Les refuges, de Jérôme Loubry

Impossible de raconter ce livre sans en dévoiler l’histoire. Or, ce serait gâcher un formidable moment de lecture. L’écrivain joue avec nos nerfs et casse les codes du roman policier.

Jeune journaliste, Sandrine est contactée à la mort de sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue, pour aller vider sa maison sur une petite île de Normandie. Sur cette île, elle va rencontrer une petite poignée d’habitants isolés du monde depuis la fermeture d’un camp de vacances après la guerre. L’atmosphère y est étrange et remplie de secrets. Qui était cette grand-mère que tout le monde décrit comme gentille et attentionnée, et qui pourtant a laissé tomber sa fille et sa petite fille ? Qu’est-il arrivé aux enfants venus sur l’île et pourquoi le camp de vacances a-t-il fermé ? Le poème de Goethe, Le roi des Aulnes sert de fil conducteur au roman. Je m’arrête là, je ne veux pas en dévoiler plus !

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?

C’est le père avec son enfant.

Il porte l’enfant dans ses bras,

Il le tient ferme, il le réchauffe.

Lire la suite »

Grégoire Delacourt : de l’expression d’une colère à l’enfant réparé

Grégoire Delacourt est arrivé ce samedi matin au salon Lire en poche de Gradignan avec humour et légèreté. Comme un enfant qui lance une blague pour détendre l’atmosphère, cet homme qui ne fait pas son âge nous présentait ses deux derniers romans.

Un jour viendra couleur d’orange est le 9e roman de l’auteur. Ce titre, tiré d’un poème de Louis Aragon, est plein de promesses : « Un jour viendra couleur d’orange, un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ». La toile de fond du roman, ce sont les gilets jaunes. Grégoire Delacourt voulait essayer de comprendre ce mouvement en colère, car pour lui, on a tous des colères enfouies.

Lire la suite »

Dramaturgies urbaines : rencontre entre Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam

Le festival Lire en Poche accueillait cette année Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam pour une table-ronde sur les dramaturgies urbaines. Les dernières parutions des deux autrices, Arène chez Liana Levi pour Négar Djavadi et  Il y a des hommes qui se perdront toujours chez P.O.L. (depuis peu chez Folio) pour Emmanuelle Bayamack-Tam (alias Rébecca Lighieri), servaient de point de départ à cette rencontre. Ces deux romans sont tous deux des romans noirs. On pourrait penser qu’il s’agit de romans policiers : dans chaque histoire, l’élément déclencheur est la découverte d’un cadavre et l’intrigue va s’articuler ensuite autour de cette découverte. Mais l’enquête policière est à peine esquissée.

Dans Arène, la découverte de ce cadavre traverse le roman, elle sèmera d’autant plus le trouble que quelques jours plus tard un second cadavre fera parler de lui. Il s’agit de deux garçons appartenant à deux cités voisines où sévit le trafic de drogue, et où interviennent régulièrement des affrontements pour des rivalités de terrain. La question sera de savoir si la mort du deuxième garçon est à mettre sur le compte des représailles d’une des cités. L’incertitude est grande pour le lecteur, la mort de Issa pouvant également résulter d’une altercation qu’il a eu avec le personnage principal du roman, Benjamin Grossman. Qui a tué le jeune homme ?

Lire la suite »

Retour sur le petit déjeuner littéraire avec Agnès Ledig, ce 10 octobre 2021 au salon Lire en poche

Il émane d’Agnès Ledig une grande douceur. Son regard, sa façon de parler, son attention aux personnes qui l’entourent, tout donne envie d’engager la conversation avec elle. Les femmes qui sont venues aujourd’hui (mais où sont les hommes?) vont l’une après l’autre, dire ce qu’elles aiment dans ses livres : « On s’y retrouve » dit l’une ; « Vos personnages sont humains » dit une autre. Agnès Ledig aime raconter des histoires « pour faire sa part« . Consciente que son rêve d’enfant de changer le monde est irréalisable, elle utilise l’écriture pour faire passer des messages : toucher le cœur et la réflexion des gens. Humble quant à son métier d’écrivain, elle nous a raconté comment se fabriquaient ses romans.

Quand elle a trouvé un thème, elle se répète un pitch dans sa tête (début, milieu, fin de l’histoire, personnages de base, temporalité, lieu). Ce pitch l’accompagne dans sa vie quotidienne : en faisant ses courses, en se promenant, au sport, en se couchant… Puis elle rajoute de la matière, elle amende avec chaque idée nouvelle, utilise ce qu’elle voit, ce qu’elle entend. Cela peut être un tableau qui l’inspire, une conversation ou une citation. Quand sa « broderie » est assez conséquente, elle commence à écrire.

Lire la suite »