Les Sources de Marie-Hélène Lafon

Dans ce court roman en lice pour le prix des lecteurs 2025, Marie-Hélène Lafon nous plonge dans la vie intime et rurale d’une famille de fermiers des années 70.

Cette famille apparait assez rapidement comme dysfonctionnelle au fil de la lecture. Les descriptions photographiques de la mère, du père et des trois enfants dans les scènes de vie du quotidien ont un gout âpre et font naitre une ombre. Cette sensation malaisante s’accentue quand on comprend que la violence est une composante centrale de la dynamique familiale.

Dans le cadre des violences conjugales, un des partenaires assoit son autorité sur l’autre avec la volonté de le dominer. Dans ce texte, la mère est accablée par son quotidien, sa charge de travail pour tenir la maison et éduquer les enfants. On ressent cette lourdeur étouffante dans son accablement, son apathie qui se meut en lente dépression. Elle semble dissociée de son corps, effectuant ses tâches par automatisme. Mettre en place des stratégies de protection est un des moyens qu’elle a trouvés pour éviter les foudres de son partenaire. L’aura du père est présente à chaque instant, elle doit bien faire les choses et tenir son rôle de femme au foyer sinon gare aux regards, aux humiliations, aux coups. La Violence dont on parle est multimodale ; elle est physique, psychologique, sexuelle, verbale. Rien n’est épargné dans cet écrit à qui sait repérer la violence, mais elle reste insidieuse, fondue dans un décor rural où la nature est plus grande.

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Long Island de Colm Toibin

J’ai découvert il y a peu de temps l’auteur irlandais Colm Toibin. Son roman Long Island dont la jaquette a attiré mon regard, est le dernier opus d’une importante production littéraire. Dès la page 3, l’intrigue est lancée : quelques paroles adressées par un inconnu à Eilis, le personnage principal de l’histoire, vont jeter un pavé dans la mare de la vie bien ordonnée d’une famille américaine de Long Island.

Il a tout réparé chez nous. Il a même fait un peu plus que ce qui était précisé dans le devis. A vrai dire, il est revenu régulièrement à des moments où il savait que la maîtresse de maison serait là et pas moi. Et il a fait un boulot de plomberie si efficace qu’elle va avoir un bébé en août.

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La splendeur et l’infamie, de Erik Larson

Voici un livre qui se lit comme un roman mais qui n’en est pas un.

C’est un ouvrage historique qui suit presque jour par jour les événements se déroulant en Grande-Bretagne du 10 mai 1940 au 10 mai 1941, c’est-à-dire pendant la première année du gouvernement de Winston Churchill en tant que PM.  (Premier ministre). Son titre, La splendeur et l’infamie, distribue les rôles : celui de la Grande-Bretagne face à l’Allemagne nazie désireuse de négocier avec Churchill et finalement contrainte par son refus à la détruire. Un troisième acteur est poussé sur la scène par Churchill, les Etats-Unis avec son congrès et son peuple qui pendant de longs mois se demanderont chacun avec ses raisons « j’y va t’i, j’y vas t’i pas ? »

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Lëd, de Caryl Férey.

En russe, Lëd signifie « glace ». C’est aussi le titre du roman noir de Caryl Ferey.

Cette fois, l’auteur nous emmène dans des contrées glaciales et enneigées où sévissent d’effroyables tempêtes.

Nous sommes à Norilsk, ville russe située à 300 km au nord du cercle polaire en Sibérie. Les températures y avoisinent les -60° en hiver. Cette ville, la plus septentrionale de Russie, détient en outre l’angoissant record de faire partie des villes les plus polluées au monde. Norilsk est une ville-usine dont la majorité des habitants, prisonniers des glaces, de l’obscurité et des tempêtes huit mois sur douze, travaillent dans des conditions épouvantables dans des mines de nickel et de cuivre, propriété de quelques oligarques proches du pouvoir poutinien.

La description du lieu, ses conditions climatiques, son histoire, son statut dans la Russie actuelle et les conditions de vie et de travail de ses habitants suffisent à eux seuls à attiser la curiosité d’un lecteur et à fournir matière à un livre. Et de fait, ce livre existe bel et bien, il est le fruit de la rencontre de Caryl Ferey avec la ville, il s’intitule Norilsk et est paru en 2O19 au Livre de Poche.

Invité par deux éditrices parisiennes à aller voir ce qui se passe dans ce coin reculé de Sibérie du Nord, à 3000 km de Moscou, l’auteur, toujours en quête d’insolite n’hésite pas longtemps.

Car plus je regardais les photos, survolais les commentaires peu flatteurs sur cette ville perdue au fond de la Russie, plus l’improbable attraction se faisait jour : Norilsk semblait vraiment pourrie.
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