Une vie en apnée de Perrine Austry

« Ici le froid gèle les cœurs ».

L’incipit d’Une vie en apnée de Perrine Austry  vous met tout de suite dans l’ambiance. 

Hilde et Katarina sont deux sœurs inséparables vivant en Norvège. Un grave accident plonge la cadette dans d’horribles souffrances. Pour limiter les douleurs et la surmédication, Katarina décide d’utiliser le froid comme thérapie. Elle plonge dans un lac gelé son membre endolori, puis, tout son corps. Cette glace lui apporte un second souffle, ses muscles comme son esprit se détendent. Elle se lance alors un défi : réussir un record du monde en apnée en eau gelée. Sa sœur Hilde est terrifiée mais, tel un ange gardien, elle soutient sa sœur dans cet exploit sportif dangereux. Le noyau familial commence à se couper du monde extérieur.

C’est une apnée pour les personnages de ce roman qui n’arrivent pas à communiquer. Mais ça l’est également pour le lecteur. Perrine Austry ne met aucun dialogue dans la première partie de son roman. Il est écrit à la troisième personne nous mettant ainsi à distance avec les personnages qui nous paraissent inaccessibles. Chacun semble être dans une bulle gelée. Un isolement pour se protéger. L’autrice utilise le champ lexical du froid ainsi que des métaphores autour du monde aquatique, de la respiration.

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Toute passion abolie de Vita Sackville-West

Le titre en dit déjà beaucoup ;

De passion, il n’en est plus trop question, 

L’abolition ; l’annonce d’une fin de vie. 

Tout commence avec le décès de Sir Henry Holland, premier comte de Slam, aux multiples titres et honneurs, âgé de quatre-vingt-quatorze ans. Dans cet univers aristocratique du vingtième siècle, les relations sont policées et la bienséance semble être le mot d’ordre. Lady Slane, personnage principal de ce roman, épouse exemplaire, a partagé sans faillir l’existence de son défunt mari, de voyages en réceptions, de mondanités en œuvres caritatives. Cette lady âgée de quatre-vingt-huit ans jusqu’alors si docile, décline la proposition faite par ses enfants de l’accueillir à tour de rôle, la pensant anéantie par ce deuil et désireuse d’être entourée. Contre toute attente, elle choisit de s’installer dans un cottage situé à Hampstead, en banlieue de Londres. 

« Leur mère avait perdu l’esprit ! Depuis toujours certes, ils estimaient qu’elle n’était pas une femme de tête mais cette fois-ci une certitude venait de s’imposer à eux : le grand âge avait irrémédiablement affecté sa lucidité »

Ce premier acte d’indépendance assumé, Lady Slane va éloigner avec fermeté les membres de sa famille, enfants et petits-enfants. 

« J’entends devenir complètement égoïste, comment dire m’immerger dans mon grand âge. Pas de petits enfants, ils sont trop jeunes. Aucun n’a la quarantaine. Pas d’arrières petits enfants non plus ! Ce serait pire je ne veux pas de cette jeunesse qui non seulement s’agite mais cherche toujours en plus à savoir pourquoi……. Je ne veux auprès de moi que des personnes plus près de la mort que de la naissance. »  

Accompagnée de sa fidèle domestique Genous, Lady Slane choisit ses relations et décide de finir ses jours, entourée de trois messieurs, triés sur le volet, aux personnalités atypiques ; le propriétaire des lieux, l’artisan en charge des travaux et Mr Fritzgeorge, entrevu quelques décennies plus tôt. 

« Tous les trois étaient trop âgés pour jouer au plus fin, entrer en compétition, s’espionner ou tenter de marquer des points sur l’adversaire…. Ensemble ils vivaient tous les trois leur grand âge, ce moment de la vie où il n’est plus nécessaire de se parler pour se comprendre. Qu’ils semblaient loin, ces jours autrefois vécus dans la violence des passions excessives et brûlantes, où le cœur semblait prêt à se briser sous l’assaut des désirs complexes et contradictoires ! » 

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Le club des enfants perdus de Rebecca Lighieri

Je déteste lire des pavés, ça me fatigue à l’avance. Mais je craque dès que je vois certains noms d’auteurs. C’est le cas de Rebecca Lighieri. Je savoure son écriture, et j’aime les sujets auxquels elle est attachée.

C’est par le regard d’Armand que s’ouvre ce roman. Comédien reconnu, cet être narcissique a une conscience aiguë de ce qu’il est, de ce qu’il vaut et de ce qui importe dans sa vie. Néanmoins, comme il le dit :

J’étais bien parti pour être un connard

Non conformiste, il aime d’autres femmes que la sienne tout en considérant que Birke, son épouse reste le centre de sa vie. Comédienne également, elle l’a tiré vers l’excellence. Pourtant ce n’était pas gagné pour cette femme sublime et déterminée. Née dans une famille dysfonctionnelle, avec des parents toxicos et violents, elle dissimule des secrets honteux. Pour Armand, sa femme est une rescapée. Leur fille Miranda, âgée d’une vingtaine d’années, n’a rien en commun avec ses parents. Elle est dépressive, petite, fragile et sans éclat. Enfin, c’est ainsi qu’ils la voient. Armand voue un amour infini à sa fille et il aimerait sincèrement qu’elle soit heureuse. Malgré toute leur compassion, les parents de Miranda la trouvent désespérément lisse. Il faut dire que Birke n’était pas faite pour être mère et elle entretient très peu de relations avec sa fille. Miranda, quant à elle, se considère comme une bouffonne paumée.

Face à mes parents, je me suis toujours sentie comme un insecte englué dans une toile, ou comme un oiseau affolé par trop de phares

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Les partisans, de Dominique Bona

Dominique Bona, académicienne, romancière et biographe talentueuse (elle a écrit une biographie de Stefan Zweig, de Romain Gary, de Berthe Morisot ou de Paul et Camille Claudel) nous offre, depuis la publication des Partisans en 2023, la possibilité d’un moment de lecture passionnant et pour mon compte, passionné.

Qui sont donc ces Partisans ? Joseph Kessel et Maurice Druon. Des noms qui éveillent de merveilleux souvenirs de lecture chez ceux qui sont nés au mitan du vingtième siècle. Mais se souvient-on aujourd’hui de ces deux hommes, au moins sous leur identité d’écrivains ? Car ils furent en leur temps deux monuments de notre histoire littéraire dont les œuvres telles que L’armée des ombres, la passante du Sans-souci, Belle de jour, Le Lion pour Joseph Kessel ou Les grandes familles, les Rois Maudits pour Maurice Druon eurent un succès retentissant et durable et parfois planétaire.

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