Pourquoi écrire ? de Philip Roth

Résumer en quelques mots cette compilation me paraît impossible. Je vais devoir faire des choix, je ne pourrais pas tout vous dire : vous serez obligés de lire Pourquoi écrire ? 

Pourquoi écrire ? par Philip Roth

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Philip Roth est né en 1933 et a grandi dans la communauté juive de Newark. Auteur de 31 livres, il a cessé d’écrire en 2012 et est décédé le 22 mai 2018. Il fait partie de cette génération exceptionnelle d’écrivains d’après-guerre qui ont fait de la littérature américaine ce qu’elle est depuis presque un demi-siècle.

Ce livre nous permet d’entendre la voix de Roth sur sa propre écriture : « Jour après jour pendant cinquante ans, j’ai fait face à la page suivante, sans défense et sans préparation. Pour moi écrire était un acte d’autopréservation. » Il nous parle de ses personnages : « Mon intention n’est pas de présenter les hommes de mes romans comme ils devraient être mais comme les êtres insatisfaits qu’ils sont. », ou du langage dans l’écriture : « Je suis porté vers une prose qui a les tours, les accents, les cadences, la spontanéité et la souplesse de la langue parlée et qui est en même temps bien campée sur la page, tempérée par l’ironie, la précision et l’ambiguïté que l’on trouve dans la littérature de facture traditionnelle ».

Dans ses romans, il cherche à approfondir des questions sur la vie, la sexualité, l’écriture, la vieillesse et la mort. Il fut souvent critiqué pour son rapport au judaïsme. Dans une lettre ouverte à Wikipédia, où nous retrouvons son humour cinglant, il réfute ce qu’il y est écrit. Il décortique ses romans et ses personnages jusqu’à leur donner une vraie vie, leur propre parole. Prenant pour exemple l’un d’entre eux, il dit « Une fois de plus, ce n’est pas aux juifs que Zuckerman s’en prend, mais à ceux qui calomnient et dénigrent publiquement les juifs. »

Lors d’un discours prononcé pour ses 80 ans, il revient sur le travail des auteurs américains :
« Cette passion pour la spécificité des choses, pour l’hypnotique matérialité du monde dans lequel nous vivons, est fondamentalement au cœur de la tâche assignée à tous les romanciers américains… Trouver en mots la description la plus saisissante et la plus évocatrice de la dernière des petites choses qui font de l’Amérique ce qu’elle est… C’est dans sa fidélité scrupuleuse à l’avalanche de données précises constitutives d’une vie personnelle, dans sa physicalité, que le roman réaliste… trouve son implacable intimité ».

Déjà en 1961, Philip Roth affirmait que pour comprendre, décrire et rendre crédible la réalité américaine, l’auteur en a plus qu’il ne faut. « La surabondance de la matière défie les pauvres ressources de son imagination. La réalité dépasse sans cesse notre talent et la société produit tous les jours des personnages à rendre jaloux n’importe quel romancier. »

Dans cette compilation, nous trouvons également des conversations qu’il a eues avec des auteurs principalement européens et tchèques. Ni pour ni contre le communisme, Roth est surtout révulsé par les injustices. L’histoire de l’Amérique d’après-guerre, la chasse aux communistes vont inspirer Roth notamment lorsque son ami et professeur Bob Lowenstein se verra interdire d’exercer pour déviance politique et parce que trop dangereux pour qu’on le laisse exercer une quelconque autorité sur les jeunes. Il lui inspirera le personnage le plus important de J’ai épousé un communiste.

Après des vacances à Prague en 1972 où il rencontre les traducteurs de ses romans, il décide d’y retourner plusieurs années de suite. Il s’attachera à un groupe d’écrivains, journalistes et professeurs, tous persécutés par le régime totalitaire installé par les soviétiques en Tchécoslovaquie. C’est ainsi qu’il devient l’ami d’Ivan Klima et de Milan Kundera. Les conversations qu’il entretient avec ces auteurs nous apprennent autant sur Roth que sur leur propre écriture.

Je n’ai sûrement pas été exhaustive, j’ai omis de vous parler de ses conversations avec Primo Levi, et également des accusations dont Philip Roth se défend, notamment sur ce qui lui aurait inspiré La tache. Ce recueil de textes dont je vous conseille la lecture est une source inépuisable de connaissances sur l’écriture.

