Frère d’âme de David Diop

Dès les premières pages, Frère d’âme vous précipite dans une horreur indicible, celle de la Grande Guerre. La scène inaugurale a pour décor un champ de bataille désert et silencieux. Seule âme qui vive, le jeune Alfa Ndiaye est allongé aux côtés du corps de son frère d’arme, son ami d’enfance qui agonise, éventré.

Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal.

Incapable de répondre aux supplications de ce moribond qui lui demande le coup de grâce, Alfa Niaye est une âme perdue, errante, à jamais égarée. La folie n’est pas loin, la sauvagerie prend corps, insidieusement. L’Afrique lui manque, cette terre où il vivait autrefois avec Mademba, le sacrifié.

A la fois récit de résistance et de résilience, où âme, chair et terre sont intimement liées, Frère d’âme nous fascine. Très maîtrisée, l’écriture de David Diop est intense et poétique. Certains passages, répétés plusieurs fois, sonnent comme une incantation, écho d’un monologue intérieur répété en boucle par le survivant. De ce texte surgit une musique envoûtante qui nous accompagne et continue de nous hanter, même lorsque le récit prend fin.

Marisa, 27 septembre 2018.

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Derniers feux sur Sunset

Avec Derniers feux sur Sunset, Stewart O’Nan offre à ses lecteurs une belle biographie romancée des dernières années de la vie de Francis Scott Fitzgerald.

L’auteur de Gatsby le magnifique est au crépuscule de sa vie, criblé de dettes et alcoolique. En 1937, il part s’installer à Hollywood avec l’espoir que sa notoriété d’écrivain lui permette de participer à quelques scenarii et d’avoir ainsi son nom au générique d’un film. Il quitte donc l’est des Etats-Unis, laissant Zelda en proie à la folie, internée dans un hôpital psychiatrique, et leur fille Scottie en pension. Mais les studios hollywoodiens ne font pas grand cas de Fitzgerald, à qui ils confient l’écriture de scénarii de films faciles et sans envergure, pour les lui retirer presque aussitôt et les confier à d’autres scénaristes. Il est traité comme un écrivaillon interchangeable, ce qui renforce son sentiment que ses faits d’écriture sont derrière lui. Lire la suite

Notre château d’Emmanuel Régniez

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Depuis la mort accidentelle de leurs parents, Octave et Véra vivent retirés du monde, reclus dans une grande maison baptisée « Notre Château ». Le frère et la sœur ne fréquentent personne et ne reçoivent aucune visite. Rien ne trouble cette dyade fraternelle composée depuis une vingtaine d’années, à l’abri du temps et des regards, nichée dans cette forteresse familiale.

Les seuls visiteurs autorisés sont les livres qu’Octave part acheter chaque semaine à la librairie du centre ville.

Lire, c’est leur seule façon d’être au monde. Lire la suite

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

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En attendant Bojangles est une fantaisie. Lisez ce roman : son grain de folie fera pétiller votre hiver…
Une mère fantasque, un père extravagant et leur fils refusent l’ennui du quotidien en y apportant leurs touches de fantaisie. Les parents encouragent leur fils à « mentir à l’envers » pour rendre le récit du réel plus drôle, la mère sort nue dans la rue pour acheter des huîtres et du vin blanc pour un petit déjeuner de lendemain de fête… La mère, dont le prénom est un mystère, est le personnage le plus touchant : délurée, elle fait fi des codes sociaux avec légèreté et humour. Elle est libre. Lire la suite