Tu retrouves, je découvre… Houellebecq

Conversation entre Yves Kafka et Isabelle à propos de Sérotonine.

Isabelle : Yves, tu es un fidèle lecteur de Michel Houellebecq. De roman en roman, pourquoi y reviens-tu ?

Yves : Pourquoi Houellebecq ? Parce qu’il agit sur moi comme une sorte de baume anesthésiant de toute volonté de souhaiter un monde idéal. Houellebecq a quelque chose de rassurant, en ce sens qu’il pratique un lâcher-prise total, par rapport au bien penser et au politiquement correct. Avec lui, c’est comme si on était déchargé de toute la noirceur de l’âme, de toutes les idées limites que l’on peut avoir à certains moments, parce qu’il ose absolument tout, et avec un bonheur qui est réjouissant. C’est ce que j’aime chez Houellebecq. Par ailleurs, je trouve que l’aspect désespéré de toutes les histoires qu’il nous raconte et de tous les personnages qu’il met en scène n’est absolument pas désespérant, au contraire, pour moi, il est vivifiant. J’aime ce qu’il raconte, j’aime cet homme. Lire la suite

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Un poisson sur la lune

« Le problème de Jim, c’est qu’il n’arrive pas à entrer dans sa propre vie, et il va laisser ce problème en héritage. »

David Vann n’a que 13 ans lorsque son père se suicide d’un coup de revolver dans la tempe, deux semaines après que son fils ait refusé de partir vivre avec lui quelque temps en Alaska.

Longtemps hanté par ce drame, David Vann avait évoqué la relation entre un père et son fils dans Sukkwan Island, roman qui l’avait révélé au public français (Prix Médicis 2010). Il avait imaginé alors l’histoire d’un fils partant vivre en Alaska avec son père. Une façon peut-être d’expier sa faute, de s’alléger de sa culpabilité.

Cette fois-ci, dans Un poisson sur la lune, David Vann s’attaque au coeur du problème. Il donne la parole à son père et lui offre le premier rôle de ce roman, trois jours avant son suicide.
D’une plume féroce, sans concession, l’écrivain américain raconte la tentative désespérée d’un homme parvenu aux limites de sa vie. Profondément dépressif, Jim Vann accepte de quitter l’Alaska trois jours afin de commencer un traitement et retrouver les siens.

« Et si rien de tout ceci n’avait existé ? Si chaque vie avait été imaginée différemment ? Il aurait eu une chance. Cette version ne lui convient pas. »

Même si nous connaissons la fin tragique de cette histoire, nous sommes happés par ce roman, projetés dans la tête de Jim, prisonniers du flot de ses pensées obsédantes, parfois euphoriques, profondément désespérées. Tout en ressentant de la pitié et du dégoût pour cet homme, on se surprend à souhaiter une issue favorable à ce récit. Pourtant, au fil des pages, le drame se dessine, inéluctable.

Marisa, 17 mars 2019