« Fille de Terre,
Gardienne, Feu,
Relève-toi. Tu dois te dresser
D’une posture royale, fière, sacrée,
Dans la plaine où Terre autrefois féconde
A accouché du monde. Que naisse
La Reine Perséphone. Ton
Royaume s’ouvre
A Toi. »
Quoi de mieux qu’un champ de coquelicots pour y apposer la couverture de ce superbe primo-roman. Les connaisseurs y verront l’emblème de la déesse du printemps, la célèbre Perséphone.
Connaissez-vous son mythe ? Cette jeune déesse chthonienne grecque, nommée Koré, née des liaisons incestueuses de Déméter et Zeus, deviendra Perséphone, reine des enfers en épousant le non moins célèbre Aidoneus (Hadès). Les saisons étant régulées par Déméter, quand sa fille disparait dans les enfers après son enlèvement par Hadès, un long hiver s’installe sur la Terre. Le retour de Perséphone auprès de sa mère annonce le retour du printemps.
J’ai eu un plaisir fou à me plonger dans ce mythe brillamment réécrit par Benjamin Carteret. Un roman écrit à deux voix, celle de la mère nourricière, Déméter, et de sa fille Koré, fille du feu et du printemps. L’intelligence de l’écrit réside dans la relation duelle et fusionnelle, qui se heurte au passé douloureux et aux traumatismes vécus. Benjamin Carteret aborde l’origine des Dieux, le renversement de Chronos, le titan dévoreur d’enfants, et la suprématie des Dieux Olympiens. Une allégorie bien pensée pour traiter de sujets terriblement actuels et sociétaux tels la domination, l’inceste, l’emprise et la violence sous toutes ses formes.
La narration est une ode à la nature, à sa puissance fertile, à sa générosité et à son pouvoir de vie. Il met en avant deux figures féminines inspirantes qui se cherchent, qui ont souffert et sont en quête de réparation. Leurs ancrages et croyances en Mère Nature, leurs charismes et leurs déterminations font de ce livre un hymne à l’écologie et à la bientraitance du monde animal et végétal.
Un livre moderne et bouleversant, loin d’être fleur bleue.
Pauline, avril 2025
Perséphone, Benjamin Carteret, Livre de Poche, mars 2025