Jeudi 25 septembre à la Médiathèque La source du Bouscat à 19h00, les Liseuses auront l’honneur et le grand plaisir d’échanger avec Delphine BERTHOLON. France sera la modératrice de cet événement qui vous permettra de découvrir l’auteure et ses romans, particulièrement son tout dernier roman La baronne perchée, paru en février 2025 chez Buchet Chastel.
En quoi la présidence de D. Trump marque-t-elle la littérature de notre époque ? Cette problématique, naturellement attendue par le public car elle s’inscrit dans une actualité politique et culturelle américaine très médiatisée, est soumise au témoignage de trois écrivains américains : Stephen Markley (Le déluge), Lauren Groff (Les terres indomptées) et Mateo Askaripour (Tous les invisibles) dans le cadre du festival de Saint-Malo Etonnants voyageurs. Si tant est, bien sûr, comme le fait remarquer habilement le médiateur, que le nom de Trump puisse à lui seul définir l’époque actuelle. Lauren Groff réagit avec force à cette remarque : « Il n’est pas question que Trump colonise ma pensée comme lors de son premier mandat ! » A l’époque, les institutions jouaient leur rôle et pouvaient opposer une résistance. Aujourd’hui, « il est l’institution ». Lui et son système détricotent la démocratie américaine en faisant pression sur la justice, la culture, l’administration, les médias et l’enseignement. Mais il ne leur enlèvera pas la liberté de penser qu’il existe un monde meilleur. Matéo Askaripour fait remarquer que ce mandat aura un terme qu’ils doivent attendre sans se décourager, hors de question qu’il les privent de leur joie de vivre, sans cela, ça voudrait dire qu’il a gagné ! Stephen M. acquiesce, nous assistons à une déferlante avec une concentration de la puissance économique autour du pouvoir politique ; une poignée de psychopathes fait la loi dans un climat de peur. Lucide, il ajoute que Trump n’est pas le problème en soi, il est le symptôme de quelque chose de sous-jacent.
Il était impossible cette année de repartir du festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo sans connaître le nom de Paul Lynch ! L’écrivain irlandais était présent dans pas moins de cinq rencontres aux formats très variés, allant du grand débat inaugural à une séance plus intimiste de lectures à voix haute d’extraits de ses cinq romans.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Paul Lynch est devenu une icône dans son pays depuis que son cinquième roman, Prophet song, a été récompensé du prestigieux Booker Prize en 2023. Ce livre, qui s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires au Royaume-Uni, a également été traduit dans plus de trente langues. Sa version française est parue sous le titre Le chant du prophète chez Albin Michel en début d’année.
Personnellement, je me souviens de l’excitation ressentie dès la lecture des premières lignes de ce roman. La joie du lecteur qui découvre une écriture superbe, qui pressent qu’il a ouvert un livre qu’il va prendre énormément de plaisir à lire.
Autour de la table ronde : Jean HEGLAND, Rodrigo BLANCO CALDERON, Yara EL-GHADBAN
Parmi les personnages principaux des derniers romans de ces trois auteurs : la forêt (Jean HEGLAND, Le temps d’après), des flamants roses (Yara EL-GHADBAN, La danse des flamants roses), des chiens abandonnés (Rodrigo BLANCO CALDERON, De l’amour des chiens).
Ils se déroulent dans des contextes d’atteinte de bout du monde, d’un monde contraint à se réinventer, contextes post-apocalyptiques ou presque même si l’on ne sait pas toujours en quoi a consisté l’Apocalypse. Au Vénézuela dont est natif R. Blanco Calderon, ce sont 9 millions de compatriotes qui ont quitté le pays rappelle-t-il, avec pour conséquence l’abandon d’un nombre considérable d’animaux domestiques et le projet d’ouvrir une improbable fondation pour les prendre en charge. L’occasion pour R. Blanco Calderon de faire référence à la magnifique citation d’une poétesse uruguayenne dont je n’ai malheureusement pas réussi à prendre le nom à la volée :
Puisque tu n’es à l’abri de rien, essaie toi-même de sauver quelque chose.
C’est bien de cela dont il s’agit dans ces trois romans, de sauver ce qui peut l’être, et plus encore de nouer des liens jusque-là inconnus, jamais expérimentés, avec la forêt devenue unique ressource et rempart contre les dangers, avec le monde animal, avec le vivant de manière plus générale, et avec les autres hommes dans un cadre d’existence intégralement transformé. Y. El-Ghadban voulait ainsi faire du territoire palestinien le lieu du début d’une autre histoire, rappelant au passage la force inépuisable de l’espoir à ses yeux :
Si l’espoir n’était pas si puissant, il n’y aurait pas tant de tentatives de le tuer.
Comme elle le dit, ce n’est rien de moins qu’une utopie qu’il s’agissait pour elle d’écrire.