Le bal des folles

Le bal des folles de Victoria Mas

Qui sont réellement les aliénés ? Thérèse l’ancienne prostituée qui a voulu tuer son maquereau ? Louise, cette adolescente violée par son oncle, ou Eugénie qui croit que les morts lui parlent ? Peut-être que la plus folle, c’est cette infirmière qui se demande si Eugénie ne détient pas la vérité. Qui sont réellement ces femmes que l’on enferme à la Salpêtrière en cette fin du XIXème siècle ?

« Un dépotoir pour toutes celles nuisant à l’ordre public, un asile pour toutes celles dont la sensibilité ne répondait pas aux attentes. Une prison pour toutes celles coupables d’avoir une opinion. »

Nous sommes en mars 1885, et tout le monde attend avec impatience le bal déguisé de la Mi-Carême qui se déroule à l’hôpital. Les bourgeois parisiens y cherchent un sujet de divertissement. Les aliénées quant à elles, espèrent trouver un regard compatissant, une promesse de sortie ou un compliment. Celui qui mène la danse, c’est le professeur Charcot, célèbre pour ses séances publiques d’hypnose sur les malades. Le public, qui vient là comme à une pièce de boulevard, jubile à l’idée de le voir œuvrer sur ces hystériques.

Honnêtement, je vous le demande, qui sont réellement les aliénés ?

Ce bal n’est en fait qu’un prétexte. Victoria Mas met en exergue la condition des femmes à cette époque et imagine le contexte dans lequel a démarré le spiritisme. Un roman passionnant.

Babeth, 31 mars 2020

Fenêtre sur crime

Fenêtre sur crime, de Linwood BarcayRay est illustrateur. A la mort de son père, il revient dans la maison familiale où vit Thomas, son frère schizophrène qui est persuadé de travailler pour la CIA.
En effet, Thomas est convaincu qu’une menace terroriste imminente plane sur les Etats-Unis et que Bill Clinton lui a confié la délicate mission de sauver son pays. Durant cette attaque, le système informatique sera anéanti et toutes les données stockées sur la Toile détruites.

Le temps presse.

Il lui faut mémoriser le plus vite possible les plans de tous les espaces terrestres, du plus petit village à la plus grande mégalopole. Jour après jour, devant son ordinateur, il parcourt la planète, s’appuyant sur les prises de vues du logiciel Whirl 360.

Mais sa mission se complique lorsque, au cours d’une de ses déambulations virtuelles, son regard est attiré par une silhouette, au deuxième étage d’un immeuble new-yorkais. Une tête humaine tournée vers la fenêtre est enfermée dans un sac plastique. De quand date cette image ? Thomas est-il témoin d’un crime ? Faut-il avertir la CIA ? Peut-il en parler à son frère Ray ?

Toutes les réponses sont dans ce livre, un roman que vous ne pourrez plus lâcher.

Marisa, 27 mars 2020

C’est quoi être une femme ?

A mains nues d'Amandine Dhée

C’est compliqué une femme. Ce ne sont pas les hommes qui diront le contraire. Mais une chose est sûre, c’est que, même si Amandine Dhée ne donne pas de solution à cette interrogation « C’est quoi une femme ? », on se sent tellement moins seule quand on a lu A mains nues.
Ce livre est une sorte de journal intime qui, par sa structure, devient universel. La narratrice d’aujourd’hui parle à la première personne, et lorsqu’elle s’interroge sur celle qu’elle a été (la petite fille, l’adolescente, la jeune adulte), le texte est écrit à la troisième personne.
Peu à peu, Amandine s’efface pour laisser la lectrice (ou le lecteur) s’identifier et permet aussi le dialogue entre l’enfant, la jeune femme et l’adulte que nous sommes. Retour dans la cour de récré lorsqu’il faut mettre la langue pour embrasser un garçon, ou l’inquiétude de voir une tâche de sang lorsque les règles arrivent. Qui n’a jamais été mal à l’aise allongée chez la gynéco ? Le premier orgasme, l’envie de couple comme une garantie, la sexualité 2.0, la colère d’être considérée comme un objet, le sexe politiquement correct, les efforts pour être désirable, l’envie d’un travail qui ait du sens tout en fondant une famille.
A travers de nombreuses expériences que chacune a pu vivre, cette autrice interroge la question des normes imposées par la société. La narratrice extirpe son désir à mains nues. A la fois tendre et drôle, ce texte nous fait avancer, sans tabous, pour cesser d’avoir peur de nous-même et faire confiance à nos envies.

