La plus précieuse des marchandises, de Jean-Claude Grumberg

Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’amour, l’amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres. L’amour qui fait que malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue.

Voilà un récit aussi noir que lumineux. Un tout petit livre que vous lirez d’un seul élan, avec une émotion intense. Il méritera sans doute une deuxième lecture. Jean-Claude Grumberg nous offre une histoire dans une écriture entre conte et mythe.
« Il était une fois dans un grand bois une pauvre bucheronne et un pauvre bucheron »… La faim était constante, en ces temps de guerre mondiale. Sous son manteau de neige, la nature glacée était elle-même prise de désolation. Quelques trains traversaient les champs vers des lieux dont on ne revenait pas… Vous avez compris… C’est l’histoire de l’horreur, d’un tabou et de toutes les hontes : celles de perdre le sentiment d’apparentement humain. Mais aussi celle d’un enfant, des mains pour penser et sauver la vie, et de la richesse au-delà de toutes les misères.
Ce récit est simplement magnifique…   

Laetitia, le 14 février 2022

La plus précieuse des marchandises, Jean Claude Grumberg, éditions du Seuil, 2019 

Coup de cœur de la rentrée littéraire : Paris-Briançon, de Philippe Besson

Nous voici dans un train de nuit qui se dirige vers Briançon. A priori, les personnes à bord n’ont rien en commun. Serge, le VRP baratineur. Julia qui prépare des talk-shows pour la télévision. La bande d’étudiants qui part en vacances. Alexis, le médecin sensible qui vient de perdre sa mère. Victor, le joueur de hockey. Le couple de retraités qui espère pouvoir dormir. Et Giovanni.

Comment une conversation évolue quand on ne connait pas la personne en face de soi ? Elle peut être fluide et simple voire profonde si le feeling passe bien, mais les mots peuvent aussi accrocher, créer des tensions ou des silences. Car ces individus vont se croiser, parfois créer des liens très forts. A première vue, Serge a tout du dragueur à fuir. Pourtant il y a de la sincérité et de l’innocence dans son intérêt pour Julia. C’est peut être pour ça qu’elle va se confier, quitte à le mettre dans l’embarras.

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Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, de Lionel Shriver

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes est le titre français du dernier roman de l’écrivaine américaine Lionel Shriver dont la traduction est sortie en septembre 2021 chez Belfond. Et c’est le premier roman de cette auteure que je lis. Après un court moment de flottement en début de lecture dû sans doute à l’accumulation très dense d’informations sous forme de dialogues et de considérations diverses, je me suis vite habituée à la plume alerte de l’auteure : j’ai été séduite par l’acuité et l’humour corrosif avec lesquels elle scrute aussi bien les relations individuelles que certains mécanismes de la société américaine (et par là-même de nos civilisations occidentales). Et ce ne sont pas les auteur.e.s de génie qui manquent dans ce registre aux Etats-Unis !
Alors de quoi s’agit-il plus précisément ?

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Quand le requin dort, de Milena Agus

C’est un de ces courts romans dans lesquels tient tout un monde : dans la Sardaigne d’aujourd’hui, une jeune fille et sa famille un peu fêlée : tante et ses fiancés, frère, père et ses maîtresses, mère, grand-parents… Tous y sont à la recherche de l’amour ou de l’ailleurs, dans un mouvement qui nous prend, nous lecteurs, et nous entraîne, à la fois amusés et déconcertés, attendris et bouleversés.
Elle, notre héroïne, croit qu’aimer c’est accepter tout de Lui, l’homme marié aux désirs sadomasochistes. Ce qu’il lui offre, n’est-ce pas un peu de l’amour ? N’est-elle pas un vilain petit canard qui ne mérite guère plus ? Il est vrai qu’elle manque de modèle féminin à suivre, entre sa mère si fragile et sa tante, si belle, qui ne parvient pas « à garder un homme ».

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