Intérieur nuit de Nicolas Demorand

A ceux qui se sont réveillés à 7h20 le mercredi 26 mars dernier avec la voix de Nicolas Demorand et aux autres (podcast accessible) !

En 80 secondes, selon un rituel établi, moment de partage entre lui et les auditeurs d’Inter mais cette fois, son sujet n’est pas une série TV qui l’a captivé ou un roman américain qui l’a ébloui mais sa bipolarité.

C’est tout autant inattendu qu’impressionnant de courage, clair, factuel et bourré d’empathie pour les autres, ceux qui souffrent de la même maladie que lui ou d’une autre pathologie mentale.

Lire la suite »

La Végétarienne de Han Kang

Un drôle de titre quand même, et à mon sens un titre un peu réducteur… Je l’avoue, cela a contribué au fait que je découvre cette auteure coréenne Prix Nobel de littérature 2024 par Impossibles adieux (Prix Médicis 2023) avant de poursuivre mon exploration de son univers par ce roman-ci. Sont tour à tour convoqués, pour caractériser le style de HAN KANG, prose poétique et réalisme magique ainsi que la figure d’Haruki Murakami. 

Je ne me prononcerais pas sur la comparaison avec Murakami qui à certains égards ne me semble pas si juste mais je ne résiste pas à tracer un parallèle avec son dernier roman, La cité aux murs incertains. Alors qu’il y propose une vision marquante de la frontière entre réel et irréel en disant que oui, cette frontière existe mais qu’elle est incertaine et change constamment à la façon d’un être vivant, la même image s’avère parfaitement appropriée pour résumer la conception de la frontière entre normalité et anormalité qu’Han Kang nous livre dans La végétarienne. La frontière existe certes, mais elle est ténue, labile, mouvante. 

Lire la suite »

La cité aux murs incertains de Haruki Murakami

A l’origine de ce dernier roman d’Haruki Murakami, une nouvelle, écrite et publiée dans une revue littéraire il y a 40 ans. C’est ce que l’auteur a tenu à préciser dans une brève postface dont il dit qu’il n’a pas le goût mais qui lui paraissait en l’espèce nécessaire. De cette nouvelle, il conserve l’idée qu’elle contient « des éléments d’une importance cruciale pour [lui] » qu’il n’était pas capable de suffisamment travailler à l’époque. Il la réécrit de manière substantielle une première fois en 1985 dans son roman La fin des temps. Cependant, l’idée d’une forme différente pour cette histoire demeure. En 2020, il décide de la réécrire à nouveau en repartant à zéro. L’écriture se fait en plusieurs étapes pendant la pandémie de covid ; croyant un temps l’histoire terminée, il s’aperçoit qu’elle ne l’est pas et adjoint une 2ème puis une 3ème partie au texte de départ. 
La cité aux murs incertains contient donc un certain nombre de « motifs » et de thèmes chers à Murakami, la solitude, la dualité, le caractère incertain de la réalité, les amours impossibles, la mélancolie… « Selon Jorge Luis Borges, il n’existe qu’un nombre limité d’histoires qu’un écrivain peut véritablement raconter avec sincérité au cours de sa vie. En quelque sorte, nous ne sommes capables de traiter ce nombre limité de motifs que sous différentes formes et avec les moyens dont nous disposons ».

Lire la suite »

« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris (tome 1 et 2)

Précipitez-vous, Karen Reyes n’est pas un monstre, pas plus que ne l’est la galerie de personnages qui l’accompagne; ils sont humains, terriblement, parfois atrocement humains et c’est cela qu’ils ont sans doute de monstrueux. Karen Reyes n’est pas un monstre, c’est une petite fille mi loup-garou mi humaine, sans que ne soit tranchée d’ailleurs, la question de savoir si sa représentation en loup-garou correspond à la façon dont les autres la voient ou dont elle, elle se voit… Elle est étrange, en tout cas comme tous ceux qui prennent vie autour d’elle, humains, peluches, morts, ombres, fantômes peut-être…  Tout ça s’entre-mêle, vous captive et ne vous lâche pas.

Je lis peu de BD et de romans graphiques mais lorsque je suis tombée il y a quatre ans face à la couverture du tome 1 de Moi ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris, je me suis tout de suite dit que celui-là était pour moi. Le titre tout d’abord et le dessin, dingue, à tomber… Je sais depuis que le stylo Bic quatre couleurs est une arme magique qui permet de créer des dessins d’une précision, d’une profondeur, d’une beauté à couper le souffle. Dans le tome 2 d’ailleurs, il sert à représenter des chefs d’œuvre de la peinture que Karen découvre au Musée avec son frère.

Lire la suite »