Frère d’âme de David Diop

Dès les premières pages, Frère d’âme vous précipite dans une horreur indicible, celle de la Grande Guerre. La scène inaugurale a pour décor un champ de bataille désert et silencieux. Seule âme qui vive, le jeune Alfa Ndiaye est allongé aux côtés du corps de son frère d’arme, son ami d’enfance qui agonise, éventré.

Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal.

Incapable de répondre aux supplications de ce moribond qui lui demande le coup de grâce, Alfa Niaye est une âme perdue, errante, à jamais égarée. La folie n’est pas loin, la sauvagerie prend corps, insidieusement. L’Afrique lui manque, cette terre où il vivait autrefois avec Mademba, le sacrifié.

A la fois récit de résistance et de résilience, où âme, chair et terre sont intimement liées, Frère d’âme nous fascine. Très maîtrisée, l’écriture de David Diop est intense et poétique. Certains passages, répétés plusieurs fois, sonnent comme une incantation, écho d’un monologue intérieur répété en boucle par le survivant. De ce texte surgit une musique envoûtante qui nous accompagne et continue de nous hanter, même lorsque le récit prend fin.

Marisa, 27 septembre 2018.

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Les frères Sisters de Patrick deWitt

Les frères Sisters… En 1851, la seule évocation de leur nom fait frémir ceux qui le prononcent et détaler ceux qui l’entendent. Engagés par le Commodore, ces tueurs professionnels à la sinistre réputation chevauchent de l’Oregon à la Californie, traquant un chercheur d’or du nom de Hermann Kermit Warm.

Eli et Charlie Sisters forment une fratrie bien étrange, tant ils sont dissemblables. Charlie agit de sang-froid, aime l’alcool et les femmes et n’a qu’une idée en tête : tuer ce chercheur d’or pour empocher le magot promis par le Commodore. Plus circonspect, Eli est le suiveur, le frère un peu naïf, fleur bleue et philosophe à ses heures. Il tue à la perfection, mais parfois avec remords et hésitations. C’est à travers lui que Patrick deWitt choisit de raconter cette chevauchée meurtrière et impitoyable, apportant à ce récit une dimension singulière, parfois drôle, parfois poétique, un supplément d’âme.

Grands espaces de l’Ouest américain, chercheurs d’or, duels, putains, ours, Indiens, et du sang, beaucoup de sang… Patrick deWitt joue avec les codes du western, n’hésitant pas à le parodier.

Un vrai régal de lecture.

Marisa, 17 septembre 2018

My absolute darling

My absolute darling est assurément le roman à lire en ce moment : il est remarquablement écrit, bouleversant et effrayant.

L’histoire, c’est celle de Turtle, jeune fille de quatorze ans, élevée seule par son père, Martin, depuis la mort de sa mère dans des conditions obscures.

Martin est un tyran, un pervers, un type malsain : il viole sa fille et exerce sur elle une emprise psychologique oppressante. Il est obsédé par l’idée d’apprendre à sa fille à survivre dans la forêt qui entoure leur maison – en fait, un taudis crasseux – et use de tout type de manipulations psychologiques pour contraindre sa fille à lui obéir. Lire la suite

Madame Hemingway

En 1920, Hadley Richardson, 28 ans, débarque du Missouri et fait la connaissance à Chicago d’Ernest Hemingway, rescapé de la guerre et alors âgé de 20 ans. Ils vont très vite se marier et partir à Paris afin de réaliser les rêves d’écrivain de l’auteur. Là, ils vont rencontrer toute la génération des expatriés anglo-saxons (Gertrude Stein, Ezra Pound, Francis Scott Fitzgerald….) au coeur du fourmillement artistique du quartier Montparnasse. Lire la suite

Fugitive parce que reine

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