Rencontre avec Sandra Larribe pour La vie tumultueuse d’Hélène de Troie

Suite à la lecture d’HÉLÈNE – La vie tumultueuse d’Hélène de Troie, de Sandra Larribe, et à l’article de Véronique, paru dernièrement dans le blog des Liseuses, Véronique et Zazzz ont eu la curiosité d’en apprendre davantage sur cette talentueuse écrivaine nouvellement éditée, son roman, son parcours…. Nous vous partageons ici des extraits de cet échange chaleureux et très riche, en espérant que vous aurez envie, vous aussi, de voyager dans cet univers mythologique fascinant, revisité à la sauce moderne et féministe…

ZAZZZ :  Bonjour Sandra. Avant d’aller plus avant dans la discussion autour d’HÉLÈNE – La vie tumultueuse d’Hélène de Troie, paru dernièrement aux Éditions Complicités, qui est d’ailleurs un premier livre, pourriez-vous vous présenter en quelques mots : qui est Sandra Larribe l’écrivaine, et, comment vous est venu le désir d’écrire ?

SANDRA LARRIBE : Je suis une grande amatrice de littérature, depuis que je sais lire. L’écriture, ça va avec la lecture. J’ai écrit assez rapidement, dès l’âge de 9 ans, mon premier roman : 6 pages ! Après, j’ai eu des journaux intimes, écrit des poèmes, puis j’ai tenu un blog pendant plusieurs années. Quand je suis partie au Japon, les échanges sur la littérature me manquaient beaucoup. J’ai donc créé un blog littéraire où je faisais, comme vous, des chroniques sur les livres que je lisais. C’était aussi une forme d’écriture, régulière. Puis j’ai commencé à écrire des nouvelles et à participer à des concours.

VÉRONIQUE : Vous êtes agrégée de lettres classiques, vous avez une connaissance plutôt éclairée du monde grec. Selon vous, qu’est-ce que la connaissance du monde grec apporte aujourd’hui à notre monde ? Et en somme, pour reprendre le titre d’un livre de Jacqueline de Romilly, Pourquoi la Grèce ?

SANDRA LARRIBE : Mais parce que c’est le berceau de notre culture, de notre culture française, européenne. J’ai l’impression d’être tombée dedans quand j’étais toute petite ! Enfant, on me racontait déjà les mythes grecs, et c’est d’ailleurs grâce à un mythe grec que j’ai fait du grec. Je me souviens de mon père, qui n’avait jamais fait de grec, revenant d’un congrès et me disant qu’il avait appris que, dans l’histoire d’Œdipe, l’oracle avait prédit qu’Œdipe tuerait son père, mais qu’en fait, cette phrase pouvait se traduire dans l’autre sens, c’est-à-dire que le père tuerait Œdipe. Ça m’a fascinée : comment, dans une langue, était-il possible qu’une phrase puisse dire une chose et son contraire ? D’autant que, dans l’histoire, au début, c’est le père qui essaie de tuer Œdipe, pour éviter la réalisation de la prophétie… et j’ai découvert en 4e que dans les propositions infinitives, c’est vrai, une phrase peut être traduite de deux façons, puisque le sujet et le COD se mettent au même cas. C’était une révélation, un nouveau monde ! Alors, pourquoi la Grèce ? C’est un pays que j’ai eu la chance de visiter à plusieurs reprises. J’ai l’impression, quand je lis des ouvrages qui parlent de la Grèce, ou des ouvrages de grec ancien, qu’ils avaient déjà tout compris sur l’humain, que c’est d’une modernité incroyable. Je trouve très beau de pouvoir se dire que, malgré les siècles et les pays qui nous séparent, nous ressentons les mêmes choses, voyons les mêmes choses, avons les mêmes sens, les mêmes sentiments aussi.

ZAZZZ :  Pourquoi le choix d’Hélène de Troie, comme héroïne de votre roman, et qu’est-ce qui vous plaît particulièrement chez elle ?