Babeth, 1er septembre 2019

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Des livres sous le sapin

Noël approche…  A cette occasion, les Liseuses de Bordeaux vous proposent leur sélection de livres à mettre sous le sapin ou à s’offrir à soi-même, tout simplement. Bonne lecture !


Babeth

Pour Noël, je vous propose du froid nordique, avec Le retour du professeur de danse de Henning Mankell. Un roman noir captivant, plein de rebondissements, à lire caché au chaud sous la couette. Ici on parle au pluriel : des meurtres, des vengeances, et peut-être plusieurs assassins. De quoi vous retourner la tête !
De plus, Henning Mankell utilise un prétexte meurtrier pour parler du rôle joué par la Suède pendant la Seconde guerre mondiale et ses implications dans la société d’aujourd’hui.


Edith

Je viens de découvrir les romans policiers de Noami Hirahara, écrivaine américaine d’origine japonaise dont les parents ont grandi à Hiroshima. Outre l’intrigue policière réussie portée par un modeste jardinier âgé nommé Mas Arai, ces romans permettent de découvrir la vie des Americano-Japonais. Je vous conseille Le shamisen en peau de serpent ou Gasa-Gasa Girl.


Florence

La peau dure de Raymond Guérin est un roman à trois voix remarquablement écrit. Ces voix sont celles de trois soeurs, Clara, Jacquotte et Louison, femmes debout, si différentes et pourtant si identiques… Même s’il a été publié en 1948 pour la première fois, il entre en résonance avec notre société contemporaine. Dur, cruel.


Marie-France

Je vous recommande le beau roman noir de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal. Interrogé par un juge d’instruction, Martial, quinquagénaire, ancien ouvrier de l’Arsenal de Brest, essaie de trouver dans sa langue sobre et hésitante une cohérence dans les éléments qui ont détruit sa vie et l’ont amené à jeter par dessus bord l’agent immobilier Lazennec. Il cherche à tracer « la ligne droite des faits« , « la somme des omissions et renoncements et choses inaccomplies« . Captivant jusqu’à la fin, inattendue et pleine d’un humanisme tranquille.

Marisa

Difficile pour moi de faire un choix… Au risque de paraître insistante, je vous conseille le superbe roman Dans la forêt de Jean Hegland… ou alors, dans un tout autre genre, Le fils Jo Nesbø, un thriller norvégien efficace et noir à souhait.

Vous l’avez compris, peu importe votre choix, mais LISEZ et continuez d’offrir des livres !!!

 

Les Liseuses, 13 décembre 2017

Ce cœur changeant d’Agnès Desarthe

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Lors de la dernière édition de Lire en Poche, Bérengère et Lætitia ont eu le plaisir de s’entretenir avec Brigitte Giraud et Agnès Desarthe, autour du beau sujet Otages intimes dans le souffle de l’histoire. Cette rencontre s’est principalement portée sur leurs deux derniers livres : Nous serons des héros  (B. Giraud) et Ce cœur changeant (A. Desarthe), deux romans disponibles en poche. Lors de ce post et le suivant, nous allons donc nous pencher sur ces deux livres, en espérant que ces quelques lignes vous donneront envie de les dévorer… Lire la suite

Depuis que la samba est samba

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Voilà un roman qui nous transporte au cœur de Rio de Janeiro dans les années 20, au moment de la création de la samba.
Le quartier malfamé de l’Estacio, repères des malandros et des prostituées, rassemble musiciens, poètes et adeptes de la samba. Parmi les habitués : Sodré, blanc, portugais et fonctionnaire de la banque du Brésil, et son rival Brancura, souteneur de Valdirène, belle créature aimée des deux hommes.

On y croise aussi Ismaël Silva, fondateur de la première école de samba, ou Francisco Alves, chanteur vedette de ces années-là.

L’intrigue se déroule dans un quartier pauvre et violent, mais ce récit est tout sauf triste. Sensualité et chaleur rayonnent dans les ruelles, portées par la musique et la danse, irradiant les corps des protagonistes. La jalousie amène à des batailles de capoeira. La religion se mêle aux anciennes croyances, à la magie venue d’Afrique, avec ses esclaves.

L’écriture de Paulo Lins est rythmée, poétique, crue et chaude. On prolonge la lecture en écoutant les airs de samba conseillés par l’auteur en fin de roman.
Un beau voyage au Brésil……

Édith 24/05/2016