« Une autre fois, un homme refuse de la lécher. Elle le regarde, étonnée de cette frilosité. Certes, tous les goûts sont dans la nature. Mais peut-on repousser le sexe des femmes comme un plat peu apprécié, non merci, je prendrai plutôt un coude ou un mollet, un sein, à la limite. J’y vais, mais je ne lèche pas. Je me déshabille mais je garde les chaussettes, je ne mange pas la tête des crocodiles, les oreilles du petit-beurre. Du sexe qui refuse de se perdre, qui énonce ses limites avant même de commencer, et érige un périmètre de sécurité autour de ma vulve. Serait-elle sale ? A l’heure où l’on fourre des parfums de synthèse dans les serviettes hygiéniques, il y a urgence à embrasser le sexe des femmes, le chérir, le consoler de tant de bêtise. Elle se demande d’où viennent pareilles innovations… Non vraiment, ce n’est pas le moment de refuser de lécher les femmes, mais plutôt d’y voir, en plus du plaisir, un acte politique d’une grande noblesse. Elle comprend soudain que les révolutions ne se vivent pas seulement derrière des barricades. »

Babeth, 23 mars 2020

Les revenants de Laura Kasischke

« La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté.
Telle fut la première pensée qui vient à l’esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture. 
Une grande beauté. 
La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d’un frêne. L’astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. »

Les revenants de Laura KasischkeProfesseur de musique à l’université, Shelly est le seul témoin d’un accident de voiture impliquant deux jeunes gens, Craig et Nicole. A l’arrivée des secours, elle laisse derrière elle les deux accidentés, miraculeusement vivants.
Or le lendemain, en lisant l’article consacré à l’accident dans la presse locale, Shelly apprend avec stupeur que Nicole est morte dans une mare de sang, et que Craig s’est enfui.
Que s’est-il réellement passé ce soir-là ? Pourquoi personne ne veut prendre en compte le témoignage de Shelly ?

Ce roman a pour décor le campus d’une université du Midwest américain, microcosme puritain et élitiste, où professeurs, étudiants et quelques fantômes se côtoient, chacun transportant ses problèmes, ses névroses et ses croyances.

Car Laura Kasischke aime gratter le vernis de l’apparence : reflet de la société dans son ensemble, ce campus universitaire est le décor de bien des secrets inavouables, à commencer par ceux que cache la pure et sage Nicole… 

Un thriller teinté de fantastique… et une subtile analyse de la société américaine.

Marisa, 21 mars 2020

Le réveil des sorcières

Aujourd’hui, Bérengère partage son dernier coup de coeur pour Le réveil des sorcières de Stéphanie Janicot, paru en janvier dernier chez Albin Michel.

Que transmettons-nous à nos enfants ? Existe-t-il une transmission spécifique entre femmes ? Où est la frontière entre la vie et la mort ?
Stéphanie Janicot tente de répondre à ces questions dans son roman Le réveil des sorcières.

Le réveil des sorcières, de Stéphanie Janicot

Une jeune adolescente, Soann, perd sa mère dans un accident de voiture et se retrouve seule avec sa grande sœur. Elle appelle une amie de sa mère, la narratrice, et lui confie ses doutes. La jeune fille est persuadée que sa mère a été assassinée. Les deux protagonistes vont partir sur les traces de cette femme, Diane, guérisseuse. Elle était de celles qu’on appelait sorcières, il n’y a pas si longtemps, et qu’on brûlait vives.

L’auteur interroge ainsi le rôle d’une telle femme dans les campagnes bretonnes et le regard admiratif, mêlé de crainte, posé sur elles. J’ai aimé ce livre car Stéphanie Janicot cherche à comprendre ce besoin de magie qui peut nous animer pour comprendre ce qui ne peut pas toujours l’être, comme la mort. De plus, elle laisse la place au doute tout en restant pragmatique, ce qui rend l’histoire humaine et touchante.

Bérengère, 18 mars 2020