SANDRA LARRIBE : Je baignais dans cette histoire de Guerre de Troie. Vous savez, ça fait ma trentième rentrée scolaire et je raconte l’histoire de la Guerre de Troie tous les ans à mes élèves. Dans toute ma carrière, il y en a seulement trois qui m’ont demandé ce que devenait Hélène après la guerre. Je me suis demandée pourquoi personne ne s’intéressait à cette femme et j’ai eu envie d’en savoir plus. Je savais, comme tout le monde, qu’elle était la plus belle du monde, qu’elle avait été enlevée par Paris ou qu’elle était partie volontairement, je savais qu’elle ne mourrait pas à la guerre, mais j’ignorais complètement ce qui lui était arrivé avant, ce qui lui était arrivé après. Je me suis mise à chercher, pour voir si j’avais assez de matière pour en faire en roman… Et je n’ai pas trouvé grand-chose en fait ! Il y a beaucoup de textes qui ont été perdus, qui parlaient d’Hélène. Et les textes qui existaient encore étaient écrits par des hommes. Quand on lit Euripide, Hélène, c’est un monstre de duplicité, pas du tout sympathique. J’ai voulu la réhabiliter. Certains avaient déjà essayé, l’Éloge de Gorgias, des choses comme ça, mais ce n’était pas du tout pour la réhabiliter, elle, c’était surtout pour dire qu’elle n’avait pas trompé son mari, et que donc Ménélas n’était pas le cocu le plus célèbre de la planète !

VÉRONIQUE :  Pour sauver l’image de Ménélas, oui !

SANDRA LARRIBE :  Exactement ! J’ai souhaité, de mon côté, essayer d’en faire un vrai personnage, pas une potiche, parce qu’on l’a quand même longtemps cantonnée à cela. J’ai cherché dans les textes anciens, fait beaucoup de recherches, mythologiques, historiques aussi. J’ai tissé des fils, puis j’ai assemblé ça comme j’ai pu, et j’ai inventé aussi : ajouter, enlever des choses, choisir les versions qui me plaisaient le plus.

VÉRONIQUE :  Sur la quatrième de couverture de votre livre, il est bien dit que vous faites d’Hélène une figure féministe. Cette figure féministe évolue, du début à la fin de votre livre. Au départ, on sent qu’Hélène s’interroge sur ce qu’il lui est enjoint de faire, elle questionne tout ça. On arrive ensuite à une pleine conscience de cet état de fait, et de, finalement, sa révolte. Moi qui suis très fan de grec, de la littérature, et du monde grec ancien en général, j’essaie de faire des ponts entre aujourd’hui et hier et je voulais vous demander, selon vous, quelles pourraient être les assignations communes aux femmes de l’antiquité et à celles d’aujourd’hui ? Ce qui expliquerait que votre Hélène peut avoir un écho formidable chez une lectrice d’aujourd’hui ? Parce que, forcément, il y aura un procédé d’identification, en tout cas des résonnances.

SANDRA LARRIBE :  Je pense que ce sont les mêmes assignations. On demande toujours aux femmes d’être la bonne petite épouse, bien sage, bien gentille, obéissante à son mari. Tout ce que les femmes vivent dans mon roman, que ce soit Hélène, mais aussi les autres femmes, sont des choses d’actualité, que ce soient les mariages arrangés, voire les mariages forcés, les grossesses non désirées, la valorisation de l’homme à leurs détriments… C’est ce que j’ai voulu montrer aussi, c’est-à-dire que ce sont des textes anciens, mais ce sont des textes modernes. On sait que dans l’antiquité, il a existé, pour de vrai, cette fois, pas en mythologie, quelques femmes qui ont été éduquées, qui ont été ambitieuses. Je pense à Hypatie, à Cléopâtre, ou Sappho même … Elles ont été exceptionnelles ! Nécessairement, il y a eu des femmes, même en 1200 avant JC, à l’époque de la Guerre de Troie, qui ont remis en question les rôles assignés aux femmes et aux hommes. C’est quelque chose qui est, pour moi, d’une grande actualité. Je ne voulais pas, non plus, tomber dans le manichéisme, où les femmes sont les pauvres victimes, et les hommes d’affreux méchants. Je crois que c’est beaucoup plus compliqué que cela, et justement, Hélène, j’ai essayé d’en faire un être un peu complexe, qui n’est pas parfaite du tout.

VÉRONIQUE :  J’ai envie de rebondir là-dessus, le traitement particulier que vous donnez aux hommes. Il y a bien-sûr les guerriers, les combats dans la plaine de Troie… mais vous mettez en miroir l’émancipation d’Hélène et celle de Ménélas, qu’on voit évoluer, lui aussi. Et puis, il y a le personnage de Paris qui avoue sa peur, son dégoût des combats. Est-ce que ça vous paraît aujourd’hui important ? Je reviens toujours à aujourd’hui, parce que c’est important l’actualité d’un livre, surtout quand on va chercher le thème dans la littérature grecque, qui peut laisser les gens un peu sur le seuil. Est-ce qu’il vous semble qu’aujourd’hui, on fait suffisamment de place au masculin, quand on mène des combats féministes ?

