Sunset Park

de Paul Auster, Actes Sud, 2011

Paul Auster trouve avec ce 18ème roman un nouvel élan, un nouveau souffle, après la mauvaise passe de Dans le scriptorium et Seul dans le noir.  Le personnage principal de ce roman, Miles Heller, quitte famille et études, hanté par la mort accidentelle de son demi-frère, Bobby. Après plusieurs petits boulots, il s’installe en Floride où il vide les maisons saisies aux victimes des subprimes. Par amour pour Pilar, il part se réfugier à Brooklyn dans une maison abandonnée qu’il partage avec d’autres squatteurs. Amérique de l’après 11 septembre, personnages en marge d’une société fragilisée par la crise financière, Paul Auster-le-mélancolique décrit une jeunesse en désillusion, sans repères dans l’époque qui est la nôtre.
Un très beau livre servi par la très belle traduction de Christine le Boeuf.

A écouter : Paul Auster lit un extrait de Sunset Park


Par Marisa

Rencontre avec Pascal Quignard

Photo M. Pautrel

Comme promis, voici un compte-rendu de la rencontre avec Pascal Quignard proposée par Mollat le 8 décembre dernier à Bordeaux.

Avant tout, précisons que c’est très difficile de résumer une conférence de cet auteur. L’érudition, les citations, le cheminement de pensée, parfois sinueux, rendent ardue toute tentative de retranscription… Je m’y attèle tout de même.

Pour commencer, Pascal Quignard nous a lu deux extraits des Solidarités mystérieuses. Etonnamment, il n’a pas pris le livre des éditions Gallimard pour faire sa lecture, mais a choisi de déplier deux feuillets manuscrits sur lesquels étaient écrits ces passages. Un silence quasi religieux et ému a accompagné cette lecture.Lire la suite »

L’aveuglement

José Saramago (Prix Nobel de Littérature 1998)

Points, 2000

« On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux » Saint-Exupéry

Dans une ville qui pourrait être n’importe quelle ville, un homme qui pourrait être n’importe quel homme devient aveugle, subitement, sans raison. Petit à petit, la cécité devient épidémie. De plus en plus de gens deviennent aveugles et sont campés dans un ancien asile, coupés du monde extérieur afin d’endiguer le fléau. Curieusement, une femme est épargnée par ce « mal blanc » et va servir de guide à un petit groupe d’hommes et de femmes.

A travers ses yeux, José Saramago déroule son récit apocalyptique, métaphore d’une humanité devenue aveugle parce qu’elle n’était plus capable de voir l’essentiel.Lire la suite »

Les solidarités mystérieuses

A travers l’histoire de Claire, Pascal Quignard écrit un récit polyphonique sur l’amour et la solitude.

Tandis que dans Villa Amalia (2006) Juliette quittait tout pour recommencer une nouvelle vie, l’héroïne de ce récit, Claire, retourne à ses origines, dans ce lieu où elle a passé son enfance. Elle renoue avec son passé, son premier amour Simon et son frère, Paul.

Pour la première fois, Pascal Quignard décrit les relations liant un frère à sa sœur. Ce qui l’intéresse, ce sont les liens unissant ces deux êtres, liens anciens qui remontent à la plus tendre enfance. Solidarité mystérieuse est ce lien de fratrie unissant Paul et Claire, solidarité mystérieuse aussi, mais différente, qui lie Claire à son premier amour, Simon.

En choisissant de revenir sur les lieux de son enfance, Claire est comme happée par ces paysages, ces chemins qu’elle a arpentés enfant. Petit à petit, au fil du récit, elle se fond dans la lande, les rochers, la mer. Elle fait corps avec les éléments.

Encore une fois, le style de Pascal Quignard sublime ce récit magnifique. Dans la dernière partie du livre, l’auteur choisit de donner la parole à différents personnages, « voix sur la lande », voix murmurant l’histoire de Claire, la femme élément.

Marisa