Sans armure

Ce texte court est un concentré d’émotions. Pour raconter la vie de Brune, Cathy Ytak démarre son récit par une dispute. Yannick va chercher à retrouver l’être aimée en se tournant vers son passé. Brune n’est pas une fille comme les autres. C’est un maillon faible qui s’est protégé en se fabriquant une armure « indispensable quand on est trop sensible dans un monde qui ne l’est pas assez ». Ses parents étaient déjà hors normes, vivant dans la forêt. Mais en l’envoyant à l’école, ils ne se rendent pas compte du décalage entre leur fille et les autres enfants. Son monde à elle est fait de couleurs et de connexions avec la nature. C’est un livre sur les différences. L’auteur évoque la synesthésie, le métissage, l’homosexualité, le handicap avec délicatesse.

Sans armure n’est pas un texte sorti sans douleurs. Cathy Ytak l’a repris alors qu’elle le croyait en perdition. De bonnes rencontres au bon moment lui ont permis d’aller au bout de ce projet. Cela donne un texte dense et sensible où je trouve des similitudes avec l’écriture de Jeanne Benameur. A lire sans tarder.

Babeth, 2 janvier 2021

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles

Depuis que Peppa est venue au monde, Sal a toujours veillé sur elle, l’a soignée et même nourrie lorsque leur mère somnolait sur le sofa, abrutie par l’alcool et la drogue. Alors lorsque le compagnon de leur mère menace de s’en prendre aussi à sa petite soeur, Sal commet l’irréparable, mue par un formidable instinct de survie, et s’enfuit avec elle.

C’est au plus profond de la forêt que les deux filles trouvent refuge, unissant leurs forces pour résister et se reconstruire, jour après jour.
Là, au coeur de la vie sauvage, renaît l’espoir d’une vie meilleure et d’une existence préservée, loin des adultes défaillants.

A travers le regard de Sal, l’auteur nous happe dans un récit haletant dont il est difficile de s’extraire, de crainte d’abandonner les filles à leur sort. Au fil des page se tisse un lien profond entre le lecteur et les deux héroïnes : il tremble, espère, s’émeut pour elles et caresse l’espoir qu’elles s’en sortent, coûte que coûte.

Sal et Peppa vont-elles échapper à la violence de ce monde ? Combien de temps parviendront-elles à rester en vie ?

Un roman à découvrir de toute urgence.

Marisa, 21 octobre 2019

My absolute darling

My absolute darling est assurément le roman à lire en ce moment : il est remarquablement écrit, bouleversant et effrayant.

L’histoire, c’est celle de Turtle, jeune fille de quatorze ans, élevée seule par son père, Martin, depuis la mort de sa mère dans des conditions obscures.

Martin est un tyran, un pervers, un type malsain : il viole sa fille et exerce sur elle une emprise psychologique oppressante. Il est obsédé par l’idée d’apprendre à sa fille à survivre dans la forêt qui entoure leur maison – en fait, un taudis crasseux – et use de tout type de manipulations psychologiques pour contraindre sa fille à lui obéir. Lire la suite

Fugitive parce que reine

Evangelia de David Toscana

Alléluia, Alléluia, Hosanna au plus haut des cieux, une Fille est née. Avouez que nous n’avons pas entendu souvent cette invocation. Pourtant, Dieu qu’elle sonne bien ! C’est tout le propos de David Toscana dans son livre intitulé Evangelia.
L’ange Gabriel s’est trompé, l’enfant de Marie et Joseph n’est pas un garçon mais une fille prénommée, bien sûr, Emmanuelle. Et force est de constater que même pour la fille de Dieu, la vie n’est pas facile sur Terre, quand on est une femme !
Oh, comme j’avais envie de fantaisie et même de loufoquerie en ces dimanches pluvieux ! Et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes. L’auteur reprend, à son compte, les textes bibliques avec beaucoup d’humour. Il les transforme en situations inattendues, cocasses et surtout très drôles.

Et j’ai cru en Emmanuelle et les personnages qui la côtoient : un Dieu dont l’amour n’est pas le seul enjeu, un Jésus, petit frère de la Messie, qui la jalouse. J’ai beaucoup aimé car, finalement, David Toscana nous interroge sur des textes qui fondent une inégalité des sexes dont nous nous sortons tout juste.

Berengère, 2 avril 2018

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