post-apocalyptique

emily-saint-john-mandel-station-eleven-liseuses-de-bordeauxStation Eleven d’Emily Saint John Mandel est un roman post-apocalyptique qui m’a fait passer un bon moment, bien que je ne sois pas familière du genre.

Station Eleven commence par une fin spectaculaire : la mort sur scène d’un acteur – Arthur Leander – interprétant le Roi Lear. Un secouriste – Jeevan Chaundhary – monte sur scène pour lui porter les premiers secours, sous les yeux d’une fillette de huit ans – Kirsten Raymonde – actrice au rôle muet. Les trois personnages principaux du roman sont réunis dans cette scène, juste avant qu’une catastrophe beaucoup plus grande chamboule l’ordre du monde : une épidémie de grippe décime la population et impose une réorganisation de la société. Lire la suite

Lire : ouvrir de nouveaux horizons

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Au café littéraire du salon Lire En Poche, Florence et Babeth se sont lancées dans une conversation presque philosophique sur les nouveaux horizons qu’ouvrait la lecture. Nous tenions à partager cette belle rencontre avec Pef et Jean-Paul Didierlaurent où émotion et humour se sont mêlés.
De Pef, nous connaissons tous les histoires du Prince de Motordu. Avant d’être un auteur jeunesse à succès, Pef est un écrivain et un dessinateur militant. Il s’est fait remarquer par les éditeurs de livres jeunesse, quand, en 1975, il collabore avec Anne Sylvestre.
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Pef s’intéresse à l’enfance et le militant qu’il est mène une bataille contre l’illettrisme dans des actions parallèles à l’enseignement. Son dernier ouvrage Petit éloge de la lecture est un essai pour adultes sur son amour pour la lecture. C’est une invitation à la rêverie, à l’observation, à l’imagination.
Le livre de Jean-Paul Didierlaurent, Le Liseur du 6h27, s’est vendu à plus de 60 000 exemplaires. Le personnage principal, Guylain, pilonne des livres invendus. Lorsqu’il arrive à sauver quelques pages non broyées, c’est pour les lire à des inconnus dans le RER en allant travailler. Ce roman foisonne de personnages attachants : Giuseppe qui recherche tous les livres faits à partir de la pâte à papier fabriquée le jour de son terrible accident dans l’usine, Yvon qui parle en alexandrin et Julie la dame pipi. Un livre drôle et onirique.

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Guy Bedos à livre ouvert

Je n’ai pas eu d’autres universités que les librairies

La Machine à Lire proposait récemment un vagabondage en littérature en compagnie de Guy Bedos. Dans la vitrine préparée pour sa venue, pas de pamphlet politique, mais de la poésie, du théâtre et des romans. Même s’il n’est plus aussi alerte, Guy Bedos n’en reste pas moins charmeur et acerbe. Souvent la tête baissée, il répond, cherche parfois ses mots, mais lorsqu’il lève le nez et regarde droit dans les yeux son interlocuteur, son regard est profond et bien vivant. On reste sous le charme ! Pour Guy Bedos, qui a peu fréquenté l’école et « n’a pas eu d’autre université que les librairies », la littérature est avant tout une affaire de rencontres.

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