Têtes hautes, de Cathy Ytak

J’avoue : si on me met un livre de Cathy Ytak entre les mains, j’y vais sans réfléchir. L’avantage de la connaître un peu et de beaucoup l’apprécier. Et si en plus ça parle de lutte féministe à une époque (nous sommes en 1924) où les femmes n’avaient pas leur mot à dire : alors j’y vais franco !

Têtes hautes pour parler de jeunes filles vivant en Bretagne, et qui « dès qu’elles sont en âge de porter une coiffe » vont travailler sans compter leurs heures dans une conserverie. C’est le cas de deux sœurs : Yarik et Angèle. Têtes hautes pour parler également d’Irina et de ses filles, Carol et Suzanne. Elles sont bourgeoises, vivent à Paris, n’ont pas de souci pour manger ou s’habiller, mais elles ont aussi, à leur manière, un grand besoin d’indépendance. Que ce soit par la volonté de travailler comme un homme, la façon de s’habiller ou le refus d’épouser un bon parti, elles veulent être libres de leurs choix. Alors qu’Angèle doit partir travailler à Paris au service d’Irina comme domestique, Yarig s’engage avec les autres penn sardin dans une grève pour qu’elles cessent d’être exploitées.

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Une farouche liberté : Gisèle Halimi, la cause des femmes

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » disait Paul Eluard.

C’est ainsi, en flânant chez Mollat par un samedi ensoleillé que je tombe sur la séance de dédicace du nouveau roman graphique d’Annick Cojean et Sophie Couturier : Une farouche liberté. Gisèle Halimi, la cause des femmes. En amoureuse des romans graphiques et biographiques, j’avais mis ce livre dans ma whishlist depuis un certain temps. Le hasard a décidé de précipiter les choses. Je me suis ainsi dirigée vers « le bureau d’une légende », représenté par Sophie Couturier (la co-scénariste du roman avec Annick Cojean) et Sandrine Revel (l’illustratrice). Lors de notre échange, Sophie Couturier, qui a été bénévole dans l’association Choisir durant deux années et a pu côtoyer Gisèle Halimi, m’a raconté quelques anecdotes de la vie de cette femme hors du commun. Sophie Couturier, personne très accessible et passionnée par son travail a fini de me convaincre que je tenais une pépite littéraire entre mes mains.

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Stella Maris, de Cormac McCarthy

Stella Maris, roman de Cormac McCarthy publié en France deux petits mois à peine après Le passager du même auteur, et préquel de celui-ci, constitue une œuvre à part à plusieurs niveaux. Le premier tient à la « stratégie de publication » quasi simultanée de ces deux romans. Stella Maris, publié juste après Le passager, vient en effet en éclairer le propos et les personnages d’un jour manifestement plus net… Je dis « manifestement » car pour ma part je n’ai pas encore lu Le passager mais entendu certains critiques dire qu’ils l’auraient peut-être mieux apprécié s’ils avaient lu Stella Maris avant.

L’originalité de ce roman tient ensuite, de manière indéniable, à sa forme. Stella Maris est en effet un roman sans narration qui consiste uniquement dans la transcription de neuf séances d’entretien entre une patiente et son thérapeute au sein de l’établissement psychiatrique de « Stella Maris » dans lequel Alicia est venue « trouver refuge », ou « se livrer » pourrait-on dire, presque comme on se livrerait aux forces de l’ordre…

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Géographie d’un père, de Pascale Dewambrechies

Dans son troisième roman, Géographie d’un père, paru aux éditions Passiflore en novembre 2022, Pascale Dewambrechies met en exergue une citation de Marguerite Duras : « Ecrire, c’est écrire sur soi. » L’imagination n’existe pas. Son livre, qui se présente pourtant comme un roman avant d’être un récit autobiographique, est le plus personnel de ses trois ouvrages. C’est une vibrante adresse au père disparu. Un père qui s’est éloigné d’elle lorsqu’elle avait 14 ans, mais dont elle a croisé à nouveau le chemin peu de temps avant sa mort, après 25 ans de silence.

Ta mort qui nous sépare, me fait toucher tout ce vide. Immense. Je me demande comment je l’ai comblé, qu’est-ce que j’y ai mis.

La mort du père l’a fait resurgir dans sa vie. Au fil des années qui ont suivi cette ultime rencontre, où rien n’a été dit – nous avons trop à nous dire pour nous dire quelque chose – elle va peu à peu prendre conscience du mal-être que l’absence du père a imprimé en elle, de ce qui souterrainement a produit du malheur.

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