SANDRA LARRIBE :  Je pense qu’on parle beaucoup des femmes, et c’est très bien, mais pour ce qui est des hommes, je n’ai pas l’impression qu’on ait toujours ce questionnement, alors que, pour moi, il me semble essentiel. Pourquoi est-ce qu’un homme devrait être courageux ? Où est-ce que c’est écrit, ça ? Dans des textes écrits par des hommes ! Paris, dans tous les livres, est considéré comme étant le faible, le couard, et même Hélène le dit, il est lâche. Mais après coup, quand elle rejoint Ménélas, elle prend conscience que peut-être s’est-elle trompée.  Et que peut-être un homme n’est pas nécessairement courageux. Comme une femme n’est pas, nécessairement, seulement jolie. Je trouvais intéressant de lier les deux, de ne pas parler que de l’évolution d’Hélène, mais de parler de son évolution par rapport aux hommes, notamment par rapport à Paris, mais aussi, parler de l’évolution de Ménélas, parce que je suis persuadée que même en 1200 avant Jésus-Christ, certains hommes avaient conscience d’un peu plus d’égalité ou d’équité en tout cas, entre les hommes et les femmes. Je pense que c’est quelque chose qui existe depuis longtemps, et que ce sont vraiment des questions qu’on pouvait se poser.

VÉRONIQUE :  Oui, à titre individuel, peut-être, mais pas à titre collectif. Même Aristote avait une vision des femmes qui était terriblement dénigrante. Enfin, ça n’existait pas. Et puis, je dirais, à Athènes, peut-être à la différence de Sparte, les femmes n’avaient aucun statut. Elles n’étaient pas citoyennes, elles étaient comme les esclaves. Elles étaient complètement mises à côté. Donc sur un plan collectif, ces sociétés ont été extrêmement assujettissantes et machistes à propos des femmes. Peut-être qu’à titre individuel, les choses étaient différentes.

SANDRA LARRIBE :  Justement, Hélène vient de Sparte, on dit toujours « Hélène de Troie », mais, enfin, c’est quand même Hélène de Sparte : Elle va passer plus de temps dans sa vie à Sparte qu’à Troie. Et dans l’éducation des femmes, des filles, à Sparte, elles étaient élevées comme les garçons. Elles apprenaient à se battre comme les garçons. Alors, certes, ce n’était pas pour des raisons d’égalité des sexes, c’était surtout pour qu’elles soient assez costaudes pour enfanter de rudes guerriers, on en revient toujours là, mais tout de même, les femmes avaient le droit de faire certaines choses que les Athéniennes, que toutes les autres Grecques ne pouvaient pas faire. C’est pour ça que j’ai voulu creuser ce personnage, en faire un vrai personnage féminin, féministe, mais à sa mesure, parce qu’il ne fallait pas non plus être complètement anachronique. Je voulais que ça puisse toucher des femmes d’aujourd’hui…

ZAZZZ :  Il y a un côté initiatique dans le parcours d’Hélène, où elle rencontre des femmes très inspirantes, notamment Polydamna, Reine d’Égypte, avec laquelle elle tisse une véritable amitié, sachant qu’elle est complètement rejetée par les autres femmes, incomprise.

SANDRA LARRIBE :  J’ai trouvé ce personnage de Polydamna intéressant. Elle est attestée dans des sources antiques, mais on n’a pas grand-chose sur elle. Polydamna était bien mariée à un roi, Thonis. On a des éléments sur le fait qu’après son contact avec Polydamna, Hélène sait fabriquer le népenthès, la boisson magique qui empêche d’être trop malheureux. J’ai fait beaucoup de recherches en botanique, et j’ai notamment découvert que les Grecs avaient découvert une plante magique, le silphion qui faisait partie des ingrédients du népenthès. J’ai voulu creuser ça, inventer l’idée d’une magicienne, un peu comme les sorcières du Moyen-Âge. Je tenais à une amitié, parce qu’Hélène était trop seule dans mon livre. Il lui fallait des allié(e)s, il lui fallait aussi des femmes, des muses, qui l’inspirent.

VÉRONIQUE : Une « lignée », je pense que c’est ça, on ne se fait pas toute seule. Il faut des femmes jalons sur son chemin.  La question de la filiation, pour moi, c’est très important : On accroche sa pensée à celle des autres. On accroche notre pensée à celle de la Grèce antique, pour revenir au début.

