Rencontre avec Kossi Efoui au Festival Lettres du Monde

Samedi dernier, l’écrivain franco-togolais Kossi Efoui était à la Villa Valmont à Lormont dans le cadre du Festival Lettres du Monde, interviewé par l’auteure Ysiaka Anam, avec la collaboration de l’association MC2a (Migrations Culturelles aquitaine afriques). Mais c’est en fait à bien plus qu’une interview que s’est livrée Ysiaka Anam en joignant le geste à la parole, dans un face à face intense et authentique avec l’auteur d’Une magie ordinaire. Un audio spectacle monté à partir de « voix du passé » ponctuait les questions d’Ysiaka Anam à Kossi Efoui afin de le ramener aux racines de son écriture, racines poétiquement matérialisées par du sable égrené au sol symbolisant le parcours de l’auteur du Sud (le Togo) vers le Nord (la France).

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Triste tigre, de Neige Sinno

« La littérature ne [l’a] pas sauvée ». Elle lui a juste permis d’écrire à quel point elle ne l’a pas sauvée, à quel point rien ne peut « sauver » d’un inceste qui reste logé là, en plein milieu de celui qui l’a subi, en son centre. La littérature lui a juste permis d’arriver à la justesse, la seule forme de justice possible : dire les choses telles qu’elles se sont produites, puisque tout autre forme de justice est inaccessible. Rien ne peut compenser, apaiser, permettre de tourner une page, pas même la punition de l’autre, la peine de prison, qui n’enlève pas de poids si ce n’est celui de la culpabilité qu’il puisse recommencer avec d’autres tant que les choses n’auront pas été nommées, exposées au grand jour. Nommer les choses pour essayer d’empêcher que ça se reproduise. Nommer pour que l’inceste cesse de n’être que l’affaire de celui qui l’a subi car faire de l’inceste une affaire privée, personnelle, constitue pour les victimes rien moins qu’une double peine.

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Le passager, de Cormac McCarthy

Ce roman publié par Cormac McCarthy seize ans après son dernier livre, et juste avant Stella Maris, est tel la somme d’un tout qui n’est pas toujours identifiable tant de directions et de pistes sont empruntées sans qu’aucune ne soit véritablement nommée ni refermée. Bobby Western traverse littéralement cette « somme ». Il est à l’intersection de chaque morceau d’histoire qui se tisse autour de lui sans que jamais il ne parvienne à y adhérer vraiment. Quel nom déjà : « Bobby Western » ! Un nom de lonesome cowboy et c’est bien ainsi qu’il apparaît au lecteur, ombre de lui-même depuis qu’il a perdu sa sœur qu’il s’est empêché d’aimer d’un amour total, transcendant les liens fraternels. On ne voit en effet pour ainsi dire de lui durant tout le roman que l’ombre derrière laquelle Cormac McCarthy l’abrite comme pour lui épargner un surplus de réalité qui n’a plus aucune résonance pour lui.

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