Le bal des folles

Le bal des folles de Victoria Mas

Qui sont réellement les aliénés ? Thérèse l’ancienne prostituée qui a voulu tuer son maquereau ? Louise, cette adolescente violée par son oncle, ou Eugénie qui croit que les morts lui parlent ? Peut-être que la plus folle, c’est cette infirmière qui se demande si Eugénie ne détient pas la vérité. Qui sont réellement ces femmes que l’on enferme à la Salpêtrière en cette fin du XIXème siècle ?

« Un dépotoir pour toutes celles nuisant à l’ordre public, un asile pour toutes celles dont la sensibilité ne répondait pas aux attentes. Une prison pour toutes celles coupables d’avoir une opinion. »

Nous sommes en mars 1885, et tout le monde attend avec impatience le bal déguisé de la Mi-Carême qui se déroule à l’hôpital. Les bourgeois parisiens y cherchent un sujet de divertissement. Les aliénées quant à elles, espèrent trouver un regard compatissant, une promesse de sortie ou un compliment. Celui qui mène la danse, c’est le professeur Charcot, célèbre pour ses séances publiques d’hypnose sur les malades. Le public, qui vient là comme à une pièce de boulevard, jubile à l’idée de le voir œuvrer sur ces hystériques.

Honnêtement, je vous le demande, qui sont réellement les aliénés ?

Ce bal n’est en fait qu’un prétexte. Victoria Mas met en exergue la condition des femmes à cette époque et imagine le contexte dans lequel a démarré le spiritisme. Un roman passionnant.

Babeth, 31 mars 2020

Le réveil des sorcières

Aujourd’hui, Bérengère partage son dernier coup de coeur pour Le réveil des sorcières de Stéphanie Janicot, paru en janvier dernier chez Albin Michel.

Que transmettons-nous à nos enfants ? Existe-t-il une transmission spécifique entre femmes ? Où est la frontière entre la vie et la mort ?
Stéphanie Janicot tente de répondre à ces questions dans son roman Le réveil des sorcières.

Le réveil des sorcières, de Stéphanie Janicot

Une jeune adolescente, Soann, perd sa mère dans un accident de voiture et se retrouve seule avec sa grande sœur. Elle appelle une amie de sa mère, la narratrice, et lui confie ses doutes. La jeune fille est persuadée que sa mère a été assassinée. Les deux protagonistes vont partir sur les traces de cette femme, Diane, guérisseuse. Elle était de celles qu’on appelait sorcières, il n’y a pas si longtemps, et qu’on brûlait vives.

L’auteur interroge ainsi le rôle d’une telle femme dans les campagnes bretonnes et le regard admiratif, mêlé de crainte, posé sur elles. J’ai aimé ce livre car Stéphanie Janicot cherche à comprendre ce besoin de magie qui peut nous animer pour comprendre ce qui ne peut pas toujours l’être, comme la mort. De plus, elle laisse la place au doute tout en restant pragmatique, ce qui rend l’histoire humaine et touchante.

Bérengère, 18 mars 2020

Portraits de femmes libres

Gaëlle Josse, Frédérique Deghelt et Emmanuelle Favier étaient les invitées de Lire en Poche pour une table ronde intitulée « Portraits de femmes libres ». Une rencontre passionnante racontée par Marie-France, une des modératrices.

Exofictions*, biographies romancées, portraits sensibles abondent depuis quelques années dans la production littéraire. Dans cette catégorie de roman, la frontière entre réel et fiction est toujours un peu brouillée. Toutefois, une chose est sûre, la rencontre de l’auteur contemporain avec le personnage public et plus ou moins célèbre dont il veut raconter – voire réinventer – l’histoire, dont il veut cerner au plus près le ressenti, cette rencontre n’est pas anodine. C’est une confrontation qui touche à l’intime et qui laisse des traces dans la réflexion et la sensibilité de l’écrivain.

