Triste tigre, de Neige Sinno

« La littérature ne [l’a] pas sauvée ». Elle lui a juste permis d’écrire à quel point elle ne l’a pas sauvée, à quel point rien ne peut « sauver » d’un inceste qui reste logé là, en plein milieu de celui qui l’a subi, en son centre. La littérature lui a juste permis d’arriver à la justesse, la seule forme de justice possible : dire les choses telles qu’elles se sont produites, puisque tout autre forme de justice est inaccessible. Rien ne peut compenser, apaiser, permettre de tourner une page, pas même la punition de l’autre, la peine de prison, qui n’enlève pas de poids si ce n’est celui de la culpabilité qu’il puisse recommencer avec d’autres tant que les choses n’auront pas été nommées, exposées au grand jour. Nommer les choses pour essayer d’empêcher que ça se reproduise. Nommer pour que l’inceste cesse de n’être que l’affaire de celui qui l’a subi car faire de l’inceste une affaire privée, personnelle, constitue pour les victimes rien moins qu’une double peine.

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Grégoire Delacourt : de l’expression d’une colère à l’enfant réparé

Grégoire Delacourt est arrivé ce samedi matin au salon Lire en poche de Gradignan avec humour et légèreté. Comme un enfant qui lance une blague pour détendre l’atmosphère, cet homme qui ne fait pas son âge nous présentait ses deux derniers romans.

Un jour viendra couleur d’orange est le 9e roman de l’auteur. Ce titre, tiré d’un poème de Louis Aragon, est plein de promesses : « Un jour viendra couleur d’orange, un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ». La toile de fond du roman, ce sont les gilets jaunes. Grégoire Delacourt voulait essayer de comprendre ce mouvement en colère, car pour lui, on a tous des colères enfouies.

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Une semaine de vacances

 Christine Angot, Flammarion, 2012

La lecture de ce roman qui affole les critiques littéraires s’avère éprouvante. La rédaction de Sud-Ouest le décrit comme « un mauvais porno », un autre critique a parlé de « tunnel de fellations », voilà qui donne le ton.

L’histoire : un père, la soixantaine, bourgeois aisé, érudit, fin gourmet, emmène sa fille d’une quinzaine d’années, en vacances près de Grenoble. En fait de découverte de la région, la fille n’aura droit qu’à une initiation brutale et obsessionnelle à la sexualité. L’auteur décrit avec une précision chirurgicale les gestes, les positions, les regards, les commentaires jusqu’à l’écoeurement. La relation est d’une extrême perversité et on assiste impuissant au supplice de la fille ramenée au statut d’objet de tous les fantasmes du père.Lire la suite »