La chambre des merveilles

Vous lirez avec beaucoup de plaisir le premier roman de Julien Sandrel, auteur sympathique rencontré au salon Lire en poche 2019. 

Louis a douze ans et vit entre sa mère et sa grand-mère dans une complicité un peu à l’étroit, un temps qui file à toute allure et ne laisse pas toujours l’espace de vrais échanges. Le récit commence un samedi matin, trop pressé, et Louis est contrarié de voir sa mère encore au téléphone pour des motifs professionnels. Il disparait alors de la vue de sa mère avec un skate lancé à vive allure, et des écouteurs sur les oreilles. La suite, c’est d’abord un drame, l’accident, le temps qui se fige soudain, et les jours qui s’égrainent sur le fil de l’espoir. Mère et grand-mère déploient toutes leurs forces de vie autour de Louis, mais c’est bien grâce à ce « carnet des merveilles », trouvé derrière le lit de Louis, que l’on va sourire, ou rire franchement…Thelma, sa mère, accomplira un à un les défis lancés par Louis dans ce carnet. 

C’est une ode à la vie, au partage, au temps présent, à la rêverie…  Vous apprécierez la justesse du récit pour ses moments de gravité, mais autant pour ceux de l’audace, de la malice, et de l’incroyable force de vie de cet adolescent ou de ses mère et grand-mère à son chevet…

Ce livre vous offrira des pensées de jeu et de partage avec grands et petits enfants ! Peut- être même beaucoup plus… du coté des sagesses de la vie.

Laëtitia, 29 décembre 2019

 

Crash-test de Claro

crash-test-claro-liseuses-de-bordeauxDans les années 1970, les mannequins de silicone n’existaient pas encore. Alors, pour effectuer des tests d’accidents de voitures, les entreprises utilisaient des corps de personnes mortes et non réclamées. L’un des personnages de Claro est un manutentionnaire d’une de ces entreprises. Toute la journée, il manipule des corps désarticulés et sans vie. Il déshumanise ces êtres et s’oublie lui-même, il n’est plus qu’un pantin qui tente d’articuler sa propre vie.
Comment continuer à avancer si c’est en faisant toujours face à la mort ?
Et puis, il y a cette strip-teaseuse, elle aussi est confrontée à d’autres corps dont le mouvement cherche à exercer une pression sur elle. Elle articule ses membres et se crée une échappatoire.
Le troisième et dernier personnage est un adolescent qui découvre les mystères de son corps à travers les bandes dessinées pour adultes, cachées dans la penderie de sa mère.
D’une écriture ciselée et tranchante, Claro décrit trois vies, leur quotidien banal voire pathétique. Mais il laisse transparaître une vraie tendresse pour ses personnages car ce qu’ils vivent est dur et douloureux : ils cherchent une dignité d’être humain en vie.

Berengère, 22/08/2015

America, T.C. Boyle

america-t-c-boyle-liseuses-de-bordeauxAmerica de T.C. Boyle, sorti en 1995, est un grand roman intemporel et universel. Il traite des nantis et des pauvres, de leur éternelle opposition dans une cohabitation toute relative. De ce thème « classique », T.C. Boyle tire un récit implacable, redoutable et dérangeant.

Delanay et Candido auraient pu ne jamais se rencontrer, bien que vivant à Los Angeles et plutôt près l’un de l’autre. Le premier, bourgeois bon teint, vit dans un quartier huppé, fermé et sécurisé, et se présente comme humaniste et tolérant. Le second, immigré clandestin mexicain, campe au fond d’un canyon non loin de la maison du premier ; il survit, l’espoir chevillé au corps qu’un jour il vivra son rêve américain. Malgré leur proximité, Delanay et Candido ne pouvaient se rencontrer que par accident, les frontières mentales entre ces deux mondes étant presque plus imperméables que les frontières physiques. Et T.C. Boyle de créer cet accident : Delanay renverse Candido avec sa voiture (forcément, on est à Los Angeles…) Lire la suite

Jayne Mansfield 1967

Jayne Mansfield – DR

Simon Liberati, Grasset, 2011

Aux basses heures de la nuit, le 29 juin 1967, sur un tronçon de la route US 90 qui relie la ville de Biloxi à La Nouvelle-Orléans, une Buick Electra 225 bleu métallisé, modèle 66, se trouva engagée dans une collision mortelle.
Ainsi commence cet hommage fétichiste du sulfureux Simon Liberati, récompensé en 2011 par le prix Femina.

L’auteur nous avait déjà prévenu dans une interview accordée en 2009 au Nouvel Obs: Mon goût de la décapitation ne me vient pas de Marie-Antoinette, mais de la blonde Jayne Mansfield, morte décapitée dans un accident de voiture. Fixation oedipienne: enfant, j’allais avec papa à la sortie des Folies-Bergère, dans un café. Entre deux spectacles, maman sortait en peignoir. Elle était très maquillée et teinte en blonde.

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