La rivière, de Peter Heller

Une odeur de fumée leur parvenait depuis deux jours… Ainsi s’ouvre le roman de Peter Heller, La Rivière, (édité pour la traduction dans la collection Babel chez Actes Sud en 2021) installant d’emblée une atmosphère troublante dans laquelle le lecteur est désormais aux aguets.

Wynn et Jack sont deux étudiants partis pagayer pour deux semaines sur une rivière qui doit les amener jusqu’ à la baie d’Hudson. Ils sont liés depuis l‘université, ont vécu les mêmes déboires amoureux et sont de fins connaisseurs de la nature. De milieux sociaux différents, chacun porte néanmoins une histoire familiale singulière qui donne à chacun sa couleur propre. Wynn incarne la lumière, une confiance à tout crin, peut être une certaine naïveté tandis que Jack est plus crépusculaire mais ils avaient cela en commun, un regard littéraire posé sur le monde. Ou au moins un amour des livres, de la poésie, de la fiction et des récits d’expédition.

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La splendeur et l’infamie, de Erik Larson

Voici un livre qui se lit comme un roman mais qui n’en est pas un.

C’est un ouvrage historique qui suit presque jour par jour les événements se déroulant en Grande-Bretagne du 10 mai 1940 au 10 mai 1941, c’est-à-dire pendant la première année du gouvernement de Winston Churchill en tant que PM.  (Premier ministre). Son titre, La splendeur et l’infamie, distribue les rôles : celui de la Grande-Bretagne face à l’Allemagne nazie désireuse de négocier avec Churchill et finalement contrainte par son refus à la détruire. Un troisième acteur est poussé sur la scène par Churchill, les Etats-Unis avec son congrès et son peuple qui pendant de longs mois se demanderont chacun avec ses raisons « j’y va t’i, j’y vas t’i pas ? »

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Taormine, de Yves Ravey

Les éditions de Minuit sont une maison d’auteurs de haute tenue depuis sa création qui agrège toute une fraternité d’auteurs, parmi les plus contemporains : Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Tanguy Viel, Laurent Mauvignier et bien sûr Yves Ravey. Elle nous propose en cette rentrée 2022 la lecture de Taormine, nom d’une ville touristique sur la côte est de la Sicile.

L’histoire est simple, aussi simple que l’univers mental qu’elle met en place est complexe. Melvil et Luisa sont mariés et en crise. Ils décident, pour aider à la reconstruction de leur couple de passer des vacances en Sicile. Dès la deuxième page, le récit à peine entamé prend une tangente.

Oui, ai-je ajouté, on peut appeler cela de la déception. C’était comme si nous avions manqué quelque chose, comme si, prenant cette bifurcation sur l’autoroute, nous n’avions pas, façon de parler, excuse-moi, Luisa, frappé à la bonne porte.

L’instrument de cette navigation touristique est naturellement la voiture louée à l’aéroport pour la durée du séjour. La voiture, lieu clos, lieu de l’intimité et en même temps lieu empêché de l’échange où les regards ne peuvent se croiser est aussi celui du danger et c’est en effet par elle que l’histoire va naître.

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S’adapter, de Clara Dupont-Monod.

Un blessé, une frondeuse, un inadapté et un sorcier. Joli travail.

C’est par cette énumération d’identités que Clara Dupont-Monod termine son roman S’adapter.

Voici donc quatre personnages bien campés dans leur personnalité, dans leur rôle et dans leur sensibilité qui vont nous emmener loin dans l’identification et l’exploration de notre propre psyché. Nous voici installés avec eux dans une vieille maison cévenole, construite avec les pierres millénaires d’une montagne âpre et omniprésente. D’ailleurs ce sont ces pierres qui racontent cette histoire parce qu’elles ont une mémoire, une expérience des êtres qui ont vécu ou vivent là.

Personne ne sait ce paradoxe, que les pierres rendent les hommes moins durs. Alors nous les aidons de notre mieux, nous leur servons d’abri, de banc, de projectile ou de chemin.

Elles vont donc s’attacher à raconter ce que vit cette famille et particulièrement la génération des enfants, à partir de la naissance d’un enfant, dénommé l’enfant, lourdement handicapé, qui vient bouleverser tout ce qui ressort de la normalité.

Une force dévastatrice, qu’ils ne nommèrent pas encore chagrin, les avait propulsés dans un monde coupé du monde (…) un monde d’arbres et d‘enfant couché.
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