« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris (tome 1 et 2)

Précipitez-vous, Karen Reyes n’est pas un monstre, pas plus que ne l’est la galerie de personnages qui l’accompagne; ils sont humains, terriblement, parfois atrocement humains et c’est cela qu’ils ont sans doute de monstrueux. Karen Reyes n’est pas un monstre, c’est une petite fille mi loup-garou mi humaine, sans que ne soit tranchée d’ailleurs, la question de savoir si sa représentation en loup-garou correspond à la façon dont les autres la voient ou dont elle, elle se voit… Elle est étrange, en tout cas comme tous ceux qui prennent vie autour d’elle, humains, peluches, morts, ombres, fantômes peut-être…  Tout ça s’entre-mêle, vous captive et ne vous lâche pas.

Je lis peu de BD et de romans graphiques mais lorsque je suis tombée il y a quatre ans face à la couverture du tome 1 de Moi ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris, je me suis tout de suite dit que celui-là était pour moi. Le titre tout d’abord et le dessin, dingue, à tomber… Je sais depuis que le stylo Bic quatre couleurs est une arme magique qui permet de créer des dessins d’une précision, d’une profondeur, d’une beauté à couper le souffle. Dans le tome 2 d’ailleurs, il sert à représenter des chefs d’œuvre de la peinture que Karen découvre au Musée avec son frère.

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Triste tigre, de Neige Sinno

« La littérature ne [l’a] pas sauvée ». Elle lui a juste permis d’écrire à quel point elle ne l’a pas sauvée, à quel point rien ne peut « sauver » d’un inceste qui reste logé là, en plein milieu de celui qui l’a subi, en son centre. La littérature lui a juste permis d’arriver à la justesse, la seule forme de justice possible : dire les choses telles qu’elles se sont produites, puisque tout autre forme de justice est inaccessible. Rien ne peut compenser, apaiser, permettre de tourner une page, pas même la punition de l’autre, la peine de prison, qui n’enlève pas de poids si ce n’est celui de la culpabilité qu’il puisse recommencer avec d’autres tant que les choses n’auront pas été nommées, exposées au grand jour. Nommer les choses pour essayer d’empêcher que ça se reproduise. Nommer pour que l’inceste cesse de n’être que l’affaire de celui qui l’a subi car faire de l’inceste une affaire privée, personnelle, constitue pour les victimes rien moins qu’une double peine.

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Le démon de la colline aux loups, de Dimitri Rouchon Borie

La Colline aux Loups j’aime pas en parler d’habitude. Le Démon est né là et c’est là qu’il m’a pris. Mais si je devais taire tout ça à jamais j’aurais l’impression qu’il a volé mon âme pour de bon et bien plus encore mon histoire. J’espère que vous saurez vous montrer miséricordieux ou quelque chose comme ça parce que j’ai un parlement qui est à moi et pendant tout ce temps ces mots c’était ma façon d’être moi et pas un autre.. 

De tous les livres autour de la maltraitance et des violences infantiles, celui-ci a été le plus difficile à lire. Il renvoie une réalité insupportable, étouffante d’un être humain à jamais morcelé et avili par son histoire familiale d’une violence sans nom.

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Le gosse, de Véronique Olmi

Et l’absence soudain est partout, elle s’est infiltrée dans sa vie et elle le réveille quand il dort, le surprend quand il est occupé, le sidère aux moments les plus inattendus. Elle est en lui et autour de lui aussi, portée par des femmes qui sourient en chantonnant, des hommes sortant d’un café, des militaires en permission, des inconnus différents et multiples, à travers lesquels elle dit toujours la même chose : le monde est séparé en deux. Le monde est coupé, difficile à comprendre, il n’y a qu’une chose à faire : s’y habituer. 

Cette absence douloureuse, c’est celle que ressent Joseph, un petit parisien de 8 ans qui voit sa vie se déchirer suite au décès de sa mère.

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