Frère d’âme de David Diop

Dès les premières pages, Frère d’âme vous précipite dans une horreur indicible, celle de la Grande Guerre. La scène inaugurale a pour décor un champ de bataille désert et silencieux. Seule âme qui vive, le jeune Alfa Ndiaye est allongé aux côtés du corps de son frère d’arme, son ami d’enfance qui agonise, éventré.

Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal.

Incapable de répondre aux supplications de ce moribond qui lui demande le coup de grâce, Alfa Niaye est une âme perdue, errante, à jamais égarée. La folie n’est pas loin, la sauvagerie prend corps, insidieusement. L’Afrique lui manque, cette terre où il vivait autrefois avec Mademba, le sacrifié.

A la fois récit de résistance et de résilience, où âme, chair et terre sont intimement liées, Frère d’âme nous fascine. Très maîtrisée, l’écriture de David Diop est intense et poétique. Certains passages, répétés plusieurs fois, sonnent comme une incantation, écho d’un monologue intérieur répété en boucle par le survivant. De ce texte surgit une musique envoûtante qui nous accompagne et continue de nous hanter, même lorsque le récit prend fin.

Marisa, 27 septembre 2018.

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Un moment autour de Gabriel Okoundji

gabriel-mwene-okoundji-liseuses-de-bordeauxL’Escale du Livre nous a offert deux moments intenses en compagnie du poète aquitain d’origine congolaise, en donnant la parole à plusieurs de ses traducteurs, puis en lui confiant la scène pour une lecture de ses poèmes.

Au matin de la parole, Prière aux ancêtres, Vent fou me frappe, Gabriel Mwènè Okoundji écrit en français. « Pas en français ! » s’amuse son traducteur occitan, Joan Pèire Tardiu qui n’aime pas traduire le français trop proche de sa langue, préférant l’espagnol ou l’arabe, plus distants. Lire la suite

Photo de groupe au bord du fleuve

photo-de-groupe-autour-du-fleuve-emmanuel-dongala-liseuses-de-bordeauxPhoto de groupe au bord du fleuve d’Emmanuel Dongala montre la découverte de la force du collectif par un groupe de femmes africaines et les violences qui leurs sont faites au quotidien.
Méréana est casseuse de cailloux, comme elle le dit elle-même : elle réduit des blocs de pierre à l’état de gravier à longueur de journée et à la force de ses bras, dans une chaleur étouffante. Lorsqu’elle apprend que les intermédiaires qui achètent ses sacs de graviers ont vu leur prix de revente augmenter grâce à la construction d’un nouvel aéroport, elle décide de demander un juste prix de son labeur. Avec les autres femmes du chantier, elles rassemblent leurs forces, elles s’organisent. Ainsi commence la lutte collective dans un pays où le pouvoir autoritaire est détenu par les hommes. Lire la suite