SANDRA LARRIBE :  Absolument, et moi, j’ai pensé à mes arrière-grand-mères, à mes grand-mères, quand j’ai écrit mon livre, aussi. J’avais une de mes grand-mères qui était encore vivante quand j’étais en cours d’écriture. Elle est décédée depuis malheureusement, mais j’ai eu la chance de la garder très longtemps et d’avoir beaucoup parlé avec elle. Et je sais que certaines des choses que je raconte, qui sont arrivées aux femmes de mon livre, lui sont arrivées à elle, à ses amies, ou à des membres féminins de sa famille. Pour moi, la littérature, c’est cela. C’est aussi mon métier d’enseignante, l’idée de transmettre quelque chose, de donner le flambeau, et d’espérer que quelqu’un va le prendre et va en faire autre chose, va continuer.

VÉRONIQUE :  Il y a une question qui m’était venue… la question de la séduction chez Hélène, qui en même temps, en faisait un objet de convoitise, et puis, qui en faisait aussi un sujet, dans le sens où elle exerçait ce pouvoir de séduction sur les hommes. Alors que ceux-là exercent eux-mêmes un pouvoir sur les femmes. Pour moi, il y a une ambiguïté.

SANDRA LARRIBE :  Je voyais plutôt ça comme un renversement de ce pouvoir. C’est à dire que les hommes ont du pouvoir sur les femmes, mais elle aussi, a du pouvoir sur eux. Elle l’a malgré elle, parce qu’elle est belle, mais elle ne cherche pas à séduire pour obtenir quelque chose, à aucun moment. Justement, je ne voulais pas en faire ce qui a été fait par d’autres hommes avant moi, je ne voulais pas en faire la séductrice fatale, pas du tout. Je trouve important aussi de dire qu’elle avait des connaissances, elle avait un caractère, elle avait des qualités et des défauts, bien sûr, et c’est ça qui aurait dû plaire aux gens ou pas, c’est ça qui aurait dû les intéresser en tout cas.

ZAZZZ :  Par rapport à ça, effectivement, on voit l’évolution de Ménélas dans le roman, et on a le sentiment qu’il l’aime de plus en plus pour ce qu’elle est.

SANDRA LARRIBE :  Exactement. C’est à dire qu’il prend conscience qu’elle n’est pas que belle, qu’elle a aussi des qualités, et il se rend compte aussi, qu’à son contact, lui évolue, qu’un couple, c’est ça aussi. La relation amoureuse m’intéressait, à la fois la passion avec Paris, au début, qui s’essouffle, parce qu’il n’arrive pas, justement, à en faire autre chose. Et cette autre chose, elle va arriver à le faire avec Ménélas. Là, il va y avoir une co-construction, une co-évolution, il me semble que c’est quelque chose de tout à fait humain, et moderne.

ZAZZZ :  Avez-vous eu des difficultés particulières pour l’écriture de votre roman, et, si oui, lesquelles ?

SANDRA LARRIBE :  C’est très difficile d’essayer de se mettre dans la peau de gens d’il y a 3000 et quelques années. J’ai beaucoup essayé d’insister sur les sens, les choses qu’on sent, qu’on voit, qu’on entend, qu’on ressent, parce que ça, c’est intemporel et universel. Je me suis appuyée sur des choses vécues, par exemple, quand je suis partie vivre au Japon : en 12 heures d’avion, je me suis retrouvée analphabète. Je ne comprenais rien à ce qui m’entourait. Et quand Hélène arrive en Égypte, c’est pareil, elle ne comprend rien non plus, au départ. Elle entend des voix, des sons bizarres… J’ai eu des difficultés aussi, parce mes recherches, je les ai faites en 2019-2020, au moment du confinement. Je vivais à l’étranger, je n’avais pas mes dictionnaires, mes livres, qui étaient restés en France. Mais ma principale difficulté, c’était surtout le personnage d’Hermione. Je ne comprenais pas comment une femme pouvait abandonner sa fille. Parce que dans toutes les versions que j’avais lues, Hélène est sans Hermione, à Troie. Qu’elle ait été contrainte de partir à Troie, ou pas, il n’y a pas Hermione avec elle. Je me suis posée cette question et ça m’a beaucoup embêtée. J’avais déjà pratiquement tout écrit. J’ai refait des recherches et j’ai trouvé une source extraordinaire qui expliquait qu’Iphigénie n’était pas la fille de sa sœur, comme tout le monde le dit ou le croit, mais la fille d’Hélène.

ZAZZZ :  Oui, c’est quelque chose qui m’a étonnée dans votre livre, effectivement, je ne connaissais pas cette version.

