Madelaine avant l’aube, de Sandrine Collette

L’univers très particulier des romans de Sandrine Collette est une des raisons de son succès. Dans Madelaine avant l’aube, comme dans beaucoup d’autres, il n’y a pas d’espace temporel ni de lieu identifiable. Son schéma d’écriture correspond au conte, comme elle nous l’expliquera au salon du livre de Saint-Malo Étonnants Voyageurs. L’autrice ne dit jamais où se situe l’action ni quand. Elle souhaite que cela reste universel. Dans le domaine du conte, on utilise des archétypes. Et c’est ce qui lui plaît. Tout n’est pas donné.

Dans « Madelaine avant l’aube » Sandrine Collette créée une fiction dans un entre deux, laissant le lecteur deviner qui est le narrateur ou en jouant avec l’identité de certains personnages du roman.

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Elmet de Fiona Mozley

L’histoire

Daniel vit dans une maison construite dans les bois du Yorkshire, avec son père et sa sœur ainée, sur les terres d’un propriétaire sans scrupules, Mr Price.
En harmonie avec la nature qui les entoure, la famille mène une vie marginale. La mère est partie et le père fait subsister les siens grâce aux combats qu’il gagne, pour de l’argent, à la force de ses poings. Sous la protection de leur père, les enfants grandissent, s’accommodant de ses absences et de ses silences. Un lien profond unit ces trois êtres, fait d’amour, de respect et de confiance.

Tout bascule le jour où Mr Price les menace d’expulsion. En réaction, le père organise un mouvement de résistance, ralliant à sa cause les travailleurs et les locataires de la région, eux aussi opprimés par les propriétaires. Une mécanique dramatique se met alors en mouvement…

Ce qui nous plaît

Le choix narratif. Dans Elmet, l’auteur réussit à faire naître chez le lecteur un sentiment d’empathie pour le père et ses enfants. Le fait de choisir pour narrateur le jeune Daniel y est sans doute pour quelque chose : racontée d’une voix candide et fragile, la violence qui s’installe n’en est que plus intolérable.

Le père. Mi-Captain Fantastic, mi-Robin des Bois, le personnage du père est magnifique.

«  Malgré toute sa brutalité, papa aimait les gens. Il avait pour eux l’affection d’un chasseur pour ses proies. Il les aimait profondément, sincèrement, mais avec distance. Il avait peu d’amis, il ne les voyait pas souvent, mais les gens qu’il aimait, il les choyait comme de vieux souvenirs. Et il se souciait d’eux. »

Le style. L’écriture de Fiona Mozlay, même lorsque la tension est dramatique, sait se faire délicate. A la manière des impressionnistes, l’auteure signe un roman tout en finesse où les silences et les non-dits ont toute leur place. On remarquera donc une attention pour le lecteur qui n’est pas « téléguidé » : à lui de trouver ses propres réponses, à lui d’imaginer, en marge, un développement au récit.

L’habileté. L’auteure évite l’écueil d’un roman manichéen opposant les riches et méchants propriétaires aux gentils locataires honnêtes. Le récit est bien plus complexe et l’intrigue bien plus difficile à dénouer.

Un récit universel. Située au 20ème siècle en Angleterre, cette histoire pourrait très bien avoir lieu à une autre époque, à un autre endroit. La portée universelle de ce conte est évidente : Fiona Mozley nous raconte une histoire de combat, d’espoir et de fraternité.

Un premier roman abouti.

Marisa, 6 janvier 2020

Le Rituel des dunes

Après Là où les tigres sont chez eux ou L’Île du Point Nemo, nous retrouvons avec délectation l’univers de Jean-Marie Blas de Roblès, avec Le Rituel des dunes, roman publié pour la première fois en 1989 (Seuil).

L’histoire. Expatrié dans le nord de la Chine, Roetgen tombe amoureux d’une Américaine excentrique de vingt ans son aînée. A chacune de leur rencontre, il devient à sa demande une sorte de Shéhérazade, inventant pour elle des contes extraordinairement envoûtants, des récits merveilleux ayant pour cadre la Chine.

« J’ai fait l’amour avec une folle en communication directe avec Spinoza et les lézards célestes. J’ai mangé et fumé d’étranges résines venues de Kachgar par la route de la soie. J’ai broyé de l’encre pour un des frères de Pu Yi, et nous nous sommes enivrés en mangeant des steaks hachés… »

Notre avis. Pour le lecteur qui ne connaît pas encore Jean-Marie Blas de Roblès, Le Rituel des dunes constitue une très bonne introduction à son oeuvre. D’abord le décor, luxuriant et sans cesse changeant, et cet insatiable goût pour les voyages, le dépaysement, l’inconnu. Ensuite, les personnages singuliers, tous plus atypiques les uns que les autres, comme ce légendaire empereur au double visage, ou « ce con de Laffite », qui réussit à passer une nuit enfermé dans la Cité interdite…

Jean-Marie Blas de Roblès se délecte, il s’amuse à nous désorienter, entrecroisant les récits et les époques, jouant à mêler réalité et fiction, jusqu’à les confondre. Emporté par le flot du récit, le lecteur peut en toute confiance lâcher prise. N’est-ce pas le but ultime de la lecture?

Avec ce récit foisonnant, l’auteur offre au romanesque ses lettres de noblesse.

Marisa, 25 février 2019