Les refuges, de Jérôme Loubry

Impossible de raconter ce livre sans en dévoiler l’histoire. Or, ce serait gâcher un formidable moment de lecture. L’écrivain joue avec nos nerfs et casse les codes du roman policier.

Jeune journaliste, Sandrine est contactée à la mort de sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue, pour aller vider sa maison sur une petite île de Normandie. Sur cette île, elle va rencontrer une petite poignée d’habitants isolés du monde depuis la fermeture d’un camp de vacances après la guerre. L’atmosphère y est étrange et remplie de secrets. Qui était cette grand-mère que tout le monde décrit comme gentille et attentionnée, et qui pourtant a laissé tomber sa fille et sa petite fille ? Qu’est-il arrivé aux enfants venus sur l’île et pourquoi le camp de vacances a-t-il fermé ? Le poème de Goethe, Le roi des Aulnes sert de fil conducteur au roman. Je m’arrête là, je ne veux pas en dévoiler plus !

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?

C’est le père avec son enfant.

Il porte l’enfant dans ses bras,

Il le tient ferme, il le réchauffe.

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Île

Le roman de Siri Ranva Hjelm Jacobsen est construit sur le mouvement des vagues, un aller et un retour. La narratrice y raconte la vie de ses grands-parents, Marita et Fritz sur les îles Féroé, leur départ pour le Danemark et leur nouvelle vie. Puis, s’insère son récit, celui de son propre voyage dans ces îles, à la mort de sa grand-mère. Il est imprégné d’une grande douceur, celle que crée la nostalgie d’un pays perdu. Dans le même temps, une colère se fait sentir comme un orage grondant au loin. Le pays d’accueil devait être une terre « promise », il n’en garde que le nom.

Le style de l’auteur est composé de phrases courtes, très imagées. Son écriture nous entraîne dans une nature brute, transcrite avec une simplicité des mots et en même temps, laisse toute sa place au rêve, c’est d’une très grande poésie. La sobriété de l’écriture rend aussi hommage aux habitants car elle leur confère un caractère qui se confond avec la géographie, la mer, les montagnes. Finalement, l’auteur suggère plus qu’elle ne dit réellement, laissant au lecteur le soin d’imaginer les paysages, les tempêtes, et sa propre histoire de migration, conférant au roman une dimension universelle.

C’est la grande force du texte, laisser le lecteur imaginer les îles Féroé plutôt que les lui décrire. J’ai beaucoup aimé me balader sur les landes, parcourir les montagnes et me confronter à l’océan tempétueux. Les couleurs que j’ai rencontrées, dans différents camaïeux de bleu, vert, gris me faisaient confondre la terre et le ciel, à la rencontre des Féroïens. J’ai remonté le fleuve, là où les souvenirs de la narratrice se mêlent à son présent, où les morts sont encore vivants parce qu’on se remémore un peu de leur vie, un trait de caractère pour, à la fois, reconstituer son arbre généalogique et le faire vivre, dans son imagination.

Bérengère 22 novembre 2020

Extrêmement fort et incroyablement près

De Jonathan Safran Foer, Editions de l’Olivier, 2006

L’Amérique n’en finit pas de « penser » ses plaies après le traumatisme du 11 septembre 2001. Dans ce deuxième roman publié en 2005 aux Etats-Unis, Jonathan Safran Foer imagine l’histoire d’un jeune new-yorkais de 9 ans, Oskar Schell, dont le père est mort dans l’attentat des Twin Towers.

Dans un vase laissé par son père, Oskar trouve une enveloppe sur laquelle est inscrit le mot « Black » à l’encre rouge. A l’intérieur, une clé. Habitué à résoudre des énigmes pour s’amuser, Oskar décide de partir à la recherche de la serrure qu’ouvre cette clé.
En trouvant la serrure correspondante, Oskar est persuadé que sa quête apportera une réponse au message laissé par son père disparu. Lire la suite