SANDRA LARRIBE :  Cette version est très peu connue, et je ne la connaissais pas moi-même. Quand j’ai commencé l’écriture du roman, j’ignorais cette version-là. Je trouvais que ce passage où elle abandonne sa fille ne collait pas, ne marchait pas. J’ai repris les textes, et là, je suis tombée sur Pausanias[1], disant qu’Hélène aurait enfanté Iphigénie, fruit du viol de Thésée. Et que c’est sa sœur qui l’aurait élevée. Ce qui, tout de suite, fait sens. Quand je raconte la Guerre de Troie aux élèves, je ne leur raconte pas ma version du roman, je leur raconte celle que tout le monde connaît. Mais je leur dis quand même qu’Agamemnon va sacrifier sa fille pour avoir du vent, pour partir. Et comment un homme peut-il sacrifier sa fille pour avoir du vent ? Si ce n’est pas sa fille, c’est plus facile.

VÉRONIQUE : Oui, on peut entendre qu’Hélène refuse Iphigénie, car elle est l’enfant d’un viol, mais Hermione…

SANDRA LARRIBE : Je pense que ça a cassé quelque chose en elle, et dans sa maternité. Ça me paraissait logique qu’une petite fille de 12 ans à l’époque, qui ne savait rien à la sexualité, rien du tout, ne pouvait pas imaginer ce qui était en train de lui arriver ! Et donc elle a cet enfant. D’un côté, ça va la faire mûrir très vite, ça va alimenter le début de son questionnement et de sa rage aussi, d’être libre, et, parallèlement, ça casse quelque chose, si bien qu’après, lorsqu’Hermione arrive, elle n’en a pas du tout l’envie. Là, du coup, ça me paraissait cohérent qu’elle puisse l’abandonner.

ZAZZZ :  Vous le dites à un moment donné, dans les notes du roman : Iphigénie, ça veut dire « née par la force ».  Du coup, ça colle complètement…

VÉRONIQUE :  J’ai aimé votre écriture aussi. Elle m’a transportée dans cette Grèce antique, dans ces paysages, dans cette rusticité, et des paysages, et des modes de vie. Et c’est évidemment porté par votre langue. Je trouvais que votre écriture, comment dirais-je, exprimait parfaitement le monde que vous décrivez. Oui, elle est efficace, dans le sens où elle m’a vraiment transportée dans cette Grèce. Je m’y trouvais, c’était visuel pour moi. Je vois la plaine de Troie, je vois tout à fait le palais de Troie… j’espère que vous allez continuer à écrire, vous avez des projets ?

SANDRA LARRIBE :  Oui, j’ai participé à un concours de nouvelles pendant les vacances et je viens d’apprendre que j’ai été primée. J’ai commencé à faire un autre roman, mais là, je n’arrive pas à trouver le temps. Vous parlez de l’écriture, j’ai énormément réécrit, et j’ai tout passé au « gueuloir », j’ai tout lu à haute voix. Parce que pour moi, la Grèce, c’est ça aussi. L’aède, il parle, il chante, et je voulais que mes phrases aient un rythme particulier. D’ailleurs, au tout début, je trouvais que j’écrivais en alexandrins. Ça ne rimait pas, mais au niveau du rythme, il y avait tout le temps 12 syllabes, c’était amusant, je ne le faisais pas exprès…

VÉRONIQUE :  C’est parce que vous avez la musique de cette langue, et c’est pour ça que je la retrouve. Pour moi, je lis un texte grec, et ça m’a absolument séduite. Merci beaucoup, Sandra, bonne chance, et puis tenez-nous au courant pour la publication de votre deuxième roman ! 

HÉLÈNE, La vie tumultueuse d’Hélène de Troie, Sandra Larribe, Editions Complicités, 2024

Une réflexion sur “Rencontre avec Sandra Larribe pour La vie tumultueuse d’Hélène de Troie

  1. Mille mercis d’avoir si bien retranscrit notre échange ! Je suis très heureuse de voir que la mythologie, certes un peu revisitée, peut encore plaire aux lectrices et lecteurs d’aujourd’hui. On peut voir des résonances contemporaines très fortes entre ce mythe venu du fond des âges et les conflits d’aujourd’hui, au cours desquels, nous le savons, les femmes sont encore, hélas, victimes de viols et servent aujourd’hui encore d’armes de guerre. Ce qu’Hélène et ses compagnes vivent dans le mythe de Troie (enlèvement, mariage arrangé voire forcé, soumission à leur mari etc.) est toujours, hélas, d’une actualité brûlante quand dans certains pays, les femmes n’ont même plus le droit de chanter ou de parler entre elles.

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