Reste, ne me quitte pas, j’ai tant besoin de toi.
Dans ce roman, Adeline Dieudonné met en lumière la perte, le deuil d’un être cher quand on occupe une place illégitime socialement, celle de la maîtresse.
M., l’homme qu’elle aime depuis plus de dix ans, meurt brutalement au cours d’un week-end qu’ils partageaient en amoureux. Son décès la plonge dans une souffrance d’autant plus difficile à vivre que son lien avec lui ne peut être pleinement reconnu.
L’onde de choc provoquée par cette disparition la plonge dans un état de dissociation psychique qui la conduit à adopter des comportements irrationnels.
Elle écrit deux lettres à l’épouse légitime de M., dans lesquelles elle raconte leur histoire d’amour et la force du lien qui s’est tissé entre eux au fil des années.
Quant au corps de M., elle refuse de s’en séparer. Elle le lave, dort à ses côtés et l’emmène en promenade, ayant conscience qu’elle est perdue et qu’elle devra en payer les conséquences. Incapable d’accepter sa disparition, elle s’accroche désespérément à l’homme qu’elle aime et refuse de le laisser partir.
Ce roman est troublant, voire dérangeant par moments, tant il plonge le lecteur dans une proximité étouffante avec la mort, omniprésente. La dimension sordide de certaines scènes peut mettre mal à l’aise, mais c’est aussi ce qui fait la force du récit.
Au-delà de cet aspect, le roman est criant de vérités dans la représentation du deuil et du traumatisme qui en résulte. Il met en lumière le caractère profondément intime et singulier de la souffrance, rappelant que chacun traverse la perte à sa manière, avec ses propres mécanismes de survie et ses propres failles.
C’est sombre, lumineux et beau à la fois. A lire absolument !
Pauline, juin 2026
Reste, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 2023

