C’est le coeur qui lâche en dernier

C’est le cœur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood, est d’une ironie mordante. Riche en rebondissements aussi loufoques que glaçants, inventif, ce roman, qui est le premier que je lis de Margaret Atwood, interroge la société d’aujourd’hui et ses dérives.

Stan et Charmaine sont un jeune couple subissant de plein fouet la crise économique majeure qui frappe les Etats-Unis. Ils (sur)vivent de petits boulots ne leur permettant plus de payer un loyer, d’ailleurs ils vivent dans leur voiture. A la merci de la violence de la rue, ils développent des stratégies de survie, comme celle de changer de places tous les jours pour ne pas se faire repérer et risquer une bagarre dont ils ne sortiraient pas indemnes. Car Stan et Charmaine ne sont pas des super héros. Ce sont des jeunes gens ordinaires et tendres, n’aspirant qu’à mener une vie paisible.Lire la suite »

La nuit des béguines d’Aline Kiner

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres.

Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher.Lire la suite »

Lumikko

Lire un livre d’un auteur scandinave, c’est toujours, pour moi, entrer dans une réalité très loin de la mienne, et j’adore ça : la Scandinavie me fascine ! Aujourd’hui, c’est la Finlande qui est à l’honneur avec Pasi Ilmari Jääskeläinen, auteur de Lumikko.

Ce roman a des allures de conte saupoudré de fantastique.

Il était une fois, dans un petit village finlandais, une société littéraire présidée par Laura Lumikko, reine de la littérature pour enfants. Elle sélectionne de futurs talents dès l’enfance et leur transmet l’art de l’écriture. Neuf membres sont déjà sociétaires. Une dixième vient d’être choisie : Ella Milana, professeure de finlandais remplaçante.

En pénétrant le fonctionnement de la société, nous découvrons que les relations de ces écrivains sont basées sur les règles d’un jeu complexe leur permettant de s’arracher la vérité à tour de rôle. Toutefois, la disparition de Laura Lumikko plane sur cette nouvelle intronisation et un mal étrange s’empare des livres du village, faisant dévier l’histoire originale.

Ce roman mêle à la douceur de la neige les ombres de la mythologie nordique, ce qui m’a intriguée et happée, je dois bien l’avouer. De plus, l’auteur s’interroge sur l’origine de l’inspiration. Seraient-ce des muses qui apportent idées et pensées neuves pour abreuver la prose des poètes et écrivains ? Ou ne serait-elle qu’une supercherie ?

Aux côtés du personnage principal, Ella Milana, nous menons l’enquête avec pour cobayes les différents auteurs que composent la société littéraire du roman. C’est aussi, pour moi, l’occasion de sonder l’âme finlandaise en abordant des personnages avec des caractères différents qui représentent ses multiples facettes.

Enfin, l’auteur nous livre une réflexion sur l’écriture, son rôle dans notre vie et sa construction à travers l’observation du monde, de l’humanité et de la vie.

Bérengère, 26 février 2018

Le bourreau de Gaudi de Aro Sáinz de la Maza

Bâtir est un terme d’architecture, mais aussi de couture. Cette enquête m’a fait l’effet d’un long travail de construction, comme peut l’être la Sagrada Familia. Aro Sáinz de la Maza a tendu les fils de son ouvrage jusqu’à la dernière page.
Peu à peu, nous découvrons Barcelone avec sa beauté architecturale, son agitation, sa chaleur mais également ses nuits sombres, son envie d’être la plus attirante possible, au prix de nombreux sacrifices.
Avant le lever du soleil, celui que l’on nommera le Bourreau de Gaudi allume le feu sur la ville : un combat incessant oppose le Bourreau à Barcelone. Car la ville de Barcelone est un personnage qui compte dans les méandres de cette intrigue. Le Bourreau accroche ses victimes aux bâtiments construits par Antonio Gaudi à l’aide de câble d’acier et les fait brûler vives. Auparavant, il les a soumises à sa volonté, dans un cachot, pendant plusieurs jours.
Ce polar bien ficelé a un goût de vengeance. 
Pour défaire tous les nœuds, Milo Malart est appelé à la rescousse par la juge d’instruction Susanna Cabot. Ce flic anéanti par le suicide de son neveu rend notre enquête palpitante. Il nous énerve autant qu’il nous émeut. Caractériel, il malmène ses collègues. Intuitif, il est capable de lire dans l’esprit des gens. Tous les échafaudages sont en place pour faire de ce roman policier un sacré monument.
Lorsque je le rembobine jusqu’à la première page, je suis stupéfaite des éléments qui m’étaient donnés à voir tout au long du roman sans que je ne les aperçoive. Le bourreau était là et je ne le voyais pas !
Babeth, 19 février 2018