Un petit boulot de Iain Levison

Cela faisait longtemps que je n’avais pas souri (et même ri) autant en lisant un roman ! Et pourtant elle n’est vraiment pas drôle la vie de Jake. Il n’a plus rien : sa copine l’a quitté, il a perdu son boulot à l’usine et la question qu’il se pose en permanence est « comment payer mes factures ? ».
Depuis que l’usine a fermé, tout s’est transformé dans cette petite ville américaine.
« La neige goutte des boîtes aux lettres défoncées au bout d’allées boueuses. Quelques maisons sont barricadées avec des planches, des maisons qui il y a un an encore étaient prospères, avec des enfants qui jouaient sur la pelouse. Un feu de signalement est tombé sur la chaussée près d’une intersection autrefois très encombrée. »
Au moment où Jake trouve un travail de nuit mal payé dans une station service, Ken Gardoski lui propose un petit boulot  : tuer sa femme. C’est pas banal, mais Jake est un gars réglo. Comme il a assuré, Ken lui trouve d’autres jobs, et Jake va devenir tueur à gages.
C’est là que ça commence à être drôle.
Iain Levison arrive à nous faire oublier la cruauté de ces assassinats, car Jake occupe ce poste comme s’il était à l’usine. Pour lui c’est pareil. Il faut constamment tout vérifier, être attentif à chaque détail.
« L’usine m’a formé pour ça. Finalement je ne fais qu’appliquer mes compétences à un usage différent ».
Pour lui c’est un boulot comme un autre. Pour chaque meurtre, il va lui arriver de drôles d’aventures, mais il s’adapte à toutes les situations de façon rocambolesque. Il ne fait pas de sentimentalisme, et porte un regard indifférent sur ce qu’il doit faire. Il se base sur son vécu professionnel et les séries policières qu’il regardait quand il avait encore une télévision !
Iain Levison nous dresse un portrait de l’Amérique dont personne ne veut entendre parler, celle qui ne fait pas rêver. En utilisant ce personnage drôle alors qu’il ne cherche pas à l’être même si « être tueur à gages c’est comme tout, on a ses moments de rigolade », l’auteur dénonce le monde du travail où l’argent compte parfois plus que la dignité des travailleurs.
« Je suis un sacré fêlé ? Regarde autour de toi, Ken, un monde sans règles. Il y a des gens dont le boulot consiste à faire passer des tests anti-drogue à des employés de magasin. Des gens dans des immeubles de bureaux qui essaient en ce moment même de calculer si licencier sept cents personnes leur fera économiser de l’argent. Quelqu’un est en train de promettre la fortune à d’autres s’ils achètent une cassette vidéo qui explique comment améliorer leur existence. L’économie c’est la souffrance, les mensonges, la peur et la bêtise et je suis en train de me faire une niche. je ne suis pas plus fêlé que le voisin seulement plus décidé. Je pense que Gardoski le sait. Mais « tu es un sacré décidé » ça ne fait pas une bonne formule. »
Merci à Marie-Hélène pour ce partage de lecture.
Babeth,  5 juin 2019
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« La littérature ne m’a pas aidé, elle m’a sauvé » Joseph Ponthus

A la ligne de Joseph Ponthus

« J’avais lu Marx, mais même lorsqu’on lit Marx dans tous les sens, on ne peut pas savoir ce que c’est de se retrouver sur une chaîne de production. »

La librairie Mollat accueillait en début de semaine Joseph Ponthus, auteur d’un premier roman très remarqué et remarquable : À la ligne, publié à La Table ronde.

Sous-titré Feuillets d’usine, ce roman raconte les journées de travail d’un ouvrier intérimaire enchaînant différents contrats dans des usines agroalimentaires.
Ce travail à la chaîne, Joseph Ponthus l’exerce par nécessité. Lorsqu’il déménage en Bretagne à quarante ans, « par amour », il ne trouve pas de boulot. Il n’a pas le choix. Crevettes, poissons panés et abattoir constitueront désormais son quotidien, deux ans et demi durant.
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