C’est en tout cas ce qui est ressorti de l’entretien qui réunissait Gaëlle Josse, Frédérique Deghelt et Emmanuelle Favier dans le cadre du festival littéraire Lire en Poche de Gradignan.

Chacune s’est emparée de l’histoire d’une femme artiste d’une époque passée, célèbre ou méconnue de son vivant et en passe de devenir célèbre à notre époque. Lire la suite

Ici n’est plus ici

Pendant des années, la mire de la télévision américaine a été une tête d’Indien coiffée de plumes. Elle symbolisait parfaitement la considération de la société américaine pour les autochtones : un stéréotype à abattre.

Dans son roman Ici n’est plus ici, Tommy Orange s’attache à démonter le stéréotype et à montrer la complexité d’être un autochtone aujourd’hui aux Etats-Unis. On est loin du cliché véhiculé par les vieux westerns, réserves-plaines-mocassins. Les autochtones vivent en ville où ils exercent un emploi… comme tout le monde, serait-on tenté d’écrire… Mais le fait est qu’ils font face à des difficultés supplémentaires plutôt entravantes : ils doivent s’intégrer dans une société qui ne veut pas vraiment d’eux et qui n’a pas été conçue avec eux.

Tommy Orange a construit son roman autour d’une dizaine de personnages dont il fait s’entremêler les destins en les faisant converger vers le Grand Pow Wow d’Oakland. Les personnages sont bien campés et illustrent la diversité des situations. Le lecteur suit Jacquie Red Feather depuis les quelques semaines qu’elle passa, alors adolescente, sur l’île prison d’Alcatraz quand une poignée d’autochtones tenta de la reconquérir, et qui scellèrent douloureusement son destin. Il suit le jeune Edwin Black, métis qui n’a jamais connu son père indien et qui tente de le retrouver. Et le désabusé Dene Oxendene qui recueille des témoignages d’Indiens, autant pour l’argent que cela lui rapporte que pour ne pas voir mourir sa culture. Certains luttent contre leurs démons, comme Jacquie Red Feather qui déplace le frigo de sa chambre d’hôtel dans le couloir pour ne pas en boire les mignonettes. D’autres essaient de comprendre d’où ils viennent, comme Orvil pour qui revêtir un costume d’Indien relève de la quête identitaire. Les personnages sont complexes, uniques et composent avec une société qui a tout fait pour les en exclure.

Le cri de colère de Tommy Orange est poignant et s’exprime dans un prologue et un entracte où il dénonce la duperie et la rouerie des colonisateurs dans les traités qu’ils firent signer aux autochtones.

« Toutes ces histoires que nous n’avons pas racontées pendant si longtemps, que nous n’avons pas écoutées, font simplement partie de ce qu’il faut soigner. Non que nous soyons brisés. Et ne faites pas l’erreur de nous trouver résistants. Ne pas avoir été détruits, ne pas avoir abandonné, avoir survécu, n’a rien d’honorifique. Diriez-vous de la victime d’une tentative de meurtre qu’elle est résistante ? »

La force de ce roman est de montrer comment chaque individu, comment chaque être humain reste debout malgré la violence qui le frappe. Il y a ceux qui revendiquent leur identité, ceux qui l’acceptent faute de pouvoir la nier, ceux qui la rejettent. Tous la cherchent. Tous l’ont en eux.

Au-delà de ses qualités littéraires indéniables, ce roman pose une vision moderne de la situation des autochtones aux Etats-Unis et place les débuts de Tommy Orange dans la littérature parmi les plus prometteurs.

Florence, 24 août 2019

Le fils de Philipp Meyer

etats-unis texas histoire indiens mythologie violenceCow-boy solitaire et vertueux parcourant des contrées sauvages, sage indien fumant le calumet de la paix… la mythologie fondatrice du grand Ouest américain a du plomb dans l’aile.
Dans son roman Le fils paru en août dernier, Philipp Meyer s’applique à déconstruire les mythes de la conquête de l’Ouest, jetant un regard réaliste et cru sur ce pan de l’histoire américaine. Lire la suite